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Premier anniversaire de la disparition du chanteur Rachid Taha : Il revient plus fort que jamais

12 septembre 2019 à 9 h 32 min

Une année déjà est passée depuis que nous a quittés le regretté Rachid Taha, la pop star. Il s’est éteint le 12 septembre 2018, à Paris, à l’âge de 59 ans. Mais il brille toujours par son précieux héritage discographique et son engagement visionnaire.

Aujourd’hui, nous observons une halte commémorative pour rendre hommage et saluer la mémoire d’un immense artiste, Rachid Taha, de dimension universelle, car il appartient au monde, à tout le monde : l’Algérie, la France, le Royaume-Uni, le Maghreb, les pays anglo-saxons… Ya Rayah, la reprise du grand maître du chaâbi, le regretté Dahmane El Harrachi, n’est-elle pas un hit mondial ?

Et surtout mettre l’emphase sur ce qu’il a chanté, apporté, donné, dit, prédit, annoncé et dénoncé contre l’intolérance et tous ses avatars, le racisme, notamment la xénophobie ordinaire, le communautarisme, l’instinct belliqueux, les jurassiques et gérontologiques dictatures des juntes militaires aux réflexes orwéliens prévalant dans le monde arabe, et puis, la détresse humaine de ses semblables.

UN REVENANT EN FORCE

La preuve. En cet automne, Rachid Taha revient plus fort que jamais, plus actuel, plus éloquent, plus conscient, post-mortem. Sa voix résonne encore. Dans son album posthume intitulé Je suis africain, réalisé brillamment par le producteur Toma Feterman, chanteur, auteur-compositeur, multi-instrumentiste, ayant déjà collaboré avec Rachid Taha sur le titre Baba, avec son groupe la Caravane passe, sortant le 20 septembre 2019, il nous délivre un message, un texte qui n’est pas du tout anachronique. Il semble nous dire : «Je suis vivant, écoutez, si vous le voulez bien, ce que je vous dis.»

Et ce sont des paroles du visionnaire qu’il a toujours été. A l’image du titre Aïta. Une chanson, certes post mortem, mais poignante, bouleversante et testamentaire, nous interpellant à plus d’un titre. Un sorte de «mémoires d’outre-tombe», où Rachid Taha délivre un tout autre message, nouveau, différent, à rebours, contredisant et infirmant de Ya Rayah, du grand maître du chaâbi, Dahmane El Harrachi, qu’il a internationalisé, prédisant inévitablement le retour de l’exilé : «Ya rayah win msafar trouh taaya wa twali» (Oh émigré où vas-tu ? Finalement, tu dois revenir).

La réponse, le dernier mot, l’ultime réplique de Rachid Taha : un départ définitif, pas de retour au bled. Sur le rythme d’une ballade pop manouche, balkanique, gypsy et punky très triste et émouvante, il évoque en fait l’exil forcé, celui des migrants fuyant les guerres, l’extrême indigence, les dictatures, en quête d’espoir, de survie, d’un toit, d’un rêve, de liberté, qui ne reviendront jamais, par opposition à Ya Rayah. Une vérité générale prévalant actuellement. Rachid Taha, jusqu’à la fin de sa vie, sans pléonasme, disait vrai.

JUSTES CAUSES

Rachid Taha nous exhorte à ne pas renier nos origines ni à tourner le dos à l’Afrique. Ainsi, revendiquera-t-il manifestement son appartenance au continent dans le titre Je suis africain : «Je suis africain, du nord au sud, dedans, comme dehors/ je n’ai pas le rythme dans la peau/ un albinos afro/ africain, j’aime, j’aime l’Afrique/Africain, fantasmagorique/ de New York au Congo, Dieu a la même peau/ Je suis africain de Paris à Bamako/ Mandela, africain, La Kahina, africaine, Malcolm X, africain, Kateb Yacine, africain, Jimi Hendrix, africain, Jacques Derrida, africain, Angela Davis, africaine, Frantz Fanon, Lumumba, africain, Sankara, africain, Bob Marley, Hâmpaté Bâ, africain, Aimé Césaire, Rachid Taha, africain…»

Rachid Taha était revenu, vivant, parmi nous, cette année. Lors du soulèvement populaire du 22 février, le hirak pour la liberté, la dignité et contre la dictature, l’Etat policier et militaire et surtout contre la corruption, le népotisme et le clientélisme, des millions d’Algériens avaient investi la rue en scandant «Yatnahaw gaâ» (enlevez-les tous) et «Barra barra» (dehors, ouste).

Il faut rappeler qu’avant l’injonction révolutionnaire tunisienne en 2011, «Dégage !» Rachid Taha avait sorti un album en 2000, Made in Medina, produit par le grand Steve Hillage, où figure un titre prémonitoire, Barra Barra (dehors, dehors), contestataire, en s’adressant aux régimes répressifs méprisant leurs peuples, ces Républiques bananières et autres juntes militaires, notamment celle de l’Algérie, son pays. Il avait raison. Suivez mon regard.

Les paroles traduites en français disent : «Dehors, dehors, la haine et le règne de l’arbitraire/ Dehors, dehors, la destruction, la tristesse, rien n’est fiable et sûr/ Dehors, dehors, la soif et des gens qui portent la poisse/ Dehors, aucun respect, l’oppression et l’esclavagisme/ Dehors dehors, les rivières ont été asséchées et les mers ont ruiné tout/ Dehors dehors, les étoiles sont éteintes et le soleil s’est caché/ Dehors, dehors, il n’y a plus d’opulence ni bonheur ni chance/ Dehors, dehors, Il n’y a plus d’arbres et les oiseaux se sont tus/ Dehors dehors, il n’y a plus ni nuit ni jour, que les ténèbres/Dehors, dehors, que l’enfer, il ne reste plus de beauté/ Dehors, dehors, l’indigence augmente, il ne respecte plus (le peuple)/ Dehors, dehors, il ne reste que des murs, des murs dressés/ Dehors, dehors, la peur et les gens demeurent silencieux…»

Donc, le 20 septembre 2019 est non seulement la date de sortie très attendue de l’album posthume Je suis africain du regretté Rachid Taha, mais aussi celle aussi du nouveau single de Clyde P., l’un des DJs les plus respectés et les plus courus de la planète, qui n’est autre que Lyès Taha, le fils de Rachid Taha.

Il est intitulé Disturb, édité par le label Repopulate Mars de Lee Foss. La mort ne les sépare guère, elle les rapproche plus intensément, musicalement. Tel père tel fils.

 

Rachid Taha – Je suis africain
Clyde P. – Disturb
Repopulate Mars de Lee Foss
Sortie le 20 septembre 2019
Concert de Clyde P. le 20 septembre 2019, au Imagine Festival à Atlanta
(Géorgie, Etats-Unis)


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