Ali Abdoune artiste, metteur en scène, auteur, homme de théâtre et cadre du secteur de la culture : « Notre rôle consiste à faire de l’archéologie de la mémoire » | El Watan
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mardi, 30 novembre, 2021
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Ali Abdoune artiste, metteur en scène, auteur, homme de théâtre et cadre du secteur de la culture : « Notre rôle consiste à faire de l’archéologie de la mémoire »

18 octobre 2021 à 10 h 01 min
  • Pouvez-vous nous parler un peu plus sur le cérémonial de l’Ayred ?

Oui, comme vous l’avez qualifié, il s’agit d’un cérémonial qui arrive chaque année à l’occasion de Yennayer et dans d’autres régions il arrive avec Achoura. Ce sont des formes de représentation antique qui porte des valeurs spirituelles, sociales, culturelles, morales et aussi économiques. C’est une initiation à la vie, aux valeurs, aux jeux. Des jeux qui dégagent beaucoup d’émotions. En plus, il y a une représentation qui se passe dans chaque maison, appelée dans l’art contemporain «le Home-théâtre». Ce dernier existait depuis longtemps chez nous.

  • Cela permet-il de perpétuer la culture algérienne ?

Effectivement, à travers ce cérémonial, il y a une transmission de valeurs esthétiques, morales, éducatives et civilisationnelles. Donc, cela permet la transmission annuelle de la chose et le renouvellement annuel de l’être humain et de la tribu. Et ces cérémonieux permettent aux sociétés de se ras- sembler, de vivre les entités et de vivre ces émotions et ces valeurs ensemble. Ce qui est magique dans ce rituel.

  • Il s’agit de tout un programme pédagogique ?

C’est un plan pédagogique dans une petite entité sociale. Il y a toute une société qui participe à la beauté de cette fête ; dont la femme au foyer préparant le couscous et tout ce qui est nécessaire. Déjà, on parle d’un art culinaire et du plat royal. Les jeunes vont pré- parer leurs masques, leurs chants, pour faire la fête. D’autres vont se préparer pour participer toute la nuit au spectacle. Tout le monde est impliqué et on apprend aux jeunes la responsabilité.

  • Quel est l’impact de sa disparition sur la société ?

Il y a l’absence de tout ce qui peut être gagné, lorsque ça existe. Quelqu’un qui existe, il a une valeur à ajouter. Lorsqu’il n’existe plus, la valeur ajoutée n’existe plus. Sans valeur, il disparaîtra. Notre rôle consiste à faire de l’archéologie de la mémoire. Restituer les choses qui font de nous ce que nous sommes et ce que nous devons être. Malheureuse- ment, on avait tout ça et on l’avait tous les jours, s’il n’y a pas l’oubli, s’il n’y a pas l’enterrement de la mémoire. Aujourd’hui, des valeurs ont été remplacées par d’autres, qui n’ont pas le même impact. On apprend la Saint-Valentin qui n’a pas le même impact. Car elle n’est pas quelque chose de nous, qui nous appartient. On s’est accaparé quelque chose qui ne nous appartient pas, laissant disparaître ce qui est le nôtre.

  • Vous avez proposé l’intégration de ces festivités dans le pro- gramme éducatif ?

Dès que tu t’accapares quelque chose, tu peux faire tout ce que tu veux avec, en gardant la structure ; en gardant la sève. On n’enlève pas la sève, on déguste, on découvre et on met en valeur. Et on fait la promotion en restant soi-même. Je fais du théâtre universel, j’ai beaucoup appris, mais je porte quelque chose de chez moi et de moi, de mon être. J’apprends, mais j’ajoute.

  • Vous avez mené un travail de recherche sur les différents Ayred en Algérie…

Depuis trente ans déjà. Je faisais du théâtre, des activités culturelles, j’étais cadre de la culture et de la santé. En parallèle, depuis tout le temps, je faisais ma recherche. Une manière de répondre aux questions que je me suis posées sur l’Ayred de Béni Snous. À partir de là, je me suis dit on n’est pas tombé de Mars, Béni Snous n’est pas isolée du monde. Donc il doit y avoir quelque chose qui lui ressemble. Et c’est parti ! En arrivant à un continent qui nous ressemble et découvrant que le lion existe partout en Algérie.

  • Que signifie la symbolique du lion ?

Justement, il faut se poser la question. La majorité des villes s’appelle lion ou lionne. Souk Ahras, Oran, Tiaret, Aïn Sbaa. Il y a quelque chose que nous ignorons sur nous.

  • Y a-t-il eu des travaux de re- cherche sur ce rituel ?

Oui, il y en a, mais pas suffisamment. Il y a des travaux faits par des ethnologues français après la conquête. L’Ayred de Béni Snous a été transcrit par Edmond Destaing, dans la Revue africaine N°105. Il y a un descriptif de l’Ayred de Béni Snous et de la langue Zenati berbère de Béni Snous en 1905. J’ai sollicité les universitaires à faire des travaux de recherche. J’ai également organisé des forums à la direction de la culture de Tlemcen. Mais le reste ne suit pas. Il faut des gens qui s’intéressent à cela. Les associations culturelles qui tentent de sauvegarder les musiques andalouses doivent s’impliquer aussi. Certes, nous avons un patrimoine andalou, mais nous avons égale- ment délaissé notre patrimoine millénaire qui existe depuis des siècles.

À Béni Snous, il y a eu une résistance, nous étions éclaireurs. Aujourd’hui, il y a des gens qui célèbrent l’Ayred. Mais dans les autres régions, il a complètement disparu. Pourtant, nous avions les mêmes chefs et les mêmes rois, Massinissa et après Jugurtha et Juba. Il faut réhabiliter la mémoire. Il faut répondre aux gens qui disent que l’Algérie n’a pas d’histoire. C’est à nous de répondre, de proposer quelque chose. Car il n’est nullement une mascarade, ni un carnaval. C’est quelque chose de formidable et de magnifique. Apprenez à vos enfants à devenir des lions, avec leur présence majestueuse, comme on disait de Krim Belkacem, le lion de Djurdjura.

Y.S


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