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Exposition de photos sur l’Ayred de Bénis Senous à l’Institut français de Constantine : Un patrimoine riche et méconnu par les Algériens

18 octobre 2021 à 10 h 04 min

Une conclusion tirée, samedi 9 octobre lors du vernissage à l’Institut français de Constantine (IFC) de l’exposition de photos de l’artiste français Patrick Massaïa sur le rituel théâtral de l’Ayred (qui signifie le lion) célébré à Béni Snous, dans la wilaya de Tlemcen. L’exposition, qui s’étalera jusqu’au 9 novembre prochain, a été agrémentée par une conférence sur cette tradition dite «Ayred» incluse dans les festivités du Nouvel An berbère Yannayer.

La rencontre a été animée par Ali Abdoune, homme du théâtre et ancien cadre de la culture. «Cet ensemble de photos est un travail accompli par Patrick en 2019, durant sa présence à Béni Snous. Il a assisté à un modèle de reconstitution à l’état brut de ce rituel ; un atelier préparé par des jeunes, dont la plupart sont des étudiants de la région de Béni Snous.

Il a assisté à un modèle de reconstitution à l’état brut de ce rituel ; un atelier préparé par des jeunes, dont la plupart sont des étudiants de la région de Béni Snous. Cette dernière se situe à Tlemcen près de la frontière marocaine, à 1600 mètres d’altitude sur Oujda, où le Ayred est préparé par une confédération de tribus. Chacune a sa propre histoire et ses propres personnages, mais avec le même principe», a révélé Ali Abdoune dans son intervention, poursuivant avec la présentation de deux modèles d’Ayred. L’inter- venant affirme que les dramaturges, les scénographes, les décorateurs, les chanteurs et danseurs doivent s’intéresser à «cette manifestation théâtrale».

Pour sauver cette mémoire collective, des jeunes se portent volontaires pour l’interprétation de ce rituel, en confectionnant les costumes, avec des matériaux bio et écologiques. Ils réalisent chaque année un véritable travail artistique, fondé sur un processus bien défini et un texte collectif afin de présenter une fable aux habitants de la Dechra.

L’histoire diffère d’une tribu à une autre, mais elle les rassemble toutes, de par son impact économique, social et culturel. Citons à titre d’exemple, la dechra de l’orateur, où une trentaine de personnes y participent dans la caravane, à savoir l’Ayred (lion), lionceaux, la propriétaire de la maison qui accueille le rituel chez elle, la sorcière et ses deux alliés Yakou et Mouchi.

Chaque maison prépare des offrandes destinées à la caravane. Le père de famille ouvre la porte aux jeunes et laisse son foyer sous la responsabilité de l’Ayred. La troupe va jouer toute la nuit son spectacle dans chaque maison en collectant les offrandes, avant de les distribuer pour les familles démunies, en portant des masques.

«La sorcière va vendre le mal à la famille de la maison, et Yakou va mentir disant qu’il a tué les lionceaux. Subitement l’Ayred débarque et bat Yakou, et tout le monde va chanter que le lion ne mourra pas », a conté M. Abdoune, en schématisant l’existence de ce phénomène culturel sur la carte de l’Algérie.

La célébration de l’Ayred était pratiquée dans les quatre coins du pays, notamment à Béchar, Adrar, Ourgla, Biskra, Ouarsenis et aux Aurès, avec une légère différence dans la prononciation. Par exemple, en Kabylie on dit «Amoghran», à l’Est c’est « Chayeb Aichou», aux Zibans « Amghar » et chez les Touareg «Ihaghan». Toutes ces appellations veulent dire «lion». «Sachant que le pic de Tamanrasset s’appelle Ihaghan. Ce qui signifie également le lion. C’est pourquoi ce symbole du lion est si présent en Algérie», dira Ali Abdoune.

UN RITUEL IMMORTALISÉ PAR PATRICK MASSAÏA

Environ une trentaine de photos prises par l’artiste Patrick Massaia sont présentées au public de l’IFC. Un véritable chef-d’œuvre qui extériorise la splendeur de ce rituel et manifeste la forte émotion qui hante les acteurs de ce rituel. Face à chaque photo, on peut sentir l’ambiance, les couleurs et les habits.

Chaque photo révèle un vécu, une mémoire collective, un mode de vie à travers les déguisements. D’ailleurs, lors de la rencontre, l’une des intervenantes a évoqué le fait que l’Algérie est un pays africain, où des cérémonies similaires sont également organisées dans d’autres pays de l’Afrique, mais dans un contexte différent. Une remarque approuvée par le photographe Patrick Massaia.

« J’étais au Mali, où j’ai assisté à une danse de masques. Effectivement, c’était dans la même ambiance», di- ra-t-il.

Pour sa part Ali Abdoune a appelé les chercheurs universitaires à s’investir dans ce phénomène purement algérien déjà disparu dans plusieurs régions, où la célébration de Yennayer est devenue une fête folklorique, rien de plus. Pourtant, ce rituel, selon ses dires, est en lui-même tout un programme pédagogique ayant un important impact social, économique, culturel et historique sur l’existence de l’Algérie.

«Ce rituel fêté par les Algériens chaque saison et qui rassemble les tribus et les sociétés doit être inclus dans le programme scolaire, car il définit la culture et l’existence antiques du berbère algérien », notera-t-il. Redonner vie à cette célébration, d’après Patrick Massaia, est très important ; mais loin de l’aspect folklorique vu sa profondeur et sa symbolique.

Yousra Salem


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