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Souad Labbize. écrivaine : «Le bonheur ne peut s’accomplir si l’exacte moitié vit dans la peur en raison de son sexe»

24 mars 2020 à 9 h 37 min

Souad Labbize a fait paraître dernièrement, en Algérie et en France, un court ouvrage intitulé Enjamber la flaque où se reflète l’enfer, dont nous avons consacré un compte-rendu dans nos précédentes éditions. Elle est allée, ces dernières semaines, à la rencontre de son public algérien, notamment à Alger et à Oran. Dans cet entretien, elle revient sur son récit bouleversant.

 

-Enjamber la flaque où se reflète l’enfer est votre dernier ouvrage, écrit en français et traduit en arabe. C’est un cri du cœur bouleversant, où vous vous employez à «dire le viol», à remonter jusqu’à l’enfance traumatisée, durant les années 70 à Alger, pour raconter, à travers la plume, ce qui a longtemps été tu. Pouvez-vous nous parler de votre livre, et d’une manière plus générale, de cette expérience d’écriture, celle de «dire le viol» ?

Ce récit extrêmement pudique ne dit pas tant le viol que l’impossibilité de l’évoquer par le détail, ce n’est pas à proprement parler un témoignage mais plutôt un texte littéraire qui explore avec les outils de la poésie, une douleur ancienne et qui tient à rester secrète. Il s’agit d’aller à la recherche de mots que la petite Souad n’a pas pu vocaliser. Ces mots inconnus qui se terrent au seul endroit où ils peuvent continuer à se cacher, dans les caves de l’enfance.

-Vous venez de faire une tournée en Algérie, qui vous a permis de rencontrer votre public algérien et d’échanger avec lui. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’était intense et accueilli avec beaucoup d’intérêt mais aussi de bienveillance de la part des femmes et des hommes présents et très concernés par ce que le livre dit. Le contexte étant celui du hirak et des luttes féministes tant mondiales qu’algériennes, il semblerait que ce livre arrive en Algérie en allié de ces luttes indispensables pour rendre visibles toutes les inégalités dont souffrent les femmes, ces quarts de citoyennes que lois et traditions continuent à reléguer à des rôles de mineures.

-Dans votre ouvrage, vous citez un exemple, celui où la victime, accompagnée un soir de son frère, a été lourdement giflée par un ivrogne. Ce cas renseigne sur la violence faite aux femmes, car le frère de la victime, lui, a été épargné par l’ivrogne. Les violences faites aux femmes ont toujours été d’actualité, que ce soit dans les années 70 ou aujourd’hui. Qu’avez-vous à dire sur ce sujet ?

Les violences masculines sur les femmes ne datent hélas pas des années 70, l’histoire humaine nous montre que c’est ce qui caractérise les sociétés patriarcales. Partout dans le monde et depuis des siècles, les femmes subissent des maltraitances qui privent au final la société de citoyennes capables de contribuer à une modification politique et sociétale profonde. C’est une affaire politique, des lois égalitaires et une éducation où les enfants sont éduqués comme des paires égaux en tous points peuvent modifier cet état.

Nous vivons dans des violences continues, physiques, mentales et symboliques. La honte doit changer de camp et le bonheur doit figurer dans nos programmes scolaires. Le bonheur ne peut s’accomplir si l’exacte moitié de la société vit dans la peur uniquement en raison de son sexe. Les petits garçons doivent apprendre qu’être fille n’est pas une insulte, par exemple.

 

Propos recueillis par  Akram El Kébir



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