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Rencontre d’Amel Bara Kasmi, fondatrice de la galerie Ifru Design : «La galerie d’art, c’est un hommage à ma famille»

31 mai 2020 à 9 h 35 min

Installée depuis près d’un an au 139 boulevard Colonel Krim Belkacem à Alger-Centre, la galerie Ifru Design multiplie les rencontres littéraires atypiques et les expositions en tout genre.

Dans cet entretien, Amel Bara Kasmi nous dévoile le concept multidisciplinaire de sa galerie, mais nous parle aussi de sa passion contagieuse pour l’art.

Entretien réalisé par  Amina Semmar

 

-Pouvez-vous nous parler du concept de votre galerie ?

Tout comme dans l’art, la notion principale est la liberté d’expression. Pour la galerie, j’ai pensé à ce même état d’esprit, car nous sommes libres de nous exprimer comme nous le ressentons sans limite ni barrière. Pour ma part, je suis une passionnée, j’aime tous les secteurs d’art. A Ifru Design, c’est multidisciplinaire. Il y a donc une liberté pour tous ceux qui souhaitent s’exprimer que ce soit des professionnels ou de simples passionnés d’art. Tous les thèmes de l’artisanat sont possibles : la peinture, les mots, la poésie et la littérature. Il y a une très grande liberté pour l’artiste.

-D’où vient cet intérêt pour ouvrir une galerie ?

L’ouverture de la galerie s’est faite à un moment particulier de ma vie. Avec un TS en architecture, une expérience de 20 ans dans plusieurs bureaux d’études puis un BTS en architecture d’intérieur, une profonde passion commençait à naître à travers mon vécu et mes émotions. Mais aussi une délivrance que je dois à mon ancien professeur en design intérieur, Karima Hadjadj. Fin 2016, j’ai perdu mon père, j’étais en deuil et j’étais devenue asociale. Petit à petit, je me suis mise à retrouver ma passion perdue.

Et le souhait que j’avais à ce moment, c’était d’ouvrir une galerie d’art. Cette décision m’était venue afin de retrouver toute l’atmosphère familiale ainsi que tout cet esprit de partage que nous avions. La galerie d’art, c’est donc un hommage à ma famille que j’ai perdue entre ses esprits de musique, de poésie et de danse. Avant l’ouverture, je commençais à côtoyer les galeries, les artistes, et je faisais particulièrement attention à l’organisation des vernissages. En 2019, j’ai commencé l’activité puis j’ai ouvert une agence de design d’intérieur, car c’est mon métier.

-D’après vous, quelles sont les qualités nécessaires pour devenir galeriste  ?

Il faut avant tout être passionné, mais aussi, il faut aimer ce que l’on fait, car le métier est très fatigant que ce soit moralement ou physiquement. Je constate aujourd’hui qu’il ne s’agit pas uniquement d’organiser des vernissages. Mais c’est aussi de savoir comment gérer l’artiste. Il faut savoir que pour devenir galeriste à l’étranger, il y a un cheminement scolaire à faire. Cependant en Algérie, un passionné d’art a la possibilité d’en ouvrir une. La raison, un marché de l’art complètement inexistant.

-Des détails, quant au nom choisi pour la galerie ?

Ifru Design est la composition de deux mots ayant chacun une signification. Pour Design, c’est en rapport avec le choix de mes études en design d’intérieur. Alors que pour Ifru, c’est beaucoup plus profond. Cela relève de la mythologie, des légendes et des mythes. En cherchant dans mes origines berbères, j’ai lu un jour qu’il y avait dans la mythologie berbère une déesse surnommée Ifri ou Ifru, la déesse de la guerre et protectrice des soldats. Elle est également connue sous le nom de la déesse Africa. Comme nous sommes sur le continent africain et que je suis berbère, il fallait que je choisisse un nom qui me mette en valeur, mais qui met également en valeur mes origines. Ma personnalité s’apparente à celle de cette déesse autant pour son côté guerrière comme pour son côté protectrice.

Toutefois, ce que je devais protéger devait manifestement être les œuvres des artistes. Selon moi, lorsqu’un artiste peint, il laisse un bout de son âme sur la toile ou sur la matière qu’il réalise. C’est son âme qui parle. Il est de même pour le concept intérieur et le choix des couleurs de la galerie. J’ai mis du vert pour faire un rappel à la savane, à l’Afrique, notamment à la nature et à mon enfance. Il y a également la couleur blanche, elle fait référence aux âmes et à la lumière. De plus, c’est une couleur qui fait ressortir les œuvres architecturalement parlant. Il est important de préciser que mon ami et artiste-plasticien Karim Sergoua a beaucoup contribué pour démarrer ma galerie, mais aussi pour le nom de cette dernière.

-Comment définirez-vous la ligne artistique de la galerie d’art ?

Cela fait maintenant une année que j’ai ouvert la galerie, je suis toujours en apprentissage. En ce qui concerne l’esprit de ma galerie, il était dans la recherche des métiers de l’artisanat, des métiers ancestraux perdus afin de les mettre en valeur, et ce, dans le but de donner aux jeunes une idée de ceux qu’ont représentés ces savoir-faire. Aujourd’hui, je me demande si je dois changer cette thématique multidisciplinaire en une nouvelle. Cela dit, je veux approfondir ma démarche en choisissant des disciplines rares. Par conséquent, pourquoi ne pas rechercher ce savoir-faire ancestral en mettant une touche moderne et contemporaine.

