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Le film Ibrahim de Samir Guesmi : Une réussite autour de l’amour filial

08 mai 2021 à 10 h 00 min

Samir Guesmi a déjà derrière lui une longue carrière d’acteur qui s’est illustrée aussi bien au théâtre où il s’est formé, qu’au cinéma où il a été dirigé par de grands noms : Nicole Garcia, Claude Miller, Julie Bertucelli, Rachid Bouchareb, Bruno Podalydès, Solveig Anspach, Arnaud Desplechin, Alain Gomis, Claire Simon, Michel Leclerc. Plus récemment, il a prêté sa longue silhouette à Rachid Hami dans Mélodie, et à la jeune Hafsia Herzi dans Tu mérites un amour.

En 2007, il décide de passer derrière la caméra avec un court métrage C’est Dimanche qui rencontre un succès international dans de nombreux festivals. L’intrigue de C’est dimanche entretient une proche parenté avec Ibrahim son premier long métrage sélectionné à Cannes 2020 et qui a conquis le Valois d’or, la plus haute récompense du Festival du film francophone d’Angoulême. L’interrogation centrale qui taraude Samir Guesmi c’est de savoir comment deux êtres aussi proches qu’un père et son fils peuvent être aussi étrangers l’un à l’autre ?

Le récit d’Ibrahim se décline dans la simplicité et le rapport complexe entre père et fils. La vie du jeune Ibrahim (Abdel Bendaher) se partage entre son père Ahmed, qu’interprète Samir Guesmi lui-même, lequel est écailler à la brasserie du Royal Opéra où il exprime sa réserve et son sérieux. Ibrahim pour sa part se lie d’amitié avec Achille (Rabah Naït Oufella), plus âgé que lui. Mais cet Achille est un adepte des mauvais coups vers lesquels il va entraîner Ibrahim. Et suite à un vol qui a mal tourné, la dignité d’Ahmed est fortement brisée. Il doit régler la note du délit.

Dès lors les rapports entre le père honteux et le fils en culpabilité vont se tendre et Ibrahim va dès lors prendre tous les risques pour réparer sa faute… Tel est le cœur de l’intrigue du film Ibrahim qui va donner lieu à des scènes d’échanges parfois conflictuels entre le père et le fils. Le réalisateur définit son film comme «l’histoire d’une tentative de réconciliation entre un père et son fils, d’une déclaration d’amour sans effusion». Un autre aspect de l’originalité d’Ibrahim, c’est le choix du milieu social choisi. Guesmi a noté que le cinéma français traitait rarement les classes modestes et plus particulièrement le prolétariat souvent absent ou occulté des écrans français.

Dans son panthéon cinématographique, il a une propension à aimer le cinéma italien d’après-guerre et Charlie Chaplin. L’imaginaire est aussi une voie salutaire pour Ibrahim, c’est ce qui le tient debout «Il rêve qu’il a osé, qu’on l’acclame, qu’il n’a pas peur -ni du monde, ni des autres-, il rêve que son père et lui se parlent, s’écoutent et peuvent même rire ensemble». Le personnage de Louisa (Luana Bajrami) la camarade d’Ibrahim, dont il va se rapprocher, perçoit d’ailleurs très vite son caractère rêveur. La mise en scène fait la part belle aux acteurs qui se déploient dans une sorte de chorégraphie.

Samir Guesmi avait pour souci que le langage des comédiens passe par les gestes, et ce sont eux que capte la caméra. Abdel Bendaher, qui joue Ibrahim, a été «casté» par Samir Guesmiun, jour qu’il était à Porte de Montreuil au sortir d’un match de football où il remarque le jeune Abdel, silencieux et en retrait de ses amis. Et le choix s’est avéré d’autant plus juste que le duo père-fils dans Ibrahim dégage une unité et une harmonie qui font du film une réussite totale.

Par Mouloud Mimoun


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