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Patrimoine à Tipasa : L’archéologie subaquatique à l’ordre du jour

22 mai 2021 à 10 h 10 min

L’enseignant-chercheur, maître de conférences, Dr Khellaf Rafik est catégorique, «il n’y a eu jamais un projet de recherches subaquatiques en Algérie. Certes, des opérations avaient été effectuées, mais jamais un projet de recherches subaquatiques n’a été examiné par un Conseil scientifique de l’université, ou un Centre de recherches, ou un laboratoire», dit-il.

En 1968, une première opération avait eu lieu, dans le cadre d’un projet maghrébin, inscrit à l’université anglaise de Southampton. Les scientifiques anglais avaient balayé les fonds marins du littoral algérien depuis Gouraya (Tipasa) jusqu’à l’extrémité est de la côte algérienne.

Les données scientifiques recueillies durant la recherche avaient été consignées par les chercheurs anglais venus en mission au pays dans un ouvrage intitulé, Roman Harbours of Algeria, édité en 1969. L’archéologue Mounir Bouchenaki, en sa qualité de responsable de la CAT (circonscription archéologique de Tipasa) à cette époque, avait accueilli les scientifiques et chercheurs anglais, venus en Algérie, dans le cadre de ce projet appelé, Maghreb Project Algeria.

En 2005, un autre projet sur les réseaux des arsenaux militaires méditerranéens avait été initié. L’encadrement de ce projet était assuré par l’université de Malte. Les scientifiques avaient assuré la formation et mené la prospection au niveau de la baie d’Alger. Ils faisaient partie de l’Association GRAN (Groupement des recherches archéologiques navales).

Dans le but de localiser le navire Sphinx, cette opération de prospection menée en 2005 avait été effectuée en coopération avec le ministère algérien de la Culture et en présence des membres de la Marine nationale algérienne. Deux épaves avaient été décelées lors de cette prospection en 2005. Elles sont inventoriées officiellement.

Pour rappel, le Sphinx était le premier navire de la marine française à voile et à vapeur. Avant de s’échouer en 1845 à l’est de Cap Matifou à cause d’une erreur de navigation, le navire Sphinx avait participé au débarquement des troupes militaires coloniales françaises en 1830 à Sidi Fredj. Ce bateau est connu aussi pour avoir remorqué depuis Alexandrie (Egypte) jusqu’au Havre (France), l’obélisque qui se trouve aujourd’hui à la Place de la Concorde (Paris).

La deuxième épave comprend 10 grandes meules, immergée à quelques mètres seulement. Il y en avait d’autres tentatives de prospection engagées par quelques associations locales, à l’image de l’Association Mâarif, constituée à l’époque des jeunes universitaires, qui a «fondu» au fil des ans. «D’ailleurs, il n’y a pas eu un égal par rapport aux travaux réalisés par cette association Mâarif de Cherchell qui activait en mer, avec leurs moyens dérisoires, mais avec beaucoup de volonté. Nous voulons valoriser les travaux réalisés par nos aînés depuis les années 80 jusqu’à 1998 », déclare le président de la Commission nationale d’archéologie subaquatique, Dr Khellaf Rafik. L’apport de l’université de Tipasa aura été appréciable, avec la création du LEHA (Laboratoire des études historiques et archéologiques). En effet, à partir de 2017, l’archéologie subaquatique commence à susciter l’intérêt et la curiosité des universitaires et scientifiques algériens, compte tenu de son importance. L’archéologie subaquatique ouvre de nouvelles perspectives.

Potentialités

Le sujet devient à l’ordre du jour en Algérie, en raison des potentialités que recèle le littoral algérien et son impact sur l’économie nationale. Avec l’apport de la FASSAS (Fédération algérienne de sauvetage, secourisme et activités subaquatiques). Très actif, le directeur du LEHA dépose un projet de recherches en 2018, qui avait été validé en 2019 au niveau du CNRA (Centre national de recherches archéologiques), l’aventure de l’archéologie subaquatique en Algérie avait été entamée. Elle confirme alors son existence dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Malheureusement, le processus du lancement de ce chantier relatif à l’archéologie subaquatique avait été aussitôt bloqué, avec les changements des gestionnaires au niveau des institutions du secteur de la culture, selon les propos de nos sources. Un manque de confiance, qui ne se justifie pas.

La tenacité du noyau constitué par les universitaires archéologues et chercheurs, Khellaf Rafik, Nadjib Benaouda, Bensaidani Youcef, Bensalah Nazim et Mâalem Faouzi a porté ses fruits. Un projet de recherche sur l’archéologie côtière et maritime a été inscrit au LEHA à l’université de Tipasa. La ministre de la Culture et des Arts a instruit ses responsables récemment à inscrire cette spécialité dans l’organigramme du CNRA.

Lors de sa dernière visite à Tipasa, elle avait mis l’accent sur l’archéologie subaquatique. Certains universitaires, notamment de Chlef, avaient affiché leurs intérêts auprès de leurs collègues du LEHA de Tipasa, une institution créée le 11 octobre 2020. La wilaya de Tipasa compte sur son territoire une multitude de sites archéologiques terrestres et subaquatiques.

