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L’Ahaggar et le Tassili N’Ajjer vivent la saison fertile de la musique. Les groupes touareg, qui se sont succédé sur la scène du 7e Festival national de la chanson amazighe de Tamanrasset, clôturé jeudi soir, sont la preuve vivante d’une tendance musicale qui fait fureur dans les contrées du Sud.

Quand les Touareg ont le «blues» du désert

26 décembre 2014 à 10 h 00 min

Certains l’appellent le «blues du désert», d’autres le «blues targui» et d’autres encore «guitara targuie». Un style musical qui se construit au fil des ans et des rencontres. Un style qui a déjà ses stars : Kader Terhanine, Tikoubawine, Imzad, Amaner, Aguennar, Toumast et Imerhane. «Ce phonème musical n’est pas né du hasard. Il est lié notamment à l’entrée de la guitare électrique en Afrique de l’Ouest. Les échanges culturels entre la région du fleuve Niger et Tamanrasset ont permis notamment à un artiste comme Ali Farka Touré de faire «entrer» la guitare électrique dans l’Ahaggar au milieu des années 1970.

Les chants sahélo-sahariens, qui existent dans une partie de l’Afrique, ressemblent à ceux du Sud algérien. Les jeunes Touareg ont adapté la guitare électrique comme un intermédiaire technique pour exprimer les difficultés de la vie, notamment le passage du nomadisme à la sédentarité. Ce passage d’une vie à une autre a provoqué des complications sociologiques, culturelles et économiques et des difficultés dans le rapport avec les autres groupes sociaux et l’administration», a analysé Dida Badi, chercheur au Centre national de recherches en préhistoire, anthropologie et histoire (CNRPAH), présent au festival pour une série de conférences. Saïd Benkhira, leader du groupe Tikoubawine (les épées) d’In Salah, est convaincu que la musique est le meilleur moyen de transmettre le message.

«Les textes que nous chantons sont dominés par les sujets sociaux, l’amour et la paix. Ici dans le Sud, les gens sont parfois oubliés, aucune autorité ne s’intéresse à leurs problèmes. Certaines régions manquent d’hôpitaux», a soutenu Saïd Benkhira. Cet adepte de l’ouverture sur les autres styles a rajouté du reggae et du rock à son «blues». «Nous faisons nos compositions d’une manière collective. Notre groupe a été créé en 2007, nous avons évolué d’une manière irrégulière. Mais depuis 2012, Tikoubawine s’est véritablement lancé. Nous envisageons d’enregistrer un album en mai 2015. Il aura pour titre Dirhane, le souhait», a annoncé Saïd. L’album sera produit par les éditions Padidou à Alger.

Bidon d’huile

La présidente de l’Association pour la sauvegarde de l’imzad, Mme Sellal, est souvent citée comme étant «la marraine» des groupes du «blues du désert» qui s’apprêtent à éditer un album. Des groupes qui partagent tous la passion pour la guitare électrique, la basse, le djembé et la batterie. «Notre musique est moderne, s’inspire du patrimoine targui. Elle nous permet de tout dire, d’évoquer nos problèmes, nos rapports avec les gens, les amis», a confié Mohamed Regam, leader du groupe Toumast de Tamanrasset. Un groupe formé de quatre guitaristes. Mohamed, comme la plupart des musiciens du «blues targui», a appris à jouer de l’instrument en confectionnant une guitare à partir d’un bidon d’huile, des fils en plastique et une planche de bois.

«Petit, je voulais tellement avoir une guitare. Comme mes parents n’avaient pas les moyens de m’en acheter une, j’ai confectionné une guitare moi- même et j’ai appris à la manipuler seul. Les musiciens qui sont avec moi ont appris sur le tas, sans être aidés», a souligné Mohamed Regam. Slimani Youcef Seddik, guitariste du groupe Amesli N’Ajjer de Djanet, préfère parler du tindi moderne au lieu du «blues du désert». «Nous appuyons notre travail musical sur le rock, tout en nous inspirant des différentes sonorités targuies. Nous voulons introduire d’autres instruments, comme le saxophone, le oud ou le karkabou. Dès que j’ai appris le jeu de la guitare, j’ai sollicité des amis pour créer un groupe. Des amis qui habitent le même quartier. J’ai appris seul la composition de la musique, la maîtrise de la mélodie. Petit à petit, j’ai composé des chansons jusqu’à éditer un album en 2014. Je garde les airs et les paroles en mémoire. Je ne perds aucune note», a relevé Slimani Youcef Seddik.

Couleur

L’absence de partition est une véritable curiosité du «blues targui». Brahim Akhamokh est le petit-fils du célèbre Amenokal de Tamanrasset et fils d’un musicien. Il est le leader du groupe Amaner. «Nous ne faisons pas la musique comme les anciens Touareg, mais nous nous inspirons de ce qu’ils ont fait. C’est donc une musique adaptée au monde contemporain», a relevé Brahim Akhamokh, qui ne veut pas reprendre l’appellation «Ishumer» donnée auparavant à ce genre musical dans la fièvre qui a suivi son émergence. Abdallah Deggir, musicien d’Illizi, évoque, de son côté, les sonorités algériennes dans «le blues targui».

Il cite l’exemple du raï qui se retrouve parfois dans certaines compositions targuies comme pour donner une petite couleur. «Certains artistes essaient de copier Takfarinas. Même pour la musique targuie, il n’y a pas qu’un seul style. Chaque artiste adopte une manière de chanter et de composer les musiques propres à lui. Les compositeurs s’isolent dans le désert pour créer des chansons autour d’un brasero et une tasse de thé. L’inspiration est garantie. Notre musique est saharienne, inspirée parfois de l’héritage musical soudanais. Elle nécessite certaines modifications dans les notes pour être contemporaines. La musique targuie est compliquée, même nous, nous avons des difficultés à la comprendre. Mais tout est dans l’écoute. Grâce à une bonne écoute, on peut combler beaucoup de failles», a noté Abdallah Deggir.

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