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Ali Mouzaoui. Réalisateur

«Si Mohand a su intéresser Boulifa, Feraoun et Mammeri»

06 février 2019 à 10 h 00 min

Ali Mouzaoui livre à El Watan ses sentiments, après le lancement de son film, bloqué durant deux décennies.

– Un autre film sur Si Mohand Ou-Mhand, sachant que son parcours a fait l’objet de films et de feuilletons. Pourquoi ce choix ?

Effectivement, Si Mohand fascine à plus d’un titre. Poète révolté, et je suis désolé pour l’euphémisme, Si Mohand est venu au monde comme bien des poètes, au cœur d’une tragédie, dans une Algérie bouleversée par une violente occupation coloniale.

Cette période historique particulière marquera à jamais le destin contrarié d’un jeune homme que tout prédisposait à un avenir de médersien, mais qui répondra plutôt à l’appel des routes pour porter le cri de tout un peuple plongé dans une longue nuit coloniale. A travers sa poésie, Si Mohand décrira son éden perdu. Il dépeindra une société déstructurée et secouée jusque dans ses valeurs.

Ebranlé par l’exécution de son père et la déportation au bagne de Cayenne de Cheikh Arezki – un oncle rompu à la jurisprudence musulmane et influant dans l’éducation du poète – l’aède trouvera refuge dans l’univers des artifices que sont l’alcool et le kif.

Libéré de toute entrave, Si Mohand chantera la beauté de la femme dans une sensualité unique. Ainsi, il me paraît évident que le poète, qui a su intéresser les premiers intellectuels kabyles, comme Boulifa, Feraoun et Mammeri, puisse aujourd’hui interpeller des cinéastes. Je suis persuadé que Si Mohand Ou-M’hand suscitera d’autres œuvres, qu’elles soient cinématographiques, théâtrales ou autres.
Nous avons des sensibilités, des visions et des motivations différentes. Chacun a son axe de regard et c’est tant mieux.

– Le premier tour de manivelle a eu lieu 20 ans après la maturation du projet. Quelles sont les raisons de ce retard ?

Tout projet demande un ensemble de conditions pour sa réalisation. Le cinéma n’est pas en reste. L’écriture du scénario, qui a demandé une année complète, remonte à plus de vingt ans.

Le scénario a été déposé au niveau de la commission nationale de lecture et a été retenu à l’unanimité. Ensuite, il y a eu plusieurs aléas peu favorables à la production du film. Des malentendus sont venus mettre un terme au projet. J’ai patienté sans tourner le dos à Si Mohand. Actuellement, les circonstances sont favorables.

La reconnaissance de l’amazighité en tant que langue nationale et officielle, la reconnaissance de Yennayer en tant que repère historique et culturel de dimension nationale, voire nord-africaine, la création de l’Académie de langue amazighe, sont un ensemble d’indices convaincants d’une volonté politique de donner à notre identité un statut longtemps revendiqué.

A cela, j’ajouterais la volonté et la disposition du ministre de la Culture, qui n’a pas hésité à porter ce film consacré à un poète qui a marqué par son œuvre notre patrimoine culturel. Un poète algérien de dimension universelle.

– Les financements sont-ils dégagés pour achever le film ?

Les financements pour la production d’un film représentent souvent la pierre d’achoppement. Plus le budget est important, plus nous pouvons rêver. Nous disposons déjà d’une somme substantielle qui nous permet d’agir, d’entamer le tournage. Au fur et à mesure, le montage financier s’affine. L’argent est le souci principal des producteurs : Sediprau, Cadc… J’ai décidé de leur laisser leur inquiétude à eux seuls et à eux seulement.

– Lors du premier tour de manivelle à Djamaâ n’Saharidj, il y avait des scènes folkloriques, la présence du ministre de la Culture aussi. Cela a suscité quelques commentaires acerbes. Quel est le vôtre ?

La venue du ministre de la Culture à Djemaâ n’Saharidj, à l’occasion du premier coup de manivelle est un honneur. Il a rehaussé de sa présence cet événement culturel auquel il a donné toute la solennité voulue. Faut-il aussi relever que le ministre de la Culture est un écrivain, un scénariste. Vous savez, nous sommes dans une période où la Kabylie se fait mal.

Il y a d’éternels mécontents, il y a d’éternelles forces négatives. Elles sont plus en vue que ceux qui travaillent. Seulement, je ne m’intéresse pas aux commérages des vieilles peaux. Ras la patate ! Que ceux qui peuvent donner quelque chose à notre culture le donnent. C’est ce qui compte et mérite mon attention. Le reste relève du futile.

– Quand verra-t-on le film ?

Je prendrai le temps de faire ce film. Je garderai un rythme raisonnable. Je suis avec une équipe fidélisée avec laquelle j’ai fait plusieurs films et qui a compris qu’un film est avant tout une œuvre collective. Nous porterons ensemble Si Mohand Ou Mhand et lorsque nous arriverons à bon port, nous le déposerons devant le public. 

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