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dimanche, 05 juillet, 2020
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Nathalie Cougny. Écrivaine : «Violences et confinement, les femmes et les enfants d’abord !»

05 mai 2020 à 9 h 10 min

Nathalie Cougny, écrivaine et artiste-peintre, engagée dans la lutte contre les violences depuis plus de 10 ans et auteure de plusieurs ouvrages sur ce sujet, nous alerte sur une catastrophe annoncée, l’augmentation des violences conjugales et des féminicides depuis le confinement.

 

-Avez-vous constaté une augmentation des violences conjugales en France et que savez-vous de ce fléau à travers le monde depuis le début du confinement ?

Si le dicton «les femmes et les enfants d’abord» a, en temps normal, une connotation positive, puisqu’il signifie qu’il faut les sauver en premier, en cette période de confinement il prend un tout autre sens. En effet, celles et ceux pour qui les violences augmentent quotidiennement sont bien les femmes et les enfants.

On note déjà une forte augmentation des violences conjugales en France et partout dans le monde. Il est évident que cette longue période de confinement va exacerber l’agressivité, le stress et va être très difficile à vivre pour les femmes qui sont littéralement prises au piège. On a déjà constaté une augmentation en France de plus de 32% des violences conjugales, en une seule semaine, cela explose littéralement ! Il va de soi que toutes les violences intrafamiliales, quelles soient physiques, psychologiques ou sexuelles, vont augmenter dans le monde entier.

C’est assez logique, malheureusement, car les femmes qui, d’ordinaire pouvaient encore échapper à leur bourreau en allant au travail, quand c’est le cas, ou juste sortir de chez elles, vont se retrouver face à face, 24 heures sur 24, enfermées avec leur agresseur. Le secrétaire général de l’ONU a déjà alerté les pays afin que l’on protège davantage les femmes victimes de violences. En effet, en plus du confinement, la crise économique, sanitaire et la pauvreté sont des facteurs aggravants. Rappelons que, dans le monde, une femme sur trois va connaître la violence au cours de sa vie et qu’en France 1 femme meurt tous les 2 jours et demi de violences conjugales.

On ne peut pas avoir encore de données précises, mais depuis le confinement, les pays se basent essentiellement sur les signalements. En outre, on a constaté une augmentation des signalements un peu partout dans le monde : hausse de 25% des appels et des signalements sur le web au Royaume-Uni, augmentation de 16% des appels en Espagne, 40 ou 50% au Brésil, 60% au Mexique, plus de 20% au Texas… Le nombre d’agressions signalées a été multiplié par 5 en Tunisie par rapport à la même période en 2019, par 3 en Chine. En Algérie en 2019, on comptait 5600 cas de femmes battues en neuf mois (chiffre officiel déclaré qui ne représente pas la totalité des cas comme un peu partout dans le monde) et les associations pensent que ce chiffre va malheureusement doubler à cause de la période de confinement.

-Avez-vous pu constater une augmentation des féminicides ?

Nous n’avons pas encore toutes les données, mais de nombreux cas sont rapportés depuis début avril et certains dossiers font froid dans le dos. En quelques jours seulement en France : une femme a été poignardée dans le Val d’Oise, une autre à Paris, une tuée à l’arme blanche à Tarbes, une mère et ses deux enfants tués par arme blanche aussi dans Le Pas-de-Calais, bref, la liste est longue et en seulement quelques jours, début avril. Mais cela ne s’arrête pas à la France, tous les pays sont concernés. En Algérie aussi, le 4 avril, un policier a tué sa femme avec son arme de service sur les hauteurs d’Alger, c’est le onzième féminicide depuis début janvier, on en compte 24 en France, 11 en Argentine depuis le début du confinement. Début avril, une Sicilienne a été étranglée à mort par son compagnon, une situation qui serait directement liée à la crise actuelle. Dans certains États américains : «Les agresseurs menacent de jeter leurs victimes dans la rue pour qu’elles attrapent le virus»,a rapporté le responsable d’une ligne téléphonique au Time. On voit à quel point cette catastrophe amplifie les actes et les idées sordides envers les femmes.

-Quelles sont les mesures mises en place dans certains pays pour prévenir ces violences et permettre aux femmes de les signaler ?

