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Lorsque le tourisme est d’abord affaire de professionnels : Il est à charge culturelle et tout bénéfice pour l’économie

14 septembre 2019 à 9 h 30 min

Tout ce que l’on sait du tourisme dans notre pays, c’est essentiel lement ce qui a trait à la saison estivale, soit 1/6 de l’année ! Ce constat s’aiguise lorsqu’on a pu observer une authentique politique touristique à l’œuvre, dans le concret et à petite échelle, celle d’une commune, où la saison estivale dure dans l’absolu… six mois, en un pays où le tourisme est un levier majeur de l’économie. C’est sur l’autre versant de la Méditerranée, à Canet en Roussillon, où nous avons été durant deux semaines.

Première observation à Canet-Plage, les baigneurs ne se bousculent à aucun moment de la journée sur les 9 kilomètres de sable fin d’un seul tenant, sur une largeur moyenne de 500m ! Cela détonne tellement avec ce qui se passe sur nos plages surbondées ! Est-ce que c’est parce que l’exposition de la peau au soleil fait désormais peur, le bronzage n’étant plus au goût du jour chez tous, au regard du risque de cancer? Cela n’est pas certain, puisque nombre de baigneurs prudents font trempette plus tôt dans la matinée qu’aux moments de grand ensoleillement. De la sorte, durant la journée, il y a presque le même nombre de baigneurs sur la plage.

Les estivants ne sont pas attirés par le seul plaisir de la baignade

Cette fréquentation réduite, n’est-ce pas aussi parce que la Méditerranée a acquis la mauvaise réputation de mer polluée et que les estivants lui préfèrent la façade maritime, celle de l’Atlantique, selon certaines assertions ? Probablement. Mais là ne réside pas la raison principale. En fait, et deuxième observation, les estivants ne viennent pas en bord de mer uniquement pour les plaisirs de la baignade. Qu’ils soient français ou étrangers, ils se conduisent en touristes.

On les retrouve parcourant les villes et villages de la région, à la découverte des curiosités qu’ils recèlent. Ils se rendent également aux attractions organisées à leur intention (festivals, spectacles, musées, monuments, excursions, etc.) Par ailleurs, ces estivants ne sont pas l’affaire de seulement Canet en Roussillon, leur point d’arrivée.

En effet, chaque ville et village de la région s’efforce de tirer des dividendes de leur présence en leur proposant des divertissements de toutes sortes. Ils déploient des trésors d’imagination en matière de communication en direction des estivants, convaincus qu’ils sont que leur offrir de la bronzette et du beau soleil est insuffisant. Ainsi en est-il de Perpignan, à une dizaine de kilomètres par voie express de Canet-plage.

Chef-lieu du département, et dernière grande ville française, à la 22e place, avant la frontière espagnole, située à 25 km, elle propose un prospectus offert en tous lieux où passent les visiteurs. Il y est sérié un riche programme de balades et visites guidées entre le 7 juillet et le 31 août 2019, période de la plus grande affluence de touristes. Pas moins d’une centaine d’activités sont proposées.

Cela va des soirées festives, des jeux, des expositions, aux balades organisées dont certaines à vélo ou au fil de l’eau par embarcation. L’une des plus courues est une visite d’environ 50 mn, sur 7km, à bord d’un petit train blanc à travers le centre historique de Perpignan et ses monuments, soit 34 sites commentés en neuf langues. Pour ajouter au plaisir, certaines visites patrimoniales sont même théâtralisées, contées et chantées, sur un ton décalé, ce qui ne gâte en rien la solidité de la présentation sur le plan historique. Il est même proposé une initiation à l’archéologie.

C’est que Perpignan détient une parure monumentale exceptionnelle, en raison de son statut de capitale continentale du Royaume de Majorque au Moyen-Âge, ce qui lui a valu d’être labellisée «ville d’art et d’histoire». Son quartier Saint-Jean, noyau historique de la ville, l’un des plus animés avec ses rues piétonnes, où s’alignent des boutiques et des restaurants, est constitué d’un lacis de pittoresques ruelles et de places avec de belles demeures anciennes.

Le tourisme, l’affaire des professionnels et non de l’administration

En s’intéressant à qui fait quoi en matière de tourisme local, on s’aperçoit qu’il est d’abord l’affaire des professionnels qui en vivent et que si les collectivités locales s’en mêlent, c’est parce qu’elles en vivent aussi, les prérogatives des uns et des autres étant réglementairement délimitées. Rien donc à voir avec ce qui se passe dans notre pays, où c’est le wali et son exécutif qui en sont les ordonnateurs, le tourisme n’étant pas l’affaire de l’administration. Les maisons de la culture, le secteur de la jeunesse et les associations, qui leur sont affiliés, dont les troupes folkloriques, ne sont pas concernés. Ils ne sont pas sollicités par injonction pour donner l’illusion de la fête le jour de l’ouverture officielle d’une saison estivale pensée en notre pays en termes de paix sociale à gagner.

C’est que sur l’autre bord de la Méditerranée, le visiteur a le loisir de s’échapper pour une autre destination s’il n’est pas content, sachant qu’il n’est pas comme l’Algérien, confiné à son seul pays pour cause de visa.

A Canet-en-Roussillon, la deuxième plus grande ville des Pyrénées-Orientales, dès le mois d’avril, les acteurs touristiques, entre hébergeurs, restaurateurs, commerçants, artisans et plagistes, sont déjà à pied d’œuvre. C’est que l’activité touristique est d’un précieux apport économique. La cité est connue principalement en tant que station balnéaire, l’ensoleillement y étant à peu de près de 320 jours par an. C’est la ville la mieux desservie du département en matière de transport, sa proximité avec Perpignan lui permet de bénéficier de ses moyens de transport qui y font des crochets. La commune se divise en deux parties.

