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Disparition de Nawel El Saadawi : Pharaonique femme courage

27 mars 2021 à 9 h 55 min

C’est une féministe comme on n’en fait plus qui vient de nous quitter, il a quelques jours, à l’âge de 89 ans. L’Égyptienne au parcours pharaonique, Nawel El Saadawi. Celui d’une écrivaine et essayiste, médecin de campagne et psychiatre, battante et combattante, activiste et militante, pour les droits des femmes et contre les inégalités et les disparités «machistes», les «fetwas» islamistes et les édits gouvernementaux les réduisant à des infrahumaines et à des mineures à vie.

Nawel El Saadawi, cette «louve blanche», auteure de La Femme et le Sexe, Elle n’a pas sa place au paradis, Femme au degré zéro, Le Voile, 1978. La Chute de l’iman, Dieu démissionne de la rencontre au sommet, ou encore C’est le sang, a consacré toute sa vie pour une cause, un combat inlassable, noble et acharné contre les violences faites aux femmes, pour leur émancipation, leurs libertés fondamentales, en Égypte. Elle a écrit – dans ses livres, 55 ouvrages, des romans, essais et biographies -, milité, œuvré, manifesté, scandé, pétitionné et battu le pavé contre cette injustice à l’endroit des femmes au nom de la religion, d’un obscurantisme médiéval, du conservatisme et de pratiques jurassiques du pouvoir. «Je dis la vérité et les autres me lâchent : «Vous êtes une sauvage et une dangereuse femme», aimait rappeler cette icône du féminisme en son pays, et par extension, de par le monde. Car elle en a inspirée plus d’une. Cette pionnière était d’une honnêteté et d’une intégrité forçant le respect. Et elle dérangeait, à travers ce discours revendicatif et agressif décriant la suprématie d’un monde paternaliste, foncièrement masculin, régentant la vie de la femme dans le monde arabe.

«Tous ces dirigeants étaient des hommes »

Dans son livre intitulé Femme au poing zéro, Nawel El Saadawi, s’insurgera : «Les hommes imposent la tromperie aux femmes et les punissent pour avoir été trompées, les forcent à descendre au niveau le plus bas et les châtient pour avoir chuté si bas, les lient au mariage puis les condamnent à vie, avec servilité, avec des insultes ou des coups (de poing)… J’ai découvert que tous ces dirigeants étaient des hommes. Ce qu’ils avaient en commun était cette personnalité avare et bipolaire, d’un appétit vorace pour l’argent, le sexe et le pouvoir illimité. C’étaient des hommes qui semaient la corruption sur la terre et pillaient leurs peuples, des hommes dotés de voix fortes, d’une capacité de persuasion, de choix de mots doux et décochant des flèches empoisonnées. Ainsi, la vérité à leur sujet n’a été révélée qu’après leur mort, et en conséquence j’ai découvert que l’histoire avait tendance à se répéter avec une obstination insensée.». Et d’interroger quant à sa longue et effrénée lutte dans ce corps-à-corps inégal, inhumain et avilissant : «Combien d’années de ma vie qui m’ont été volées, avant que mon corps, et mon «moi» ne deviennent vraiment miens, pour en faire ce que je voulais ? Combien d’années de ma vie ont été perdues avant que je n’extirpe mon corps et moi-même aux personnes qui me tenaient à leur merci depuis le tout premier jour.. ? ».

Le « mal» dominant du patriarcat

Nawel El Saadawi, cadette d’une fratrie de neuf enfants, a été excisée à l’âge de… six ans dans une baignoire sous le regard complice et indifférent de sa mère. Cela la bouleversera, marquera et traumatisera durant toute sa vie. Dans sa biographie, elle confiera douloureusement : «Depuis que j’étais enfant, cette profonde blessure (excision) laissée dans mon corps, n’a jamais guéri… ». A 10 ans, on a essayé de… la marier. Un autre traumatisme. Dès son jeune âge, elle découvrira la différence, les inégalités, les disparités, le sexisme d’une société patriarcale. La fille passait après le garçon.
Une injustice. Sa grand-mère lui disait qu’ «un garçon valait quinze filles». Le «mal» dominant ! Même en politique, la possession du pouvoir absolu et exclusif est réfractaire à la femme. Dans Femme au point zéro, Nawel El Saadawi révèlera à propos du leadership du patriarcat : «Pourtant, pas un seul instant je n’ai douté de ma propre intégrité et de mon honneur en tant que femme. Je savais que ma profession avait été inventée par les hommes et que les hommes contrôlaient à la fois nos mondes, celui de la terre et celui du ciel. Que les hommes forcent les femmes à vendre leur corps à un prix, et que le corps le moins payé est celui d’une femme. Toutes les femmes sont des «prostituées» d’une sorte ou d’une autre… ». Et d’ajouter non sans cynisme : «Ainsi, après une période d’environ deux mille ans, le plus grand crime est devenu d’adorer un dieu autre que le Dieu de Moïse, alors que l’injustice est devenue un péché mineur. J’ai commencé à me demander comment ce changement s’était-t-il produit. Était-ce lié à un nouvel ordre dans lequel les déesses féminines avaient été remplacées par un dieu masculin..? ».

