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Sid-Ahmed Hamdad. Auteur et artiste-peintre : «Mon volumineux ouvrage est une fresque historique»

29 juillet 2020 à 9 h 45 min

Ingénieur d’État de formation, Sid-Ahmed Hamdad est un artiste-peintre connu et reconnu dans l’univers des arts plastiques.

Il nous dévoile à présent sa facette d’auteur à travers la publication de son premier ouvrage intitulé Amazigh, le peuple de l’Afrique du Nord de 3500 av. JC jusqu’au VIIe siècle ap. JC, publié par les éditions Dar El Amel de Tizi Ouzou. Dans cet entretien, il fait un décryptage diagonale de son œuvre, riche de plus de 500 pages.

Propos recueillis par  Nacima Chabani

 

Vous venez de publier aux éditions Imal un volumineux ouvrage intitulé Amazigh, le peuple d’Afrique du Nord 3500 av. JC au VIIe siècle ap. JC. Pourquoi  avoir opté pour ce thème à forte connotation historique ?

Dès lors que je souhaitais pour mon livre un titre qui soit à lui seul le reflet de la richesse des événements historiques vécus par la nation amazighe, depuis la protohistoire jusqu’à la fin de l’antiquité tardive, j’ai opté pour ce titre Amazigh, globalisant la réalité humaine et intemporelle de l’Afrique, associée à des dates à forte connotation historique. J’ai lu de nombreux ouvrages traitant du début de l’histoire de l’Afrique du Nord jusqu’à l’antiquité tardive. De fait, je devais retracer le parcours des Amazighs sur les 4000 ans que durèrent ces périodes connues. J’ai donc fait cette fresque historique, en commençant par les événements qui ont révélé la nation amazighe dès son entrée dans l’histoire,  soit 3500 av JC. A l’arrivée des Phéniciens au 1er millénaire av JC, les Amazighs conclurent avec eux un accord pour l’édification de la ville de Carthage sur leur sol. Mais l’émergence de la puissance de Rome face à celle de Carthage a fini par bouleverser leur histoire et imperceptiblement ils furent impliqués dans le conflit des guerres puniques. Toutefois, leurs royaumes ressuscitèrent avec Massinissa, mais le règne de ses descendants se solda par des conflits fratricides. Leurs rivalités donnèrent aux Romains l’occasion de faire sombrer les royaumes amazighs dans la précarité en tant qu’entité politique plus ou moins autonome, puis précipiter leur disparition avec l’annexion de l’Afrique du Nord par Rome.

Face aux spoliations de leurs terres par les Romains dès le Ier siècle ap JC, les Amazighs, menés par des chefs remarquables, n’eurent que des insurrections à opposer. Ils durent faire front à au moins 28 empereurs romains, chacun se distinguant avec sa propre politique africaine. Les plus importantes révoltes furent celles du Ier, IIe et IIIe siècles. La dernière fut gérée par les Romains avec grande difficulté et coïncida avec l’extension du christianisme en Afrique du Nord au IVe siècle. Au V et VIe siècles, une nouvelle génération de princes amazighs mena des attaques foudroyantes contre les rois vandales puis contre les byzantins, qui se soldèrent par la naissance de vastes royaumes amazighs. Avec le départ des Byzantins au VIIe siècle, boutés hors d’Afrique par les armées musulmanes, une nouvelle page d’histoire glorieuse s’ouvrit pour la nation amazighe musulmane.

-Votre premier ouvrage  est assez  bien sourcé. Comment avez-vous procédé pour collecter cette somme d’informations rehaussées le plus souvent de cartes géographiques explicatives et de visuels?

Ma bibliothèque personnelle n’est fournie que de livres d’histoire en majorité que j’enrichis au fur et à mesure et cela depuis plus de 30 années. Elle m’a beaucoup servi pour mes recherches. Aussi, pour compléter mes informations, je me suis aussi déplacé dans différentes bibliothèques (universitaires et publiques) pour consulter des ouvrages d’auteurs étrangers. En somme, les auteurs dont les apports me furent précieux sont : Malika Hachid, Benkort Ben Ali, Slimani Ahmed, Oussedik Tahar, Julien Charles André, Gsell Stéphane, Leveau Philippe, Gourdin Henri, Mattei Paul. Quoique les autres, qui figurent en bibliographie m’ont autant permis d’enrichir cette synthèse historique.