D’abord Canet-village, qui est le village primitif, une ancienne place forte juchée sur un coteau d’où elle pouvait surveiller la mer, alors source de dangers, mais aussi de profits. Ensuite Canet-plage, la station balnéaire classée officiellement à ce titre en 1909. Avec 12 500 habitants, elle dispose de plus de 15 000 logements, dont à peine la moitié est constituée de résidences principales, le reste étant des résidences secondaires. Le long de son front de mer, le promenoir, s’alignent des hôtels, des résidences touristiques en immeubles, des restaurants et autres. Labellisée Pavillon bleu, Canet-en-Roussillon offre de nombreux loisirs.

Les types d’activités proposés se répartissent entre celles de plein air, les visites guidées, les excursions en bateau et les sports nautiques (planche à voile, kitesurf, beach-volley, kayak, paddle ou jet-ski), jeux et divertissements, vie nocturne (casino, cafés, boîtes de nuit), restauration, spas (centres de bien-être et beauté). Les prospectus différencient entre les activités qui conviennent aux enfants, aux couples, aux amateurs de sensations fortes, précisent ceux dont l’entrée est gratuite et affichent en toute transparence les tarifs de celles qui sont payantes.

Bien entendu, il est des manifestations que la municipalité offre à ses visiteurs, comme les feux d’artifice, des concerts, ou encore en direction des chérubins, comme leur apprendre à réaliser un cerf-volant et à en jouer.

 

 

La commune est un acteur clé

Le maire de Canet, s’exprimant dans un édito dans Canet Mag, une brochure éditée épisodiquement à l’intention de ses administrés, s’y exprime sur la mission de la commune en matière de tourisme : celui de l’hygiène et la sécurité. Il souligne que les touristes « viennent pour la plage et pour les jeux de mer… mais pas que », rappelant que « notre environnement naturel est un atout (…). J’accorde une importance particulière au respect de l’environnement, à la responsabilisation de chacun face à la pollution de l’espace public ». De sorte, l’efficacité de l’action municipale est telle que 40% des déchets que l’on retrouve sont des… mégots ! Pour inciter à plus de civisme, la ville met à disposition des cendriers écologiques et installé tout le long du promenoir des cendriers en forme de cigarettes destinés à recevoir les mégots. C’est qu’ici l’enlèvement des ordures et des déchets, plutôt que de compter sur des moyens énormes, est organisé et géré de façon à ce que le service d’hygiène fonctionne sans anicroche. Question sécurité, on ne voit ni gendarmes, ni policiers armés aux regards scrutateurs pour ne pas dire suspicieux. Pour tout Canet, 26 policiers municipaux sont répartis en trois équipes. On ne les voit jamais, pourtant ils veillent. En poste 24h/24, du 1er juin au 30 septembre, cinq d’entre eux surveillent l’espace public urbain à travers des écrans de contrôle reliés à des caméras de surveillance. En lien avec les équipes de terrain, ils leur permettent d’intervenir rapidement.

 

Pourquoi la Méditerranée attire moins sur sa rive nord

La Méditerranée attire moins les estivants sur sa rive nord. Quelques chiffres et déclarations donnent une idée peu rassurante sur son état. L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer a mené une étude sur les déchets marins méditerranéens entre 1994 et 2017. Ce qui l’a amené à affirmer que la Méditerranée est la mer la plus polluée comparativement à celles d’Europe. Les déchets urbains, eaux urbaines résiduaires et pollution industrielle y représentent 80% de la pollution. Chaque année, 600 000 tonnes de plastique y sont rejetées, soit 60% des déchets. Selon Greenpeace, «entre 21% et 54% des particules microplastiques dans le monde sont dans le bassin méditerranéen». «Chaque année, la Méditerranée reçoit entre 400 000 et 500 000 tonnes de pétrole et de résidus huileux», soutient Ricardo Aguilar, directeur scientifique de l’ONG Oceana Europa. D’autres études notent que les quantités d’hydrocarbures dissous dans l’eau atteignent les 5 grammes par litre, et parfois dépassent les 10 grammes dans certaines zones.
Ainsi, la Méditerranée a perdu 41% de ses mammifères marins et 34% de ses poissons. Il n’est alors pas étonnant que les grosses pêches des bateaux sur nos côtes ne soient plus qu’un vieux souvenir

 

 

Au pays où le tourisme est un levier économique majeur

n Pour donner une idée tangible de ce que représente le secteur du tourisme dans un pays développé comme la France, il suffit de savoir que, par exemple, ses communes ont perçu en 2014, au seul titre de la taxe de séjour et de la taxe forfaitaire, 286 millions d’euros ! Par ailleurs, les secteurs d’activité caractéristiques du tourisme représentaient près de 1,27 million de salariés au 31 décembre 2015. A titre d’exemple, la restauration traditionnelle occupe près de 363 000 salariés, les transports non urbains (avions, trains, autocars…), près de 270 000 salariés, la restauration rapide, plus de 187 000 salariés, l’hôtellerie, plus de 172 000 salariés et les parcs d’attractions et autres services récréatifs, plus de 56 000 salariés. En 2018, la France est demeurée le pays le plus visité au monde par les touristes internationaux. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, elle devance les plus importants pays récepteurs que sont l’Espagne, les Etats-Unis, la Chine, l’Italie, le Mexique et le Royaume-Uni. Enfin, en 2018, selon sa Banque centrale, la France a engrangé 49 milliards d’euros pour avoir réceptionné 89 millions de touristes étrangers. Le gouvernement, à travers son Premier ministère, dévoile son ambition d’attirer l’année prochaine 100 millions de touristes internationaux.


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