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Rachid Bouchareb. Réalisateur franco-algérien : «J’aimerais bien que mon film sorte en Algérie»

09 décembre 2018 à 10 h 30 min

Rencontré le lendemain de la projection de son film Le flic de Belleville, à Riadh El Feth, à Alger, le réalisateur franco-algérien, Rachid Bouchareb, revient dans cet entretien sur les raisons qui l’ont poussé à opter, cette fois-ci, pour une comédie policière.

 

C’est la première fois que vous vous lancez dans le projet d’une comédie policière d’action. Cela a-t-il été facile pour vous d’explorer ce nouveau genre cinématographique ?

Non, cela n’a pas été tellement facile d’explorer pour la première fois ce nouveau genre cinématographique. Mais il faut dire que j’étais rassuré avec des acteurs, comme Biyouna et Omar. Et aussi l’acteur américain que je connaissais. Connaître les gens vous rassure déjà. Je ne suis pas parti avec des gens que je ne connaissais pas. Je sais que Biyouna rassure. Elle se surpasse même. Ils ont tous été très brillants.

Il fallait par moments se mettre au travail ensemble. Qu’on trouve un ton pour le film et un rythme. Je leur ai laissé la place, comme Biyouna et Omar d’improviser. Il y a donc des dialogues où Biyouna se lâche. Cela a ajouté au film une dimension de comédie. Cela a fait monter le projet dans cette idée. Sinon le tournage a duré presque treize semaines entre Paris et Miami.

Bien que vous ayez opté pour une comédie policière d’action, vous pointez du doigt l’Afrique, avec ces nouvelles routes du trafic de la drogue ?

Je raconte le trafic de la drogue en Afrique, parce que les nouvelles routes de l’Afrique, aujourd’hui, c’est la drogue. Les cartels d’Amérique du Sud visent, maintenant, une nouvelle clientèle et des nouvelles routes pour distribuer la drogue jusqu’en Europe. Donc, j’ai travaillé beaucoup là-dessus. J’ai fait des enquêtes avant, car je ne voulais pas faire non plus un film qui ne repose pas sur des réalités.

C’est pour cela que j’ai introduit le problème de la drogue en Afrique et de la jeunesse qui est touchée. Cette jeunesse sera de plus en plus ciblée dans le futur. Ces jeunes sont devenus les nouveaux clients et les nouveaux marchés des cartels de la drogue.

Baba est parti en Afrique faire une enquête, mais pourquoi le choix de la Colombie ?

L’Afrique était trop loin pour moi pour pouvoir travailler et préparer tout ce que j’avais à faire. Je suis parti faire des repérages en Afrique du Sud et un peu partout. La Colombie, c’était à trois heures d’avion. Juste en face de Miami. C’était beaucoup plus facile de préparer les deux endroits que de perdre quarante heures pour aller en Afrique et revenir. Côté pratique, c’était meilleur. Je n’avais besoin que du désert et d’un avion.

Que pensez-vous de la projection hors compétition de votre nouveau film Le flic de Belleville dans le cadre du 9e Festival international du cinéma d’Alger ?

J’ai trouvé que l’idée des organisateurs du FICA était bonne. Je crois que c’était une bonne idée de projeter mon film à Alger. Au début, je ne vous cache pas, je n’étais pas trop emballé. J’ai dit faites comme vous voulez, on n’est pas dans un film politique, mais dans le film, il y a quand même une dimension sur le trafic de drogue et sur la corruption des dirigeants en Afrique.

C’est ce qu’il y a derrière, mais le spectateur n’est pas obligé de voir cela. Ce n’est pas une obligation, mais il y a quand même quelques points que j’ai voulu mettre en exergue.

C’est surtout une comédie. Alors est-ce que mon film rentre dans le festival ? Finalement la diffusion de mon film, jeudi soir, n’a pas déçu le public. Peut-être qu’il a aimé et peut-être qu’il a voulu faire une pause dans un film qui n’a rien à voir avec le reste.

Comment avez-vous trouvé le public algérois ?

J’ai aimé sa façon de réagir. C’est pour cela que je me dis est-ce que c’est Biyouna – et cela c’est le public qui peut le dire – a été la porte d’entrée aussi pour le film. Le fait qu’elle soit là rapproche et on ne sent pas étranger à cette comédie et à ce voyage.

Pour moi, c’était pour parler dans mon film de l’émigration encore une fois. C’est la mère qui quitte un quartier pourri de Paris et qui tout d’un coup atterrit dans une villa à Miami avec dans sa tête la décision de ne jamais revenir en France.

Quel regard portez-vous sur le Festival international du cinéma d’Alger ?

Ce qui est intéressant, c’est que les salles sont en mouvement, qu’il y a des films dans une ville, comme ici à Alger. Je pense que le public a envie de voir des films du monde entier. C’est une fenêtre, plutôt que de rien diffuser dans les salles.

Donc, avoir une manifestation comme celle-ci qui dure plus d’une semaine avec des projections de films du monde entier, c’est formidable.

