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dimanche, 09 mai, 2021
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Pièce théâtrale Latraf (fragments) de l’association 4G de Mascara : Haut débit, générateur de talents

14 mars 2021 à 10 h 05 min

L’association 4 G venant de Mascara est une troupe théâtrale qui a le moral. Et pour cause. Elle entre dans l’art en quatrième vitesse. 4e Art oblige. Comme une quatrième dimension. Une quatrième génération avec laquelle il faudra compter à plus de…4.

La troupe mascaréenne de l’association 4 G a eu l’honneur d’étrenner le programme mixte «in» (en compétition) et le «off» (hors-compétition) de la 14e édition du Festival culturel national du théâtre professionnel se déroulant du 11 au 28 mars au Théâtre national algérien.

Un retour fracassant du FNTP, après une absence de deux ans, essuyant les plâtres du TNA rouvrant aussi après une trêve imposée par la crise sanitaire de la Covid-19. Et la compagnie de 4G n’est pas venue faire de la figuration. Car elle a séduit, charmé et agréablement surpris par une débauche d’énergie.

Ce sont des jeunes comédiens  de  l’association  4G  de la ville de Mascara qui se sont produits, vendredi après-midi, à la salle Hadj Omar, au Théâtre national algérien (TNA), devant un public constitué d’hommes de théâtre, comme le metteur en scène et comédien Mohamed Takiret, le dramaturge, critique et auteur Bouziane Benachour – présent pour son bon plaisir car membre du jury «in» -, et un grand nombre de journalistes.

Dans leurs bagages, ils nous ont ramené une pièce, c’en est une. Une belle pièce intitulée  Latraf (fragments), une adaptation d’une œuvre de l’écrivain et dramaturge irlandais, Samuel Beckett, mise en scène par Ahmed Belaalem. Une coproduction réalisée entre l’association 4G et le Théâtre régional de Mascara.

Comme dans Mad Max

Le décor, minimaliste, planté dans un univers crépusculaire et ténébreux, s’ouvre et se ferme sur  le départ immédiat de passagers, de déportés, dépenaillés, déguenillés, assombris, vers un futur incertain, puisque c’est la fin du monde. De l’humanité. Deux rescapés, survivants  et voire mutants post-guerre.

Un aveugle campé par Mustapha Dadouche et un unijambiste en fauteuil roulant joué par Kici Omar Ouseid, se retrouvent  seuls au monde. Dans cette atmosphère apocalyptique – comme celle de Mad Max, car il s’agit de survie  et  survivance –, les deux «derniers hommes» dans une sorte de cour des miracles. Où ils se croisent, se jaugent, se toisent, se méfient et tentent de prendre langue avec l’autre. Ils sont censés cohabiter, converser, se supporter et surtout se compléter.

Le chaos, la désolation l’histoire se répète

«L’un complète l’autre. Moi, je vois et lui pas. Moi, je ne marche guère, lui si. Normalement, nous avons besoin l’un de l’autre. Mais on constate qu’à la fin, chacun part de son côté. Nous sommes les deux survivants, les derniers humains, mais nous ne nous entendons pas. Le sujet porte sur un thème actuel. L’indifférence, l’insensibilité, l’apathie, l’impassibilité, l’inhumanité…Peut être, ton frère tu l’as pas vu depuis six mois…La disparition de la relation familiale. L’égoïsme ! Le texte initial, du dramaturge et écrivain irlandais Samuel Beckett a été écrit le siècle dernier, lors de la Seconde guerre mondiale. Et ce sujet demeure et reste toujours d’actualité. Rien n’a changé. Le sentiment, la sensibilité, l’émotion, l’émotivité, sont en l’état. Ils n’ont jamais disparu. C’est humain…Comme la trahison, la peur, la colère, l’égoïsme…

Cela est intrinsèque à l’humain. Le message que nous délivrons à travers la pièce Latraf (Fragments), est celui-ci : les gens pensent, actuellement, qu’à eux-mêmes. L’être humain doit être complété par autrui. Il ne peut vivre seul. Nous devons absolument nous augmenter. Et ce, pour accomplir quelque chose.

Le réaliser en commun. Tu ne peux pas travailler tout seul dans une société. Il faut un personnel, une équipe, des employés…Nous devons composer avec l’autre…C’est le théâtre de l’absurde. On ne lit plus. C’est ce qui brisé les bases d’Aristote. Il n’y a ni unité de temps ni celle de l’espace. On ne sait pas où nous sommes et quand ?… » commentera, non sans philosophie, Kici Omar Ouseid (comédien et président de l’association 4G) interprétant le rôle – l’augmentant dans l’estime de l’assistance tout comme son comparse Mustapha Dadouche – de l’unijambiste.

Ce n’était ni «une mascarade» ni une blague

Donc, l’un est aveugle et l’autre mutilé, amputé. Ils sont condamnés à vivre, survivre ensemble. Ils partagent un destin commun. Mais non. Le genre humain est imprévisible. Ainsi, entre le non-voyant et l’impotent, dans une extrême indigence, affamés, à la recherche d’une maigre pitance, un quignon de pain,  s’engage un échange sur le temps, la météo, les souvenirs, les beaux jours, les femmes… La vie quoi.

Les deux comparses, entre soliloques et dialogue de «sourds», énoncent des vérités générales et actuelles malgré ce théâtre de l’absurde qu’ils déclinent avec justesse et aisance en arabe dialectal. Parmi ces sentences, on peut citer celles de l’aveugle. «Il consomme l’alcool et c’est sur moi que l’incruste l’odeur», «Que Dieu damne cet air (musical) qui ne fait pas nourrir l’humain», «Il existe des gens qui ont des oreilles mais ils les utilisent dans la cécité» ou encore «j’aime le silence, après-lui, c’est le déluge». Il s’est avéré que cet aveugle est clairvoyant  comme les lumières savamment instillées de la pièce Latraf (fragments). A la fin de la représentation, tous les comédiens ont été ovationnés et congratulés un par un. Vous avez dit «off» mais le théâtre de Mascara est «in», enfin dans le vent. Et ce n’était ni «une mascarade» ni une blague.

«J’espère qu’on effectuera une tournée en Algérie…»

Habouche Lakhdar, comparse de la pièce Latraf (fragments) étaiera : «Mon rôle porte sur l’exil forcé. Mais je suis peiné de quitter, ma terre, mon pays, ma patrie. C’est un départ douloureux. Mais, c’est l’apocalypse. Je dois fuir cette destruction, le chaos…Cela est une trajectoire de la Seconde guerre mondiale. Cela pourrait arriver, surgir à tout moment.

C’est actuel, sans faire dans l’exagération ni dans l’alarmisme…j’espère qu’on tournera en Algérie avec la pièce Latraf. Laquelle a déjà reçu une distinction en Tunisie. La meilleure interprétation…». Bref, un coup de théâtre, un coup de cœur, un coup de jeunesse !

 

Festival culturel national du théâtre professionnel

Du 11 au 28 mars 2021
Théâtre national algérien
Square Port Saïd-Alger

Programme

Compétition (in)

Salle Mustapha Kateb (TNA)

A 18h, Représentation de la pièce Essafka du Théâtre régional de Tizi Ouzou

Hors-compétition (off)

-Salle Hadj Omar
A 16h, Représentation de la pièce L’artiste de la coopérative Sindjab  de Bordj Menaïel


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