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Musique. Philippe Eidel, un illustrateur sonore du métissage un raïman s’en est allé

16 septembre 2018 à 0 h 10 min

Nidam Abdi, musicologiue de renom, ancien journaliste à Libé, un homme à la riche carte de visite, a signé cette contribution en guise d’évocation et hommage à un musicien qui est à la base du succès du raï et de Khaled à l’international, Philippe Eidel.

C’est lui qui a réalisé les arrangements des meilleurs succès de Khaled, tout en préservant l’authenticité du son. Cet artiste dont on n’a jamais évoqué le nom vient de décéder.

Jeudi 6 septembre au matin, les stars du raï étaient entre incompréhension et abattement. Phillipe Eidel, celui qu’ils aimaient à définir comme l’homme de studio qui a réconcilié la musique asri des Ahmed Wahby et Blaoui Houari, avec le raï des chebs, a été emporté par une maladie foudroyante durant la nuit. Sur sa page web personnelle, Philippe Eidel avait titré sa biographie par : «Né à Madagascar, d’un père marseillais et d’une mère créole…»

D’emblée on prend la mesure d’un homme du son inscrit dans la diversité et qui met en avant son appartenance à un univers où la créolisation est un projet de vie. Pour Philippe Eidel, cela s’inscrit dans le métissage sonore. Lorsqu’il arrive à Marseille, depuis son île natale, Philippe Eidel ne savait pas que la fine fleur des musiciens de la pop africaine venait de Madagascar.

Cette dernière, aux multiples influences, permettait le métissage dont Philippe Eidel va plus tard faire une feuille de route pour son répertoire et ses collaborations. Au hasard d’une rencontre, ce sont les synthétiseurs et la musique électronique des Tangerine Dream, Kraftwerk et Klaus Schulze qui vont construire son univers sonore, avant un premier essai de production avec Taxi Girl, groupe pionnier du techno-rock français.

La réputation d’homme de studio se propage et bientôt c’est la rencontre avec le groupe Indochine, dont Philippe Eidel écrit : «…Je fus un peu le cinquième membre du groupe pendant dix ans, jusqu’à l’album Le baiser. Je ne voulais pas pour autant rester formaté comme spécialiste des synthés, quelque chose ailleurs me titillait, et le hasard se chargea du reste…»

Ce hasard, c’est la rencontre avec les fondateurs du projet audiovisuel mythique de l’ère mitterrandienne. Philippe Eidel marquera l’imaginaire de la télé française en devenant l’illustrateur sonore de l’habillage des programmes de Canal +.

Durant 20 ans et dans l’ombre des studios, le musicien marquera l’imaginaire télévisuel avec une modernité musicale à laquelle contribueront aussi des stars, à l’exemple de Gainsbourg, Charlélie Couture, Jonasz et Mc Laughlin, entre autres… M6, la petite sœur de Canal, fera appel aussi au musicien, car la patte Eidel est à son sommet à la fin des années 80.

Si c’est par une expérience cinématographique, entre Bulgarie et Yougoslavie, avec le bédéiste Enki Bilal que Philippe Eidel découvre la scène musicale internationale, à un moment où les Balkans sont déchirés par des fractures ethniques, c’est la collaboration avec le metteur en scène anglais, Peter Brook, qui va révéler sa sensibilité aux musiques du monde.

C’était à la fin des années 1980, alors que ce dernier qui était en résidence au théâtre des Bouffes du Nord depuis 1970, et voulait adapter au cinéma la mythologie hindou Mahabharata, avec laquelle il triomphait au Festival d’Avignon. Il s’ouvre alors aux musiques, tradition et instruments venus d’ailleurs, pour les intégrer autant à ses projets personnels (comme Mammas) que pour d’autres artistes dont il réalisa les albums (comme Khaled).

Dans les années 1990, d’abord avec Khaled, puis ces trois dernières années avec le chanteur Réda Taliani, Philippe Eidel a apporté une sorte de sérénité à la musique oranaise, en réintroduisant les fameux chœurs de violon, influence de l’école du Caire, dans le asri, première forme moderne de la chanson de l’Ouest algérien.

Sur l’album N’ssi, N’ssi en 1993, puis Sahra en 1996, l’enfant de Madagascar va introduire une sérénité grave dans le raï, notamment avec le titre Bakhta qui gagne même le statut de musique universelle, en étant des années après, repris par l’Orchestre symphonique d’Alger. Philippe Eidel a toujours été un homme de l’ombre de la profession musicale parisienne.

Son départ ne peut rester sous silence, surtout qu’il attendait une reconnaissance d’Oran pour son apport à la chanson raï qui ne venait pas. Il n’est pas le seul.

 

Par Nidam Abdi

Consultant-expert Smart Cities. Editorial Director EcoInovatio. Apporteur de solutions.

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