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dimanche, 23 septembre, 2018
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Rachid Taha : La voix «rock» du terroir

14 septembre 2018 à 0 h 15 min

Rachid Taha, le célèbre chanteur algérien ayant internationalisé Ya Rayah, une reprise du maître du chaâbi Dahamane El Harrachi, est décédé d’une crise cardiaque dans la nuit de mardi à mercredi, à Paris. Il avait 59 ans. La dépouille mortelle du défunt devait être rapatriée hier à Oran et inhumée aujourd’hui à Sig (wilaya de Mascara).

Le monde de la musique est triste. L’ex-Carte de séjour, le chanteur Rachid Taha, celui qui immortalisé Ya Rayah du grand maître du chaâbi Dahmane El Harrachi, Douce France, Khokhomanie, Rock The Casbah, Bara Bara est parti prématurément, à l’âge de 59 ans.

«Son fils Lyes, sa famille, ses proches, tous ses amis et son label Naïve ont le regret et l’immense tristesse d’annoncer le décès de l’artiste Rachid Taha, survenu cette nuit suite à un arrêt cardiaque à son domicile des Lilas», indiquait le communiqué transmis à l’AFP.

Son ami Toufik nous confirma la terrible nouvelle : «Oui, Rachid (Taha) est décédé d’une crise cardiaque, dans son sommeil. On est en train de courir avec son fils Lyes auprès du consulat algérien en France pour les démarches de rapatriement en Algérie et son inhumation à Sig.

J’ai vu Rachid Taha, lundi, il avait l’air normal. Rachid Taha, quoi… On reçoit énormément d’appels…» Une oraison funèbre a été organisée hier matin à Paris, saluant la mémoire du regretté Rachid Taha, en présence d’un imam, sa famille, ses amis et de l’ambassadeur et consul d’Algérie en France.

Un nouvel album, un single

Rachid Taha ne célébrera pas le 20e anniversaire de son album Diwan où figure le hit international Ya Rayah, Ida, Habina, Bent sahra, Menfi, Bani Al insane ou encore Aiya aiya. Rachid Taha devait se produire le 22 septembre 2018 avec l’orchestre symphonique de l’Opéra de Lyon — sa première ville d’adoption —, et ce, avec Steve Hillage qui n’est autre que le producteur du fameux grand concert de 1, 2, 3 Soleils, ayant réunis Faudel, Cheb Khaled et Rachid Taha, du single Voilà Voilà en 1993 et ayant coproduit aussi, avec Jean-Jaques Goldman, Christophe Battaglia et Lati Kronlund, l’album Kenza de Khaled en 1999. Et surtout, le producteur de l’album Diwan. Et ne fêtera non plus l’anniversaire, le 18 septembre, de ses 60 ans.

Oui, une disparition prématurée. Alors que Rachid Taha avait des projets plein la tête. Il répétait depuis un bon moment pour l’événement musical de la rentrée à Lyon, il avait enregistré un album, il préparait sa sortie, il allait en guise de mise en jambe lancer un single intitulé Je suis africain, des concerts, des rendez-vous, un projet d’écriture…

La vie, quoi ! Jusqu’à la dernière minute de sa vie, jusqu’à l’ultime zéphyr de sa vie, Rachid Taha aura été ce taulier, infatigable, se renouvelant . A ce propos, il nous confiait récemment : «Je n’ai jamais arrêté (de faire de la musique). Je n’ai jamais loupé un rendez-vous ou un avion…»

Prémonitoire hommage à El Harrachi

La preuve, en novembre 2017, il a rendu un vibrant hommage à celui qui aura été sa rampe de lancement, le maître du chaâbi, le regretté Dahmane El Harrachi. Il s’agissait d’un spectacle musical entrant dans le cadre du «Week-end chaâbi» lancé par l’Institut du monde arabe (l’IMA). Rachid Taha y reprenait le riche répertoire de Dahmane El Harrachi d’une manière exhaustive.

Bien sûr et immanquablement figuraient le hit planétaire Ya Rayah, Zouj hmamat, Elli Yezraa Errih, Elli heb slahou, Hassebni khoud krak, Ach eddani n’ khaltou, Ya dzaïr, Essenat ghir leklam, Khalou trigue, Chraa Allah, Ya Sayelni, Eli rah ouella, Ya kassi

Dans un entretien à El Watan datant de mai 2006, répondant à la question portant sur le hit revisitant Ya Rayah de Dahmane El Harrach et par conséquent internationalisant le chaâbi, une musique algérienne, Rachid Taha confia : «Evidemment ! Vous savez, je suis en train de préparer Diwan 2. Diwan veut dire assemblée.

Et bien, je fais un album tous les trois ans pour mon fils, qui a 20 ans, pour lui expliquer la culture et l’origine de son père. Donc, je chante Dahmane El Harrachi, Oum Kalsoum, Blaoui El Houari…»

Juste après l’événement de l’IMA, il s’était envolé pour Bamako, au Mali. Rachid Taha et ses musiciens avaient une résidence au festival-concept intitulé «La croisée des chemins», s’étant déroulé du 17 au 25 novembre 2017. Et c’est Rachid Taha et Aly Keita, le virtuose du balafon, qui ont inauguré cette rencontre culturelle pluridisciplinaire, au Parc national du Mali.