Limogée, arrêtée, emprisonnée, exilée

Nawel El Saadawi, concernant le verbe, un impératif, contre ces «maux», estime que les mots ne doivent pas chercher à plaire, à cacher les blessures du corps de la femme ou les moments honteux de leur vie. «Qu’ils (les mots) peuvent blesser, nous faire souffrir, mais ils peuvent aussi nous amener à remettre en question ce que nous avons accepté depuis des milliers d’années… Les féministes qui sont conscientes des effets du patriarcat se rendent compte que nous sommes toutes dans le même bateau face aux dangers du patriarcat, et que l’oppression des femmes est universelle…

L’unité est le pouvoir; sans unité, les femmes ne peuvent se battre pour leurs droits nulle part…

La solidarité entre les femmes peut être une puissante force de changement et peut influencer le développement futur de manière favorable non seulement aux femmes mais aussi aux hommes…». Son activisme lui voudra des inimitiés du pouvoir d’alors. Celui du président Anouar El-Sadate. Nawel El Saadawi sera limogée, arrêtée et incarcérée pendant trois mois en 1981. Pour avoir tenu des propos pamphlétaires contre la dégradante et humiliante politique gouvernementale envers les femmes en Egypte, alors qu’elle occupait un poste dans une direction au ministère de la Santé. Elle avait été accusée de…crime contre l’Etat. Dans ce milieu carcéral, elle y écrira ses mémoires sur du papier…toilette et avec un crayon noir…pour les yeux (maquillage) dissimulé, pour elle, par une détenue, une prostituée. Elle ne sera libérée qu’après l’assassinat du président El-Sadate. Mais ses livres subiront un autodafé, ils seront censurés et interdits. Elle sera menacée de mort par les fondamentalistes musulmans, traînée dans les tribunaux, pour apostasie. Aussi, s’exilera-t-elle, en 1993, aux Etats-Unis, en Caroline du Nord où elle enseignera à la Duke University. Elle retournera dans son pays que trois ans après. En 2005, elle se portera candidate aux élections présidentielles en Egypte. Mais elle abandonnera suite aux exactions des services de sécurité l’ayant dissuadée d’animer des meetings.

« Je dois être plus agressive…parce que je suis en colère »

Cette «louve blanche», cette bête noire, sera condamnée par la haute autorité sunnite islamique d’Al Azhar(Egypte) pour blasphème, impiété et agnosticisme, qui est passible de peine de mort (en Arabie Saoudite), et ce, à l’issue de la parution de son ouvrage Dieu démissionne de la rencontre au sommet. Mais pas seulement. Elle a toujours été la cible des extrémistes islamistes égyptiens.

D’ailleurs, son nom figurait sur une liste noire comprenant aussi celui du Prix Nobel de Littérature, Naguib Mahfouz, qui sera grièvement poignardé, en 1994. «Ce refus de la critique de la religion, ce n’est pas du libéralisme. C’est de la censure… » s’était-t-elle révoltée. Dans une longue interview à la BBC, en 2018, Nawel El Saadawi, confiera à notre consœur, la grande journaliste soudano-britannique, Zeineb Badawi, à propos de sa «rage» œuvrant pour les droits des femmes et leur émancipation : «Je dois être plus agressive parce que le monde est en train de devenir plus féroce, et nous voulons que les gens parlent fort contre les injustices. Je parle fort parce que je suis en colère…».

En 2020, le Time Magazine en fera sa «une». A l’effigie de l’icône Nawel El Saadawi, la superlative influente à la tête des 100 femmes au monde œuvrant, militant et il faut le dire, réussissant dans leurs différents domaines. Avec cette «légende», son slogan : «You cannot have a revolution without women.» (Vous ne pouvez pas faire la révolution sans les femmes.)


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