-Comment se passe la collaboration avec les artistes ?

Ce n’est pas très compliqué. Je suis capable à l’aide de mon âme artistique de comprendre leurs besoins. Tout est clair chez moi. Lorsqu’un artiste souhaite collaborer avec moi, je mets toujours en avant mon règlement. Bien que je laisse une très grande liberté aux jeunes, il arrive quelquefois que certains ne possèdent pas le côté technique, mais sont dotés d’un côté esthétique très fort. Mon rôle sera de garder ce côté esthétique et de développer le côté technique. Je suivrais de près son évolution. Mon objectif est de donner de l’espoir aux jeunes, et par la même occasion la possibilité d’exposer dans des galeries.

-Un artiste que tu suis depuis le début ?

C’est Sulaiman Shaheen, un étudiant palestinien inscrit à l’École de Beaux-arts d’Alger en option sculpture. Je le suis depuis son début jusqu’à aujourd’hui en lui donnant des conseils dans le but de se faire connaître, mais aussi afin de faire connaître son travail. Je l’encourage,notamment à faire plusieurs expositions dans de multiples endroits. Il fait vraiment du beau travail. Par exemple Sulaiman, il a un côté esthétique. Toutefois, son côté technique est académique, il n’a pas encore cette liberté. C’est tout à fait normal.

-Que retenez-vous de cette expérience?

Concrètement, je ne peux pas parler de cette expérience, car c’est tout récent. Cela fait une année, je suis toujours dans l’apprentissage. Chaque jour, j’apprends avec les artistes que ce soit par le côté technique ou relation humaine. J’ai découvert un milieu où il y a beaucoup d’esthétique, beaucoup de rêve et peu de réalité. Les rêves sont à la portée de tous. Cependant, si tu es galeriste, il faut gérer tout cela. De plus, j’ai ouvert à un moment où la crise économique atteint le summum . La vente est donc très difficile, très peu achètent des œuvres. En une année, je n’ai vendu que neuf tableaux.

-Selon vous, comment le métier de galeriste doit-il évoluer face aux nouvelles technologies ?

Dans le monde entier, la technologie fait partie intégrante de la vie des artistes et des galeristes. En ce qui me concerne, je travaille beaucoup avec les réseaux sociaux. Toutefois, c’est difficile pour nous en tant qu’Algérien, car le marché de l’art n’existe pas. Etant en contact avec d’autres galeristes de par le monde afin de parler de nos métiers respectifs, je trouve que nous sommes assez en retard par rapport à eux, mais on apprend. Il ne faut pas oublier qu’en tant que galeriste algérien, nous faisons un travail qui n’existe pas chez nous. Nous avons certes notre culture, mais nous n’avons pas la culture de l’art. Car elle n’est pas enseignée dans nos établissements. Personnellement, ce que je fais, je le vois plus comme une passion par rapport au vrai métier de galeriste. Je partage ma passion de l’art.

-Pourquoi selon vous peu d’Algériens s’intéressent-ils à l’art ?

Ici en Algérie, tout le monde pense plutôt à son travail, à la vie quotidienne ou à l’avenir de leurs enfants. On a un problème de culture d’abord. Certaines galeries marchent plutôt bien par rapport aux autres, car elles sont fréquentées par des collectionneurs. Par ailleurs, il existe des gens qui ne veulent pas entrer dans une galerie d’art, car ils soutiennent que ce type d’endroit est destiné à un certain niveau intellectuel ou pour des gens qui peuvent se permettre d’acheter des œuvres d’art. Il y a aussi beaucoup qui croit qu’une fois à l’intérieur d’une galerie d’art, ils leur aient obligé d’acheter une œuvre. Dans leur esprit, une galerie n’est accessible que pour certains.

Pourquoi ne se disent-ils pas qu’ils ont la possibilité de parler de technique, de démarche, de style artistiques avec le galeriste ou l’artiste. C’est sans doute en raison de l’absence de formation dans les disciplines artistiques que ce type de pensée ne traverse pas l’esprit. Pour que le public puisse donner une valeur à cet art, il faudrait qu’il connaisse en premier lieu les différentes disciplines artistiques. Il y a là toute une réflexion derrière.

C’est la raison pour laquelle je recommande aux artistes de définir leur démarche artistique. Et ainsi faire comprendre aux gens que chaque discipline à un paysage magnifique à connaître.

-Quels sont vos projets d’avenir ?

Prochainement, je devais collaborer avec l’Association Oum El Founoun et le scénariste Ali Ghalem, où il était prévu une projection et un débat autour de son nouveau film afin de comprendre la démarche de l’artiste. C’est le secteur d’art que je n’ai pas eu l’opportunité de présenter à la galerie. Je travaille également sur un futur vernissage avec un designer en céramique. Un autre type d’exposition incluant la démarche de l’œuvre depuis l’idée jusqu’à sa réalisation.

Elle sera accompagnée de croquis. L’idée est de partager avec le public la réalité d’un designer, d’un peintre et d’un sculpteur afin de comprendre ces différents métiers artistiques. Tout cela est toutefois reporté en raison de la pandémie du Covid-19.

 

 



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