J’ai aussi fait usage d’internet pour avoir accès aux informations qui ne sont pas à ma portée livresque. Le souci de diversifier mes sources, afin de mieux cerner mon sujet, fut une de mes priorités, et détermina un travail d’investigation de longue haleine. Quant aux cartes et gravures explicatives (toutes du domaine public), elles ont été extraites des archives électroniques. Je devais illustrer quelques chapitres avec des photos personnelles de sites archéologiques encore debout, témoins des périodes historiques qui y sont développées. Naturellement, je dus effectuer plusieurs déplacements vers ces sites pour prendre les prises de vue destinées à cette fin, mais pour des raisons de place évidente compte tenu du volume de l’ouvrage n’ont pas permis d’introduire un grand nombre.

-L’incipit de votre ouvrage s’ouvre sur le IVe millénaire avant. JC  avec le début de la grande civilisation égyptienne. Une civilisation qui, à la faveur des écrits laissés, a témoigné de la présence des Amazighs au IVe millénaire à l’est et au sud-est de l’Afrique ?

Les guerres qui opposèrent les Amazighs aux  Egyptiens sont relevées, au IVe millénaire sur les tablettes gravées par ces derniers ; celles-ci font mention de l’existence de nombreuses tribus guerrières amazighes pour la première fois de l’histoire. En effet, les tribus de Cyrénaïque et de Tripolitaine, les Amazighs orientaux firent des coalitions militaires avec les Indo-Européens (les Grecs) et effectuèrent continuellement des razzias dans le riche Delta, avec même des tentatives d’implantation. Leurs fracassantes pénétrations au-delà du Nil, les exposèrent à la résistance farouche des armées égyptiennes durant la période protohistorique. Aussi durent-ils guerroyer contre pas moins de cinq Pharaons égyptiens qui, conformément à leur tradition, les ont signalés sur leurs tablettes hiéroglyphiques par écrit, leur ont donné des noms et les avaient même dessinées. C’est suite à ces péripéties «égypto- amazighs», qui virent la domination libyenne (les Amazighs de l’Est) de l’Egypte au Xe siècle av JC, que sont apparus les pharaons libyens, les «Sheshonk»et les «Osorkon».Notons que Sheshonk Ier (950-929 av. JC), après avoir fait la conquête du Delta du Nil, répartit ses terres fertiles entre les Libyens et s’autoproclama pharaon. En 945 av JC. Ce Pharaon libyen n’est autre que le «Sésac» de la Bible qui vainquit le roi de Juda Roboam. L’Egypte lui doit la reconquête de la Palestine vers 935 av. JC, et de Jérusalem ; les trésors du Temple de Salomon firent partie de son butin de guerre. A son retour en Egypte, il célébra sa victoire par une inscription qu’il fit graver à Karnak sur les murs du Temple du dieu Ammon.

-Vous  déplorez au passage que certains sites historiques archéologiques  soient  méconnus en Algérie tels que les sites de guerre de Jugurtha…

Il est plus utile, pour notre patrimoine archéologique antique, de nous intéresser à nos cités ignorées, abandonnées, voire perdues, celles qui ont fait pourtant notre histoire et ont mis en valeur de grands noms de l’histoire des Amazighs. Je ne les connais pas toutes, mon indigence en ce domaine ne me permet de citer que quelques-unes. Dans l’Ouest algérien, Siga, dont j’ai vu l’état d’abandon dans lequel se trouve son site, alors qu’elle fut la capitale du grand roi Numide Masaessyles, Syphax, qui put asseoir sa domination sur les cités phéniciennes et révéla très tôt son désir d’unifier tout le Maghreb, bien avant les guerres puniques et l’immixtion des Romains dans les affaires de l’Afrique. Toujours dans l’Ouest, les cités antiques de Bénien (Ala Miliaria) et d’Aquae-Sirenses, qui furent les fiefs des donatistes, les ennemis jurés de l’hégémonie romaine. Et enfin Thala, une ville qui fut opulente durant l’antiquité, et qui se trouve dans une oasis de la région d’Ouargla. Son histoire est liée à celle de Jugurtha, dont elle a abrité une grande partie de ses trésors et a servi de refuge pour ses fils et pour lui-même, à un des plus forts moments de son bras de fer avec les légions romaines. Ces cités oubliées ne donnent que l’illusion de vestiges antiques, tant elles sont en train de se perdre inexorablement dans le paysage. Nombreuses d’entre elles furent inventoriées par les archéologues français, les traces de ces inventaires existent, mais au fond des tiroirs poussiéreux de l’administration, que l’ignorance désobligeante accule dans l’oubli.