Il faut savoir que, malgré la fermeture des tribunaux en France, tous les cas de violence passent quand même en jugement. Si l’ONU préconise d’augmenter les lieux d’accueil afin de permettre aux femmes victimes de violence de s’abriter, toutes les associations du monde entier déploient des mesures pour protéger ces femmes. Évidemment, il va être très difficile pour une femme de sortir dans certains pays où un couvre-feu a été mis en place en journée, comme chez vous je crois à Bougie et Tizi Ouzou où le couvre-feu débute à 17h00, ou encore à 16h00 en Egypte, c’est un frein supplémentaire. En France, le 3919, numéro d’appel d’urgence pour les femmes victimes de violence, a été renforcé, à cela a été ajouté ce numéro : 08 019 019 11, on peut également envoyer un sms au 114. Un dispositif est mis en place dans les 22 000 pharmacies de France afin de reconnaître les femmes victimes, en prononçant discrètement le code «masque 19», un système inspiré du modèle espagnol «Mascarilla-19»,ou dans les centres commerciaux depuis le 30 mars pour signaler des actes de violence, en dehors bien sûr de la gendarmerie ou des commissariats.

On constate partout en Europe, France, Allemagne, Autriche, l’ouverture de nouveaux lieux d’accueil dans des hôtels notamment, en Inde des circulaires sont publiées dans les journaux pour encourager les victimes à rapporter les violences : «Supprimons le coronavirus, pas votre voix. En Tunisie, le ministère de la Femme a élargi les horaires de la ligne de soutien aux femmes victimes de violences 24h/24 et 7 jours sur 7, et a lancé une assistance psychologique gratuite par téléphone. En Algérie, de nombreuses associations féministes se sont mobilisées pour mettre en place un système d’alerte, en fournissant des numéros de téléphone d’associations. «Les organismes qui reçoivent leurs appels, les redirigent vers l’association SOS Femmes en détresse, qui se charge d’accompagner les victimes.» Nous pouvons citer le 021.92.99.22 pour SOS Femme en détresse à Alger ou le réseau Wassila : 0560.10.01.05.

-A Rabat, l’ONG Mobilising for Rights Associates (MRA) a mis en ligne des ressources d’urgence pour les femmes victimes de violences.   Que souhaitez-vous ajouter personnellement ?

Il est évident que ce confinement, de plus de 4 milliards d’individus, n’est pas fait pour aider ces femmes et aussi les enfants, qu’il ne faut pas oublier, ils connaissent également une augmentation de la maltraitance à leur égard. C’est toujours plus facile de donner des conseils, et difficile de se mettre à la place de ces femmes qui sont souvent sous emprise et ont peine à réagir à cause de la violence en elle-même, de la peur, des menaces de mort, etc. Mais il est possible, malgré tout, de s’enfuir et d’aller signaler des violences conjugales, à condition que les femmes soient réellement entendues et que tout soit mis en œuvre pour les protéger immédiatement.

Il faut profiter de tous ces dispositifs pour se faire aider et peut-être que certaines le feront davantage qu’en temps normal, puisqu’une grande attention leur est portée. Je veux aussi adresser un message aux agresseurs, aux hommes, pour qu’ils cessent leurs agissements et retrouvent le sens de l’humanisme, du respect. Aucune raison n’autorise à battre sa femme, aucun droit ne leur est accordé en ce sens, ils doivent en prendre conscience aussi. En , depuis le 6 avril, un numéro est dédié aux hommes violents : 08.019.019.11 ouvert du lundi au dimanche de 9h à 19h00 afin de les aider et ainsi d’éviter les passages à l’acte dans la sphère familiale.

Nous sommes tous concernés et nous devons tous nous mobiliser, femmes et hommes, États, pays. «Chaque année en France, plus de 210 000 femmes sont victimes de violences conjugales et moins d’une sur cinq dépose plainte. En 2018, 18 591 personnes ont été condamnées pour des violences sur leur partenaire ou ex-partenaire, dont 96 % sont des hommes», rapporte le journal Ouest France.

Nous devons absolument arrêter de fermer les yeux et empêcher ce qui détruit la moitié du genre humain de la planète à tous les niveaux, social, économique, familial, intime : les femmes !

 

Entretien réalisé par   Ahcène Tahraoui



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