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Casbah éditions. Irhabistan de Azzedine Mihoubi

Un Etat de disgrâce, un phylum inhumain

13 juin 2021 à 10 h 04 min

Six journalistes internationaux embarquent à bord du caboteur Le Moncada pour un voyage de presse. Cap sur l’île de Darwin, aux îles Galápagos, sur l’océan Pacifique. Ils ont rendez-vous avec tous les «most wanted» de l’univers, les sanguinaires, les génocidaires, les tueurs-«nés», les terroristes, les bourreaux, les tyrans, les barbares…Qui ont désormais une entité, elle s’appelle Irhabistan. La terre du terrorisme universel et non pas du tourisme.

Irhabistan, paru chez Casbah Editions, traduit de l’arabe par Ali Tahir, est en fait un roman du journaliste, écrivain et ancien ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, auteur de Au début étaient les Aurès (poèmes, 1985), Malédiction et pardon (poèmes, 1997), A candle for my country (paru en anglais, 1998), Mondialisation de l’amour et du feu (poésie, 2002) Et pourtant elle tourne (chroniques sportives, 2006), Tassilia (poèmes, 2006), Kitab Jabulani (chroniques sportives, 2010), Zabana (scénario, 2010).

Selon toute vraisemblance, le choix porté sur l’île de Darwin n’est pas fortuit. C’est le lieu de Charles Darwin (1809-1882) où le célèbre naturaliste et paléontologue anglais avait effectué ses travaux portant sur l’évolution des espèces vivantes et qui ont révolutionné la biologie avec son ouvrage L’Origine des espèces paru en 1859.

Donc, un no man’s land d’une espèce humaine à l’instinct «animal», «darwinien», un bestiaire regroupant les prédateurs à visage humain de la planète et de la pire espèce. Darwin déclarait, péremptoire, qu’à l’origine, l’homme était un poisson, puis il a évolué en tortue pour devenir singe. D’ailleurs, le batelier Marcos, avec cynisme, avouera qu’il était bavard pire qu’une pie : «Il y a des gènes de perroquet dans mon sang.» Bienvenue à «Irhabistan», ex-île de Darwin et «Irhabis» en référence à l’Atlantis.

Des tueurs mélomanes

Le groupe de journalistes ayant embarqué pour ce reportage pas du tout commun, est constitué de Costa Martinez, programmateur à la chaîne TV Globa (Brésil), Maria Kastinova de l’agence Interfax (Russie), Kwame Soumaré (Daily News, Ghana), John Kiemps (Daily Telegraph, Grande-Bretagne), Jawad Aman’ullah (Chaîne TV Geo, Pakistan) et Amine Derradji, journaliste et biographe de personnalités politiques, il est bien sûr algérien, selon la consonance de son patronyme et il est aussi le narrateur de ce roman. L’Irhabistan est la patrie de ceux qui ont voulu et veulent changer le monde.

Les journalistes apprendront avec stupeur, que ce «pays» d’outre-mer, baptisé par une dénomination faisant l’apologie du terrorisme se veut être un «Etat» ayant un Parlement, un emblème, un hymne national, Le Crépuscule des Dieux de Richard Wagner – tiens, des tueurs mélomanes – par égard à Adolf Hitler, grand admirateur de ce thème classique – une monnaie, une banque «L’Irhabank», une devise (sentence) : «La force jamais», une déclaration (proclamation) de la fondation de l’Etat d’Irhabis, rédigée ainsi : «Conscients de la nécessité d’avoir un monde de substitution, où il n’existe ni mercenaires au nom des valeurs, ni courtiers au nom de la révolution, ni prophètes prêchant l’infaillibilité au siècle de l’hypocrisie, ni leaders se faisant une gloriole sur les crânes de leurs peuples, nous qui avons déclaré la guerre à un monde contrefait, à des peuples serviles et ses politiciens, professionnels du mensonge et de la haine…

Avons décidé de quitter ce monde pollué et édifier un autre, différent que nous baptisons avec la bénédiction de Dieu, «Irhabis», où vivent en bonne intelligence le tueur pour sa pitance, le croyant pour l’éradication des systèmes corrompus, le dictateur qui voit en la force un facteur de stabilité, le trafiquant d’armes et de drogue qui prétend exaucer le vœu du droit à une mort douce…».

