toggle menu
samedi, 17 novembre, 2018
  • thumbnail of elwatan09072018

Amar Ingrachen, directeur des éditions Frantz Fanon

«Taos Amrouche était une précurseuse de la modernité»

07 novembre 2018 à 10 h 00 min

L’œuvre romanesque de Taos Amrouche, première romancière algérienne de langue française, a été mise à l’honneur, à l’occasion d’un hommage rendu avant-hier, en marge du Salon international du livre d’Alger.

Amar Ingrachen, éditeur algérien de trois de ses romans autobiographiques, à salué l’œuvre d’une précurseuse de la modernité algérienne. «Taos Amrouche, de mon point de vue, est l’une des plus grandes figures de la littérature, non pas seulement algérienne ou maghrébine, mais mondiale.

Contrairement à tous les pères fondateurs de la littérature algérienne, elle a inventé la notion d’individu en littérature.

Quand on lit les premiers romans de Mouloud Feraoun, Mohammed Dib, Mouloud Mammeri et Kateb Yacine, on constate qu’ils sont soit dans la revendication politique, soit dans l’affirmation identitaire. Taos Amrouche parlait, plutôt, de ses exils, d’elle en tant qu’individu, de la condition de la femme, et rarement de ce substrat identitaire et de ces dimensions politiques qui imprégnaient profondément les productions littéraires de l’époque.

Ce faisant, elle était une précurseuse d’un des éléments fondamentaux de la modernité», a souligné le directeur des éditions Frantz Fanon qui prépare une thèse sur l’œuvre de Taos Amrouche dans une université parisienne. Et d’ajouter : «Même dans les sociétés les plus avancées, la notion d’individu n’était pas posée en tant que telle.

On parlait des droits collectifs et politiques, mais on parlait très peu du droit à disposer de son corps et du doit à être subjectif. Taos Amrouche, dans les années 1940-1950, évoquait l’individu comme une instance de la modernité. Elle l’a fait bien avant Simone Weil ou Simone de Beauvoir.

En cela, je considère que Taos Amrouche est une précurseuse de la modernité en Algérie. Aujourd’hui encore, les hommes comme les femmes ont bien du mal à disposer de leur être.»

Largement inspirée de la culture orale dont elle était imprégnée, son œuvre littéraire explore à la fois le déracinement, l’exil, et exprime le besoin d’émancipation des femmes. Exemple d’une rare audace, la fille de la poétesse kabyle Fadhma Aït Mansour, auteur du poignant livre Histoire de ma vie, récusait radicalement le concept de virginité dans un de ses romans.

«Cela peut paraître choquant même pour les femmes d’aujourd’hui. Je ne me souviens pas avoir lu un seul roman algérien publié depuis les années 1990 qui parlait de la virginité comme elle en parlait dans les années 1940», a signalé Amar Ingrachen.

Formée par la double culture kabyle et française, Taos Amrouche entreprenait aussi la collecte de ces chants populaires kabyles dès 1936, et enregistrait plusieurs disques, notamment Chants berbères de Kabylie qui lui vaut le grand prix de l’Académie du disque.

En 1966, Taos publiait Le Grain magique contenant des poèmes, contes et proverbes traduits du kabyle. «Cette recherche des racines s’est opérée après ses exils, d’abord en Tunisie, ensuite en France, pour mieux asseoir son altérité devant l’autre.

Cette quête des racines ne s’est pas faite avec zèle comme cela se fait aujourd’hui où on présente une forme de communautarisme trop ethnicisant comme étant un renouveau identitaire et culturel. Avec Taos Amrouche, il fallait retrouver ses racines, mais il était hors de question pour elle que ses racines ne l’enferment.

Il était hors de question pour elle que sa berbérité la ghettoïse», a expliqué le conférencier. Preuve de son refus de toute «identitarisme excessif», Taos Amrouche a claqué la porte de l’Académie amazighe, alors qu’elle était parmi ses fondateurs, «parce que le communautarisme dans lequel baignait ce courant là l’empêchait de disposer pleinement de son être», a noté le conférencier, estimant que la figure de Taos Amrouche, longtemps exclue de la mémoire collective nationale, devrait constituer un repère essentiel et une source d’inspiration pour les Algériens d’aujourd’hui, notamment les auteurs et les intellectuels.

«Ecrire aujourd’hui moins audacieux et moins moderne que Taos Amrouche, c’est inacceptable ! Le plus grand hommage qu’on puisse lui rendre, c’est écrire sinon mieux qu’elle, du moins comme elle», a-t-il suggéré.

Lire aussi

Loading...
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!