-Dans la deuxième partie de votre livre,  vous revisitez l’Afrique avant l’ère vandale et le rêve africain…

L’Afrique du Nord a toujours été convoitée depuis des siècles. Les Romains l’ont tenue sous leur autorité pour sa richesse et la valeur combative de ses habitants. Ils en ont tiré profit durant plus de 4 siècles, sur les plans alimentaire et militaire, quand surgit la dissidence politico-religieuse des donatistes proches de la misère du peuple, contre les orthodoxes alliés du pouvoir central romain, qui ébranla la pax romana durant plus d’un siècle. A la veille de l’invasion vandale, face à un empire d’Occident agonisant sous les hordes germaniques, les Amazighs rêvaient déjà d’un royaume indépendant, et ils l’ont exprimé par leur révolte contre la nomination d’un enfant comme empereur romain. Vinrent ensuite les Vandales, qui, subjugués par l’eldorado africain, ont pris le relais des Romains durant un siècle, après avoir évincé ces derniers. Tolérés par les Vandales, les donatistes purent relever la tête après plus d’un siècle de persécutions.

Ainsi, grâce au roi vandale Genséric, le rêve des amazighs commençait à prendre forme quand ils gagnèrent l’annulation de l’envoi du blé à Rome, la fameuse annone que les Romains leur prélevaient annuellement depuis le règne de Massinissa. Cette mesure en leur faveur améliora sensiblement leurs conditions de vie. D’autant plus que le laxisme de Genséric, à leur égard, leur permit autant de participer à ses razzias sur les îles de la Méditerranée sous obédience romaine et prendre leur revanche sur leurs anciens prédateurs, notamment avec l’occupation commune de Rome. Ils purent surtout constituer des confédérations, qui allaient leur ouvrir la voie de la conquête et former leurs fameux royaumes du VIe siècle. Leur mainmise sur la majeure partie de l’Afrique du Nord, devenue effective, est perçue comme leur renaissance politique, un rêve qu’ils caressaient depuis des siècles

-La dernière rébellion amazighe date du VIIe  siècle avec l’épilogue de l’occupation byzantine ?

Avec l’avènement des royaumes du VIe siècle, la défaite des Byzantins était totalement consommée en Maurétanie Césarienne. Ses rois contrôlaient le «Grand Royaume des Maures», un pays qui s’étendait depuis le fleuve Moulouya jusqu’à la limite Ouest du royaume des Aurès. Seules quelques villes portuaires Rusguniae (Matifou), Tipaza, Caesarea (Cherchell) et Cartennae (Ténès) étaient encore occupées par les Byzantins. Mais elles étaient si étroitement encerclées, qu’elles n’arrivaient à communiquer entre elles que par mer et leur situation intérieure ressemblait à celle des villes assiégées. Avec la libération du Hodna de la Maurétanie Sitifienne, la domination des Amazighs sur l’Afrique du Nord n’a jamais été autant étendue, depuis 5 siècles. Au VIIe siècle, en marge des succès militaires des princes amazighs indépendants sur les Byzantins, des courants religieux chrétiens antagonistes, entre Monothélites et Monophysites générèrent des conflits politiques, aggravés par une fiscalité ruineuse dans les territoires encore sous contrôle byzantin. Cette situation fit que de nombreuses tribus amazighes qui s’y trouvaient, adhérèrent au monophysisme, et demandèrent le départ de l’empereur, partisan du monothélisme. Elles achevèrent ainsi, par cette fronde qui s’inscrit comme étant la dernière rébellion contre le pouvoir central de fragiliser ce qui restait d’autorité byzantine en Afrique. Ce désaveu du lointain empereur de Constantinople ouvrit la voie aux premiers raids des arabes musulmans.

