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Rochedi Khaled Bessaih. Artiste-plasticien et musicien : Un échiquier à taille humaine

13 octobre 2020 à 10 h 08 min

Rochedi Khaled Bessaih nous a, une fois de plus, éblouis avec ses créations. Toutefois, l’œuvre qu’il vient de réaliser n’est peut-être pas ce que vous avez l’habitude de voir. Il s’agit d’un jeu d’échecs grandeur nature travaillé entièrement à la main avec six pièces sculptées de couleur or et vert émeraude. Un plaisir pour les yeux et pour l’esprit. L’exposition est visible jusqu’au 16 octobre au palais de la Culture Moufi Zakaria.

Comme vous le savez probablement, le jeu d’échecs est l’un des plus vieux jeux de stratégie au monde. Un jeu de réflexion et de logique que beaucoup apprécient, car il développe la stratégie et la mémoire visuelle.

Avec le temps, plusieurs variantes ont défilé, d’ailleurs, nous pouvons les retrouver de différentes tailles, mais également grandeur nature, que ce soit dans des jardins ou même en plein centre-ville. Depuis peu, il est également possible d’admirer ce type de chef-d’œuvre en Algérie.

Et justement, le Palais Moufdi Zakaria renferme un jeu d’échecs d’une envergure de plus de quatre mètres carrés. Intitulé Les deux royaumes, l’œuvre d’art réalisé par Rochedi Khaled Bessaih est d’une beauté incroyable mélangeant des couleurs ocres, dorées et vert émeraude. L’échiquier est entièrement fait de métal et peint avec de la cire à patiner et de l’acrylique puis fini au vernis. Les pièces, quant à elles, sont sculptées et sont au nombre de 6. Elles sont un mix d’argile et d’objets de récupération. Il y a deux tours, deux chevaliers, quatre fous, deux reines et deux rois, respectivement de couleurs dorée et verte.

Concernant les pions, l’artiste en a réalisé qu’une seule paire pour l’instant, mais il y en aura d’autres, car «en général, les soldats sont toujours plus nombreux que ceux qui les sacrifient», nous dit-il. La taille des pièces varie entre 30 cm et 53 cm. La tête des personnages est faite d’argile et le reste d’accessoires récupérés un peu partout. Questionné sur le choix des matériaux, l’artiste répond qu’il «découle d’une volonté purement représentative du monde dans lequel nous évoluons. Une thématique qui, en vrai, fait allusion au principe de dualité, une notion qui caractérise notre existence.

Comme dire que le mal confirme l’existence du bien. Un duel entre vérités originelles et superflus et artifices conventionnels». Vu les dimensions de la table, l’artiste explique qu’il l’a réalisée dans son jardin. Mais pour ce qui des sculptures, elles ont été faites dans son atelier. Une impressionnante œuvre qui a été pensée et réalisée par Rochedi Khaled Bessaih lui-même. Toutefois, pour la partie soudure de la table, il a fait appel à un ami, Fares Iken, pour souder avec lui certaines parties de la table, mais aussi afin d’assembler les parties les plus lourdes. Par ailleurs, cet échiquier géant représente beaucoup pour l’artiste, elle est sa première œuvre d’art de cette envergure, et sans doute pas la dernière. «Cet échiquier est le commencement d’une nouvelle aventure et vision artistique dans un univers qui certes reste le mien, mais que je découvre de jour en jour», déclare Rochedi Khaled Bessaih.

Parmi ses différents talents cachés, notre peintre et sculpteur a également une autre passion qui est la musique. Les deux passions s’entremêlent entre elles, afin de créer une harmonie fusionnelle dans le but de libérer une création artistique unique. «Je pense que la musique est le terreau qui permet à mes autres passions de germer, pousser et prendre forme. Je peux peindre ou sculpter en écoutant de la musique, parfois même des morceaux que j’ai composés moi-même pour les tester et voir s’ils apportent une bonne énergie à ma peinture ou sculpture», explique l’artiste.