Hier soir (jeudi), c’était le cas lors de la projection de mon film, comme beaucoup d’autres, cela veut dire qu’il y a un désir de voir les films. Ce sont des initiatives à encourager. C’est aussi remplir toutes les salles d’Algérie tout le temps, mais hélas ce n’est pas le cas.

On croit savoir que votre film sortira prochainement dans les salles algériennes…

Oui, j’aimerais bien que film sorte en Algérie. Quand j’ai vu l’accueil jeudi soir du public, j’ai dit au directeur artistique du FICA et au critique de cinéma, Ahmed Béjaoui, sortons le film puisque cela plaît au public algérois. Je ne sais pas, mais je pense que c’est le public qui confirme ou pas s’il y a un intérêt.

S’il y en a un, je vais pousser pour que mon film soit distribué partout en Algérie. Comme je l’ai fait avec mes autres films.

Quel a été le retour du public à l’étranger en découvrant, en octobre 2018, votre nouvelle production cinématographique ?

Disons pareil qu’à Alger. Je dirais que les gens ont ri comme cela s’est passé à la salle Ibn Zeydoun, à Alger, mais j’ai l’impression qu’ici plus quand-même (rires). Nous pensons faire un numéro 2 du Flic de Belleville, mais pas maintenant. Disons d’ici trois ou quatre ans. Si je fais une suite, c’est avec les mêmes comédiens.

Pour réaliser votre film, vous vous êtes inspiré a priori de plusieurs films mythiques, à l’image du film Le flic de Beverly Hills, ou encore Deux flics à Miami…

Ce film est un peu le fruit de tous ces films que j’ai vus dans les années 1980, toutes les comédies qui m’ont marqué, avec notamment ces acteurs afro-américains qui commençaient, comme Eddie Murphy. Il y a eu par la suite toute une série de films que j’ai vus beaucoup un peu plus tard, à l’exemple de L’arme fatale.

Aujourd’hui, on fait moins de ce genre de films, et je voulais donc essayer de revenir à cette époque en écrivant un film avec tous les codes des comédies policières des années 1980, pour rendre hommage à tous ces films, ainsi que pour m’amuser avec les acteurs.

D’ailleurs, tous les dimanches après-midi, je m’allonge et je regarde en face de mon écran, entre autres, Robert de Niro et Eddy Murphy. Comme je suis fan de ces films-là, je me suis dit qu’un jour ou l’autre je ferai un film de ce genre-là.

Ce film a-t-il été un défi pour vous ?

Cela me réveille. Etre endormi dans un type de film dramatique que je maîtrise, car j’en ai fait plein. On apprend de film en film. A un certain moment, on a envie de faire un plongeon de dix mètres. Avant je plongeais de deux mètres, mais là je suis monté à dix mètres. Cela me réveille. J’aime cela et je veux faire ce film-là.

Depuis toujours je dis que je vais faire une comédie. Je savais que cela n’allait pas être tellement difficile pour moi parce que j’ai compris ces films. Je les ai aimés et j’ai une rencontre avec cela.

Il y a quelque chose pour moi de social et de politique dans ce film. Le flic de Beverly Hills, c’est quoi  ? C’est un film sur le racisme et sur la lutte des classes. Quand le jeune inspecteur, Axel Foley, part de Détroit avec une bagnole complètement cabossée.

C’est un petit flic qui habite dans un appartement minable. Son ami est tué. Il part à Miami dans le luxe. Il découvre un commissariat qui n’a rien à voir avec le sien.

Pour moi, ce sont des films qui en disent long sur le racisme. Quand il rentre à l’hôtel à Beverly Hills, on ne veut pas lui donner une chambre parce qu’il est noir. Il fait un scandale par la suite. Je trouve que ce genre de film est très engagé.

Il y a tout le temps une réplique. Par exemple, dans le film L’arme fatale, c’est au moment de l’apartheid, Mel Gibson et Daniel Glover vont à l’ambassade sud-africaine. A la fin, ils font même tomber l’édifice de l’ambassade car c’est une maison sur pilotis. Pour moi, ce sont des films où il y a de la politique. C’est-à-dire faire un film pendant l’apartheid, une comédie comme celle-là.

C’est dire quelque chose. C’est amener le public américain et mondial à considérer que l’apartheid, c’est quelque chose avec lequel il faut en finir. Je pense que le cinéma fait par les Afro-Américains -comme ce type de comédie- participe au débat politique. C’est cela que je veux dire.

Autant mon film quand je le fais et que je prends Biyouna, Omar. Les communautés se rencontrent dans Paris et qu’on va vers l’Afrique. On se rend compte qu’il y a une situation de corruption et de trafic de drogue.

Ce sont tous ces éléments que je mets derrière mon film. Le spectateur n’est pas obligé de les prendre. Tous ces films disent quelque chose.

Des projets ?

Oui, j’ai beaucoup de projets, notamment sur un sujet moins drôle, à savoir l’engagement des Européennes dans la Guerre d’Algérie durant les années 1950.

 

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