Mario Tiran prenant un café avec Che Guevara

Une Constitution qui précise que «L’Irhabistan» n’est ni un Etat, ni un royaume, ni une principauté. C’est une famille. Un «rogue state» (Etat voyou), administré, comme on le constate avec cynisme et anachronisme, qui est même équipé d’une bibliothèque comptant plus de 10 000 titres où figurent Le Prince de Machiavel, La Désobéissance civile de Henry Thoron, Le Livre vert de Kadhafi, Mon Combat d’Hitler, L’Origine des espèces de Darwin, Mémoires de Moshé Dayan, Mémoires de Chadli, Zébiba et le roi de Saddam Hussein…

Le journaliste algérien, le narrateur, Amine Derradji, «fouinant» dans ce lieu qui ne se «délivre» pas, tombera sur un manuscrit d’«Irhabis» intitulé Le péché et l’absolution qui exhorte à lire le Coran, les paroles du Prophète Mohamed, la Thora, Bouddha, la charte de Zarathoustra, Che Guevara, tenez-vous, Oussama Ben Laden…

Une «fetwa» même y est prononcée et légitimée : «Nous les fils du péché, nés des craquelures de la terre assoiffée, aspirant à la justice et à l’amitié, nous ne sommes ni des prophètes, des tueurs et des apatrides… La révolution au nom de tout, au nom de Dieu, du roi, du dictateur, de la religion, de la fortune et au nom de belles femmes…

Nos ennemis ne sont ni des criminels, ni des ignorants, ni des simples d’esprit, mais ils sont des intelligents corrompus… «Irhabis» est la nation sortie de la larve du péché et de l’affliction à la recherche des lointains sentiers du Paradis et qui grave sur les tables du rocher nu les feuillets de l’absolution… ».

Boumaârafi en conversation avec Islambouli

«L’Irhabistan» est une entité annonçant la couleur en matière d’urbanisme. «La banlieue rouge» est celle du Commandante Che Guevara-se défendant : «Je ne suis pas un terroriste. Je suis un révolutionnaire» – et de tous les mouvements révolutionnaires. «La banlieue verte» est celle…d’Oussama Ben Laden.

«La banlieue noire» où réside la mafia, la pègre, ceux-là aussi ont leur place en «Irhabisatn». «La banlieue jaune», rebaptisée «la banlieue des oubliés», est celle des sinistres et génocidaires Hitler, Staline, Pol Pot, Saddam Hussein, Franco…En «Irhabistan», on y utilise ni téléphone ni véhicule. Il y a même un club. «Le club de la balle de grâce».

C’est celui des assassins notoires. Où vous pouvez croiser Harvey Oswald, Khaled Islmabouli et Lembarek Boumaârafi, respectivement assassins des présidents John F. Kennedy ( USA), Anouar Sadate (Egypte) et Mohamed Boudiaf (Algérie), Marc Chapman de John Lennon, Yigal Amir d’Yitzhak Rabbin, Serhane Serhane de Robert Kennedy, Mario Tiran de Che Guevara ou encore Fayçal Ben Masaed assassin du roi Fayçal qui était son oncle.

En «Irhabisatan» à travers ce cynisme paradoxal, vous pouvez trouver accoudé au bar Harvey Oswald, Boumaârafi en conversation avec Islambouli, Mario Tiran prenant un café avec Che Guevara, l’assassin et sa victime…

Et comme le dit clairement cette réplique récurrente traversant le roman Ihabistan d’Azzedine Mihoubi : «Vous n’avez rien vu.» Ou bien, on aura tout vu. Où l’impudence et l’anachronisme vont de pair. C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Un roman très documenté, référencié sur ces gens qui ont voulu changer le monde avec barbarie et la terreur. Pour eux, ce sont des victoires à la Pyrrhus contre des humains, leurs semblables. Mais comme le souligne Azzedine Mihoubi dans Ihabistan, ces criminels contre l’humanité ont un phylum : inhumains. Proches des thèses de Darwin : des bêtes immondes.

Irhabistan, Azzedine Mihoubi Casbah Editions Prix : 800 DA


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