Un avantage pour le LEHA qui lui permet d’entamer des fouilles à Tipasa sur les sites maritimes, sans trop dépenser d’argent. Le plan de charges s’annonce volumineux, mais réalisable dans le long terme. La demande du budget validée doit suivre le processus. Elle n’a pas encore été concrétisée. Bien que l’effectif est restreint, les membres du LEHA impliqués dans le vaste chantier de l’archéologie subaquatique en Algérie n’ont pas chômé durant les 6 mois d’existence. D’ailleurs, pendant cette période, un projet de prospection a été inscrit pour la région est de la ville de Tipasa. Les résultats des travaux avaient été publiés dans le premier et unique numéro de la revue du LEHA, en l’occurrence Tafza.

Actions thématiques

Le LEHA s’articule sur des actions thématiques initiées par 7 équipes pluridisciplinaires de chercheurs et universitaires. Il y a des colloques qui se déroulent par visioconférences. Des fouilles archéologiques vont avoir lieu incessamment au large du complexe touristique Tipasa-Village (ex-CET) et d’autres sites environnants. «Nous allons travailler dans notre région à Tipasa, en raison de nos faibles moyens. Nous avons un projet de recherches validé par le Conseil scientifique, inhérent aux fouilles et aux études des épaves de Sidi Fredj. Nous attendons la validation du ministère de la Culture et des Arts. Nous profitons de l’apport de nos étudiants qui avaient bénéficié d’une formation en plongée sous-marine, ce sera une opportunité pour peaufiner encore leur formation, car notre pays est encore vierge, nous sommes conscients de la mission qui nous attend.

Il y a des épaves, des sites et de très nombreux objets archéologiques et historiques qui sont abandonnés sous la mer, hélas non prospectés, non inventoriés, non étudiés, le long de notre littoral», déclare le directeur du LEHA, Dr Khellaf Rafik. Des indications pas du tout précises nous sont révélées vaguement par les plongeurs, les chasseurs et les marins-pêcheurs. Chaque prospection en mer est soumise à une autorisation du ministère de la Culture et des Arts et de la Marine nationale, afin que nos sorties en mer soient réglementaires. «Il s’agit d’un procédé normal», affirme notre interlocuteur.

Pour avancer dans leurs travaux de prospection en mer, surtout gagner du temps, le LEHA a l’ambition d’établir et de présenter une carte archéologique subaquatique algérienne dans un délai de 3 années. Le handicap qui se dresse face aux chercheurs du LEHA, c’est incontestablement, l’absence des moyens matériels et des équipements technologiques. Les chercheurs et scientifiques du LEHA demeurent optimistes. Ils ne veulent pas rester inactifs, dans l’attente de l’acquisition des moyens technologiques et des matériels spécifiques pour la prospection sous la mer. Ils procèdent, selon leurs moyens, à la location des équipements et vitaux pour leurs travaux. «Il s’agit naturellement d’une option provisoire pour éviter l’inactivité et la perte de temps, sachant que les équipements de recherches sont coûteux et ne sont pas à louer», nous avoue Dr Khellaf Rafik.

Les archéologues du LEHA espèrent un jour travailler dans une embarcation équipée d’un sondeur, d’un sonar, de caméras, d’appareils photos, d’un magnétomètre à proton, en plus de tenues complètes de plongée. L’acquisition de ces équipements est difficile dans les conditions actuelles. «Ces équipements scientifiques nous permettent de balayer de grandes superficies sous l’eau en moins de temps, afin de pouvoir vérifier, étudier chaque impact, les épaves, et les objets archéologiques», insiste le directeur du LEHA.

Le CNRA dispose d’un équipement technologique intéressant, inexploité, mais se trouve stocké dans le magasin, malheureusement. Si la direction du CNRA avait dans le passé adhéré volontairement à l’élan des spécialistes en archéologie subaquatique, aujourd’hui, les membres du LEHA sont dubitatifs face à la réticence actuelle du CNRA. Il y a un potentiel archéologique subaquatique le long du littoral algérien, qu’il faut à tout prix prendre en charge, mais cela exige le financement des recherches. L’Algérie est pourvue de scientifiques, archéologues, chercheurs, historiens formés dans les universités algériennes.

Premier objectif atteint

Avec la disponibilité de ces ressources humaines spécialisées dans l’archéologie subaquatique, l’investissement des pouvoirs publics a atteint le premier objectif. Il ne reste qu’à les accompagner financièrement de manière à gagner du temps, afin de hisser l’Algérie, un immense territoire pourvu de ses richesses archéologiques et historiques, de se hisser parmi les pays qui ont transformé l’archéologie subaquatique en un secteur culturel producteur de richesses et créateur d’emplois. Des cycles de formation sont organisés en Algérie, pour enrichir les connaissances sur l’archéologie navale, comme ce fut le cas en 2019, dans le cadre de coopération avec l’université AMU (Aix-Marseille université).

Le LEHA, issu de l’université de Tipasa, est déjà sollicité pour prospecter les fonds marins du site du mégaprojet du port El Hamdania (Cherchell). En vue de fructifier et de vulgariser ses efforts, grâce à une communication de qualité, en vue d’attirer d’autres scientifiques et chercheurs, le LEHA s’attelle à multiplier ses productions scientifiques, entretenir la coopération avec les universités européennes, à publier les recherches et les articles dans ses revues. Sous l’ère des technologies nouvelles en matière de communication, en outre le LEHA a accentué ses efforts en créant sa page facebook et en utilisant les réseaux sociaux.

L’ambition du LEHA est immense. Les discours politiques en matière d’encouragement à l’archéologie subaquatique devront se concrétiser sur le terrain, afin d’atteindre les objectifs définis par le département ministériel du Dr Bendouda Malika.


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