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Samir Zerrouki. Bédéiste et illustrateur : «J’aime faire rire les autres à travers mes dessins»

13 octobre 2018 à 0 h 20 min

Installé en Tunisie depuis 2006, le bédéiste algérien Samir Zerrouki a participé au 11e Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA). Avec son sourire et son humour décapant ne le quittent jamais, Samir Zerrouki se confie à nous avec beaucoup de sincérité.

 

Quelles sont vos impressions sur votre participation au 11e Festival international de la bande dessinée d’Alger ?

Je suis heureux d’être dans mon pays et de pouvoir participer à cet important événement. Je suis aussi ravi de présenter ma première bande dessinée, Comment se débarrasser de nous pour un monde meilleur. Je trouve que le Festival international de la bande dessinée d’Alger est un festival de référence. J’ai fait de belles rencontres. Il y a du beau monde qui a été invité au festival. Je suis vraiment impressionné par l’énergie des jeunes, en l’occurrence les cosplayers et les mordus de mangas.

Comment s’est faite votre rencontre avec la bande dessinée ?

Comme tout dessinateur qui se respecte et qui n’aime pas l’école, il finit dans le dessin. Je ne parle pas de don, car je n’y crois pas. J’ai commencé à dessiner très jeune. Je me souviens avoir commencé à dessiner sur la table d’école et sur mes cahiers. Il faut dire que mon leitmotiv est de faire rire les autres. J’adorais faire rire mes camarades en faisant des caricatures de nos professeurs. A l’époque, j’avais parcouru l’ensemble des bandes dessinées de Mahfoud Aïder. J’aimais aussi les caricatures d’Ali Dilem. Il faut avouer que j’ai commencé à recopier ce que faisait Aïder Mahfoud.

Petit à petit, je suis allé vers cela. Par la suite, j’ai plongé complètement dedans. J’ai fait l’Ecole des beaux-arts d’Alger en 1999, mais je n’ai jamais terminé mes études car je n’ai jamais aimé cette école.
J’ai fait trois ans d’études là-bas. Je me suis orienté après vers la publicité. Je me suis installé en Tunisie en 2006, où j’ai fait dix ans de publicité. J’ai très bien travaillé dans ce domaine. Sans prétention aucune, je faisais partie des bons éléments. Il faut avouer que la publicité n’a jamais été ce que j’aimais.

Je m’ennuyais un peu dans cette discipline. Ce qui me manquait, c’était le dessin et le besoin de dire. J’ai donc créé des blogs sur internet. Mon premier blog s’appelait «Yahia boulahia», où je commentais l’actualité politique et sociale tunisienne.

C’était surtout pour contrer la montée de l’islamisme. Je n’avais pas créé ce blog pour me faire connaître, mais je l’ai fait pour dénoncer un fait. J’ai vu la montée de l’islamisme en Tunisie en 2011 ; comme j’avais vécu cela en Algérie, j’ai essayé d’avertir les Tunisiens. J’ai créé un personnage religieux qui faisait des fatwas. Pendant trois ans au quotidien, je faisais une fatwa mais en même temps je traitais de l’actualité. Cela a super bien marché. J’ai été beaucoup sollicité pour faire des expositions et plein d’autres choses intéressantes.

Mais après, j’en ai eu marre de cela. Vous déprimez après quand vous traitez toujours de l’actualité au quotidien. J’ai décidé après de créer un autre blog exclusivement humoristique. C’était bien sûr en en parallèle de la publicité. En 2016, j’ai quitté la publicité pour éditer ma première bande dessinée, «Comment se débarrasser de nous pour un monde meilleur qui a très bien marché. Ma Bd a été éditée en France et en Tunisie. J’ai fait trois mois tête de gondole auprès de la Fnac en France comme meilleures ventes.

Votre bande dessinée Comment se débarrasser de nous pour un monde meilleur est une prise de conscience pour dire que les défauts existent dans les pays maghrébins ?

Cette bande dessinée se décline sous la forme d’un manuel avec dans chaque page une solution pour se débarrasser des Arabes. C’est une bande dessinée pour nous critiquer et critiquer ce qui va mal dans notre société. Je ne corrige personne, mais je dis comment nous sommes, nous les Maghrébins. Nous avons toujours tendance à dire que le mal vient de l’extérieur. J’ai fait cette BD pour m’adresser au Maghreb. C’est pour cela que je l’ai présentée en langue française. Je m’adresse à l’Algérie, à la Tunisie et au Maroc. J’ai essayé de traiter uniquement de sujets qui parlent à ces trois pays.

C’est une bande dessinée qui n’est pas politique, mais sociale. J’ai pointé du doigt tout ce qui ne va pas dans la société dont, entre autres, le chômage, le mariage, la mixité, les trottoirs. Je tourne en dérision nos petits défauts. J’ai mis six mois pour réaliser cette bande dessinée. Mon album est disponible à Alger au niveau de la librairie L’Arbre à dire et celle du Tiers-Monde. Ma Bd est disponible également dans toutes les libraires tunisiennes, françaises et belges.

Vous considérez-vous comme un porte-parole puisque vous véhiculez des messages à travers vos bulles ?

Je ne vais pas jusqu’à m’appliquer ce terme de porte-parole. Mais moi, j’ai des choses à dire, c’est pour cela que j’ai choisi la Bd. J’ai plutôt des messages à transmettre. Peut-être que tout le monde ne sera pas d’accord avec moi, mais c’est ma vision des choses.

La bande dessinée tunisienne a-t-elle un écho favorable auprès de ses lecteurs?

Je fais partie d’un collectif de bande dessinée tunisien qui s’appelle Le lab 619. C’est un périodique trimestriel. La bande dessinée en Tunisie ne se porte pas aussi bien qu’en Algérie.
En Algérie, il y a quelques maisons d’édition spécialisées dans le 9e art ; il y a également beaucoup d’auteurs algériens qui se produisent. En Tunisie, il existe seulement le collectif dont je fais partie qui est actif. Il y a, bien entendu, quelques autres bédéistes qui essayent de faire quelque chose. La bd tunisienne n’est pas aussi radieuse qu’on le pense.

Quels sont les auteurs et bédéistes qui vous ont inspiré ?

Sans hésitation aucune, je citerai en premier lieu l’excellent bédéiste algérien Mahfoud Aïder. J’ai dévoré toutes ses bandes dessinées. J’apprécie aussi le caricaturiste Dilem. J’aime bien aussi les bédéistes contemporains argentins, espagnols et français. J’ai aussi une grande préférence pour la bande dessinée belge, avec l’incontournable Astérix.

Pensez-vous qu’un artiste se doit d’être engagé dans son travail ?

Je pense que le mot artiste ne doit pas être appliqué à n’importe qui. Je n’aime pas parler de moi. Je sais une chose, c’est que je tape souvent fort dans mes dessins. Quand on est fidèle à ses valeurs, on les retranscrit dans notre travail. On n’est pas obligé d’être engagé politiquement.

Pensez-vous que les réseaux sociaux sont nécessaires pour rester visible dans le circuit ?

Pour ma part, je reconnais avoir utilisé le Net via un blog pour me faire connaître. Les réseaux sociaux permettent également d’échanger et de partager des expériences. Je pense que c’est une ouverture sur le monde qui permet d’avoir beaucoup d’opportunités de travail.

Planchez-vous actuellement sur un autre projet ?

Je suis en train d’écrire une nouvelle bande dessinée qui sortira l’année prochaine en Tunisie.

 

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