-Hormis votre passion pour l’histoire, vous êtes également artiste peintre. Deux disciplines vous donnant une ambivalence  intellectuelle et  expressionniste…

Ma passion pour l’histoire s’est focalisée sur celle de mon pays que j’aime, au point de vouloir connaître toutes les étapes historiques par lesquelles sont passés nos anciens. Je prépare un second ouvrage qui mettra en exergue les liens de notre passé préhistorique avec l’archéologie et l’histoire du Maghreb. Encore une fois, je mettrai l’accent sur cette continuité discursive qui marque leur interaction, jusqu’à l’avènement de l’homme moderne et ses manifestations anthropologiques. Je suis autant fasciné par notre culture ancestrale, dans ses formes les plus diverses, et dans tous ses aspects les plus esthétiques. Cette vision intellectuelle, animée par le désir de savoir ne peut avoir de sens dans mon esprit que si elle est accompagnée d’une vision artistique. Comme j’ai eu la chance d’être initié à la peinture dès mon jeune âge, j’ai pu donner libre cours à mon inspiration dans cette branche de l’art, tout en restant fidèle aux concepts thématiques me rapprochant de mes tendances intellectuelles, et stylistiques de mon maître Carlos Alberto qui est un peintre figuratif. En fait, j’ai acquis avec lui cette technique. Toutefois, il m’arrive souvent d’exprimer, à travers le figuratif, une pensée abstraite, une philosophie, une obsession, un espoir, parfois une attitude de désolation devant les phénomènes qui rongent particulièrement notre société.

Mais je reste serein dans ma démarche artistique, je préfère le regard que porte Magritte sur le monde que celui que porte Dali. Je suis aussi fasciné par l’histoire médiévale du Maghreb, son architecture ancienne, vestiges d’une brillante civilisation. J’aime les espaces vides, où les montagnes se dessinent au loin, vibrant tel un mirage dans la lumière d’un ciel lumineux. J’aime la tradition qui cohabite avec la pierre, le palmier et le soleil. Ma vision cultive et développe les contrastes dans la lumière et la couleur pour atteindre l’effet de profondeur, comme si je voulais moi-même me donner la sensation de pénétrer dans le monde de mon tableau.

 

Bio express

Né en 1948 de Sidi Bel Abbès, en septembre 1948, Sid Ahmed Hamdad a vécu son enfance à Sfisef (ex -Mercier Lacombe) et y fit ses études primaires. En 1961, il fut admis en 6e au Lycée Leclerc (Lycée El Haouès aujourd’hui) à Sidi Bel Abbès. Après l’indépendance, il fut transféré au Lycée Abdelkader Azza de la même ville. Son professeur de dessin, lauréat du Grand Prix de Rome, Carlos Alberto, décida de l’initier à la peinture de chevalet. Aussi, sous sa coupe, il participa à deux expositions en 1965 (à Alger puis en Suisse dans le cadre de la première Semaine culturelle algéro-suisse), et une en 1967 à Sidi Bel Abbès. Le baccalauréat obtenu en 1968, il entama son cursus universitaire au cours duquel il anima des ateliers pour étudiants et exposa au sein des campus. Il fit ses deux années de service militaire (1978 – 1980), après ses études d’ingénieur d’Etat en hydrocarbures (1977), puis commença sa carrière professionnelle. Parallèlement, il reprit un nouveau long cycle d’expositions dès 1996, avec une série de 21 expositions (1996 à 2020), en Algérie et en France, qui lui valurent des Prix nationaux et internationaux, et une vaste reconnaissance médiatique. Il ponctua la période 2007 à 2014 avec des publications et des conférences sur les arts plastiques et réalisa une scénographie en 2006 pour le Festival du théâtre professionnel d’Alger. A l’âge de la retraite, il associa à son plaisir de peindre, celui de l’écriture et décida de concrétiser son souhait d’écrire, en réalisant l’ouvrage d’histoire Amazigh, qui vient d’être édité par la maison d’Edition Imal de Tizi Ouzou en mars 2020.



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