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Patrimoine : Pour une Casbah bâtie par ses habitants

16 février 2019 à 8 h 00 min

La littérature, autant que la peinture, le cinéma, les chants traditionnels et les contes ancestraux disent une Casbah haute en couleur et pleine de vie. On se souvient ainsi de la fascination de Omar Gatlato pour les voix d’Alger. Celles qui l’interpellaient dans les rues, les cages d’escalier et les entrées d’immeubles.

Celles qui ont fait son éducation et celle de tous les jeunes anti-héros comme lui. Dans cette œuvre, comme dans la réalité, ce sont les liens de voisinage et les solidarités qu’ils sous-tendent qui permettent aux un(e)s et aux autres de faire face à l’adversité et de se frayer un chemin dans la ville. Les quartiers d’Alger, comme La Casbah, sont d’abord racontés par leurs habitant(e)s.

C’est pour cette raison que nous, représentant(e)s du collectif Ateliers d’Alger, souhaitons rappeler que tout projet urbain prenant pour cadre La Casbah, quelle que soit son envergure, se doit d’inclure les habitant(e)s de ce quartier. Précisons cependant que nous faisons, en ce sens, le choix de nous situer en dehors des querelles qui agitent les différents médias depuis l’attribution, en décembre dernier, de la «revitalisation» de La Casbah aux Ateliers Jean Nouvel.

Aussi, par souci de clarté et de brièveté, nous n’utiliserons cette tribune ni pour résumer ces querelles ni pour détailler la richesse historique et patrimoniale de ce lieu classé, aujourd’hui mis en péril par un manque chronique d’entretien. D’autres l’ont déjà fait. Nous n’utiliserons pas non plus cette tribune pour organiser un vote informel déclarant un cercle d’expertise – les aménageurs algérois – plus compétent qu’un autre. En effet, plusieurs plans ont été proposés pour restaurer La Casbah, en commençant par ceux prenant en compte l’assainissement de son système d’évacuation des eaux. De nombreux experts s’accordent à dire qu’au-delà des opérations répétées d’embellissement de surface du quartier, c’est d’une réparation profonde et souterraine qu’ elle a besoin.

Néanmoins, il nous semble que se cantonner à la sphère des experts laisse entendre que ce lieu est envisagé comme un ensemble de murs vides, voire évidés. Avant de se demander qui seront les futurs usagers de La Casbah «revitalisée» et si l’on se concentrait sur ce que souhaitent celles et ceux qui la font vivre aujourd’hui ? Les habitant(e)s de La Casbah ne sont pas une charge qui ralentit la restauration du site. Ce ne sont pas des personnages dépolitisés. Ce ne sont pas des figurant(e)s dans un décor figé, mais les acteurs principaux du quotidien de La Casbah. Ils et elles sont conscient(e)s de la sa valeur historique et portent un discours critique sur les politiques urbaines balbutiantes.

Capables de mettre en œuvre, quotidiennement, des stratégies de survie, malgré l’insalubrité qui les menace, les habitant(e)s de La Casbah doivent être partie prenante de tout projet qui transformera leur quartier. Ce projet doit en priorité mettre fin à la précarité de leur statut foncier et inclure une opération d’assainissement informée par des études techniques. Ceci est un appel à concerter les habitant(e)s de La Casbah, avant de prendre une énième décision touchant à leur avenir, dont ils n’apprendront les détails que le jour du couper de ruban.

Par concertation, on n’entend pas seulement un cahier de doléances individuelles, ou une case à cocher pour asseoir la légitimité du projet, mais un échange soutenu tout au long du processus. Celui-ci peut prendre la forme de comités de pilotage pluridisciplinaires incluant des compétences locales, de structures associatives donnant une place centrale à la voix des habitant(e)s, de plateformes qui donnent accès aux études pré-opérationnelles et opérationnelles du projet. Cela permettrait aux propositions d’être adaptées aux besoins des habitant(e)s.

La wilaya d’Alger et les Ateliers Jean Nouvel peuvent, dès à présent, «rectifier» le tir et concerter les habitant(e)s qui vont être impacté(e)s. Il faut profiter de l’engouement qui s’est cristallisé autour de la décision annoncée en décembre. Il faut se mobiliser autour d’une entreprise assez fastidieuse : celle de se concerter avec celles et ceux qui peuvent orienter, mieux que personne, la trajectoire de La Casbah. La liste des initiatives et des acteurs engagés sur ce terrain est longue. De nombreux outils sont à leur disposition pour mettre en œuvre ce type de médiation. Et qui sait, peut-être que La Casbah pourra servir de projet pilote, permettant ainsi à l’ambitieux, mais néanmoins opaque, projet Alger 2030 d’être plus pensé par ses habitant(e)s, par le bas, formant ainsi un consensus plus solide.

Telle est la condition qui permettra à un système organique aussi complexe que celui du quartier de La Casbah d’être appréhendé à une échelle fine. Telle est la condition qui permettra à Alger 2030 d’être moins moderniste et technocrate, et plus inclusif.

L’équipe des Ateliers d’Alger remercie particulièrement une de ses membres, Dr Amel Harfouche, architecte-urbaniste et docteure en urbanisme et aménagement, pour ses conseils lors de la rédaction de cette tribune.

 

Par Les Ateliers d’Alger  (Ad’A)


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