Un seigneur, un humaniste

Un boulimique du travail… d’orfèvre, et ce, malgré une souffrance intérieure, latente. Le 14 octobre 2017, nous recevons un appel téléphonique depuis la France de Rachid Taha. Il nous donnait rendez-vous à Sig puis à Mascara (Algérie). Non pas pour parler de musique mais pour nous révéler la maladie dont il souffrait depuis longtemps. Celle d’Arnold Chiari.

Et c’est un Rachid Taha nullement affecté, confiant, courageux et surtout digne, ne dramatisant pas à propos de la maladie dont il souffrait. Il nous a reçu à Sig, puis à Mascara, pour nous dévoiler le mal qui le ronge, le syndrome d’Arnold Chiari, une malformation congénitale du cervelet. Cette maladie rare est due au fait que la partie inférieure du cervelet, au lieu de reposer sur la base du crâne, s’engage dans le trou occipital normalement occupé par le tronc cérébral.

Ainsi, le cervelet ne peut plus fonctionner normalement, ce qui provoque un certain nombre de troubles neurologiques. Le plus souvent, le syndrome d’Arnold Chiari ne s’exprime pas avant la 20e année, et sa découverte est en général fortuite, à l’occasion d’une IRM ou à la suite d’un traumatisme crânien.

Rachid Taha évoquait un sujet, certes grave, mais il en parlait avec une pointe d’humour qu’on lui connaît. Rachid a «caché» cette maladie des années durant. Mais vu l’ampleur qu’elle a pris, il a décidé de la révéler au quotidien El Watan.

Pour alerter, sensibiliser les gens quant à cette maladie, et surtout prévenir et se prémunir des mariages consanguins. Et puis les exhorter à diagnostiquer cette maladie dès la naissance. Et bien sûr, sans exploiter cette maladie.

Rachid nous confia : «J’en ai marre que les gens me prennent pour quelqu’un de ‘‘bourré’’ sur scène. Alors que ce sont les symptômes de la maladie d’Arnold Chiari. Je titube, car je perds l’équilibre. Je vacille. Cela génère un dérèglement dans le corps. J’aurais pu en parler depuis longtemps. Je ne voulais pas qu’on ait pitié de moi. Je ne veux pas tomber dans le sentimental. Si j’en parle maintenant, c’est pour alerter les gens, quoi…»

Retour de l’enfant «prodige» à Sig

Si on ajuste le rétroviseur, dès sa première formation, Carte de séjour et ses chansons phares telles que Douce France ou Khokhomanie, Rachid Taha se distinguait en leader responsable, engagé et très à l’écoute de ce qui passait en France «mitterrandienne» et autres libération des ondes et de ladite «marche des beurs».

Et cela l’horripilait : «Les émigrés se sont fédérés non pas pour le slogan ‘‘Sos racisme’’, mais c’était une marche pour l’égalité. Voilà ce qu’on récolte maintenant avec le communautarisme…» Il faut écouter les textes de Rachid Taha, ils regorgent de messages politiquement incorrect.

Les chansons Zoubida et Jamila, c’est histoire de jeunes Maghrébines mariées de force, des victimes expiatoires, qui par dépit se sont suicidées, Rock El Casbah, une reprise des Clash, est un réquisitoire contre les pouvoirs arabes vivant de mannes pétrolières, ou encore Hasbuhum (demandez-leur des comptes) bande originale du film Morituri (œuvre de Yasmina Khadra) d’Okacha Touita et Bara Bara celle du film Black Hawk Down (La chute du faucon noir) de Ridley Scott dénoncent le fait du prince et les seigneurs de la guerre.

L’enfant terrible de Sig, Rachid Taha, était fier de jouer dans la cour des grands. Ses pairs s’appellent Bian Eno, producteur du groupe irlandais de pop-rock U2, Mick Jones (ex-Clash), Damon Albarn (Gorillaz), Steve Hillage, Carlos Santana, Khaled, Yoko Ono (veuve de John Lennon), Patti Smith… Et on en passe. C’est dire de la notoriété de Rachid Taha, une pop star.

Il était aussi fier de ses racines, sa terre natale, sa ville, sa culture et son identité. La preuve, il ne cessait de promouvoir le patrimoine algérien aussi divers qu’éclectique. Ainsi, en revenant au «bled», à Sig, Rachid Taha ne fait que pasticher à la lettre l’aphorisme du grand maître du chaâbi, Ya Rayeh : «Ya rayah win msafar trouh taaya wa twali» (Oh émigré où vas-tu ? Finalement, tu dois revenir). Rachid Taha, possédait la carte de séjour (résidence en France). Il est décédé citoyen algérien et du monde. «Carte de séjour» résume toute sa vie. n

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