Matérialisation d’une réflexion

De l’imagination à la création, l’artiste passe par plusieurs étapes qui en vrai n’est que la matérialisation d’une réflexion, d’une idée, voir d’un flash que l’on ne peut expliquer que sur le moment. Mais ce qui est certain, c’est que cette interprétation artistique demande bien des efforts. Des efforts qui d’ailleurs se résument par un isolement salutaire. Pour certaines, elles sont nommées des nuits blanches. Cependant, Rochedi préfère les surnommer «les envies nocturnes» afin de pouvoir produire quelque chose qui soit en parfaite harmonie avec les pensées et émotions qui sont véhiculées par cette même envie nocturne. Et «si toutefois, on est satisfait de ce que l’on a pondu, on pose alors notre signature en guise de reconnaissance à l’accomplissement de cette envie nocturne ou diurne chez certains artistes, histoire de rendre hommage à ce beau et magique processus qu’est la création d’une œuvre», confie-t-il.

Ce qui motive ou inspire notre artiste est une force intérieure qui se nourrit d’un extérieur, parfois involontairement généreux. Fasciné par l’humain et sa complexité, il reste le sujet qui l’inspire le plus. De par ses multiples côtés, tels que sa force immensurable, sa fragilité attachante, mais aussi de par son sens de l’humour parfois décalé qui vient caler un humour populaire bancale. Le style de Rochedi s’inscrit dans un art figuratif animé par des thèmes qui tourne majoritairement autour de la femme.

«Cette œuvre reste, à mes yeux, un renouveau»

-Comment vous est venu l’idée de créer cet échiquier ?

Cette œuvre reste à mes yeux un renouveau, un autre couloir que j’ai emprunté de manière complètement hasardeuse. Une œuvre sur laquelle je travaille depuis pratiquement quatre ans et qui, à mes yeux, est loin d’être finie. Un jour, mon fiston âgé encore de quatre ans m’a demandé de lui faire un bonhomme de neige avec de la pâte à modeler et, résultat des courses, je me suis découvert une nouvelle passion. Alors, j’ai acheté de l’argile pour voir si mes doigts pouvaient parler à cette noble matière, et j’avais pris tellement de plaisir à sculpter mon premier personnage, qui d’ailleurs était tellement loufoque qu’on a fini par le surnommer avec mon fils «Le Fou». Et de là, l’échiquier a pris forme dans mon esprit, et c’était ça et pas autre chose sur le moment. Comme une sorte d’évidence.

-A-t-il été difficile de le transporter ? Comment vous vous y êtes pris ?

Oui, j’ai pensé à la logistique pendant la première étape de la création, vu le poids et l’envergure de la table. Donc, il est démontable et sur roue. Pour le transport, j’ai fait appel à une société de déménagement équipée de fourgons adaptés pour ce genre de mobilier. Et, une fois arrivé au palais de la culture, notre commissaire de l’exposition Souffle d’art, Amel Mihoub, nous a facilité la tâche en acceptant de faire passer l’échiquier par l’accès principal.

-Sans indiscrétion, cela vous a-t-il coûté cher ?

Je n’ai pas fait de calcul pour arriver à un total précis. Mais je pense que l’essentiel de ce que j’ai gagné en vendant mes toiles, je l’ai consacré à la réalisation de ce projet.

-Quelle a été la partie la plus difficile à créer dans cet échiquier grandeur nature ?

Sans l’ombre d’un doute, aucune partie. Car chaque instant passé dessus était un pur moment de bonheur

-Après l’exposition Souffle d’art, que va devenir cet échiquier ?   

Je ne peux vous le dire, je préfère confier à l’avenir sa destinée.

-Avez-vous l’intention d’imaginer une nouvelle pièce d’art de cette envergure ?

Mon souhait le plus cher reste celui de continuer à me surprendre. Donc j’espère que oui.

Entretien réalisé par  Amina Semmar

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