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l’interprète Houria Aïchi : Chant et exigence patrimoniale

18 janvier 2020 à 9 h 07 min

Demain 19 janvier, Houria Aïchi interprétera, au musée du Quai Branly à Paris, des chants mystiques de toute l’Algérie.

Cet événement est l’occasion d’un retour sur la carrière de celle que spontanément les Algériens considèrent comme l’incarnation du patrimoine algérien en matière de chant. Comment est-elle devenue cette référence pour tous les passionnés de musique traditionnelle, et comment a-t-elle su intéresser les musiciens contemporains à ce répertoire ?

Les années de formation

Pour Houria Aïchi, le désir de chanter est le résultat de toute une chaîne familiale : sa grand-mère, sa mère, ses tantes composent un univers artistique féminin où le chant tient une place centrale. Dans la cour de la maison de Batna, les femmes s’adonnent au chant. Elles sont détentrices d’un répertoire qu’elles interprètent à l’occasion de différentes fêtes : mariages, circoncisions, etc.

Dans la société traditionnelle, les espaces domestiques appartiennent aux femmes ; elles y développent un répertoire qui leur appartient et que la future chanteuse s’approprie. Dans ce milieu rural, les thèmes sont ceux qu’on rencontre dans toutes les sociétés rurales – les grands thèmes de l’humanité : l’amour, la mort, le chagrin, la séparation. Un thème y tient une place particulière : l’exil. Les pays berbères sont pourvoyeurs de travailleurs qui émigrent dès la fin du XIXe siècle. La guerre de Libération fournit des chants qui se comptent par centaines. A ceux-là s’ajoutent des chants de la maison comme les berceuses.

Nourrie de cette tradition, grandie dans cette terre, Houria Aïchi fortifie sa voix tout en captant intuitivement l’émotion qui se dégage de ce répertoire. Progressivement, elle se rend compte que l’interprète n’est pas un automate, que l’interprétation dépend de l’émotion et de la subjectivité de l’artiste. La voix, c’est un tressage complexe d’émotions et de connaissances, mais aussi le timbre propre à un territoire, rude, dépouillé et d’autant plus prenant qu’il est simple. C’est ce qui attirera l’attention des musiciens contemporains.

Les intérêts croisés des musiciens

La carrière de Houria Aïchi s’élargit lorsqu’elle rencontre un groupe de jeunes musiciens de jazz venant du Conservatoire de Strasbourg. Ils sont subjugués par cette musique des Aurès ; ils proposent des arrangements et la musique contemporaine s’allie à la musique traditionnelle. Les Cavaliers de l’Aurès remportent le prix Charles Cros. Au moment du Bicentenaire de la Révolution française, à la basilique de Saint-Denis, la musique des Aurès est incluse dans une création de de Nicolas Frize. Houria Aïchi participe aussi à l’enregistrement d’un album de Ruychi Sakamoto. Au Brésil, elle rencontre le même succès.

Pourquoi ces alliances inattendues ? La base instrumentale de la musique traditionnelle des Aurès est simple : gasba, bendir. Elle accompagne la voix qui se déploie dans toute sa force. Mais pour interpréter un chant des Aurès, il faut avoir eu l’oreille formée dans ce milieu rural. Comme musique populaire, elle n’a pas été notée. Seule une interprète grandie dans ce milieu peut placer sa voix là où elle doit l’être. C’est précisément ce qui fascine les musiciens contemporains.

Les chants sacrés de l’Algérie

Lors de son prochain concert, Houria Aïchi proposera une ballade spirituelle en parcourant les chants sacrés de toute l’Algérie : par-delà l’unité thématique, elle rendra sensibles les spécificités régionales : celle des Aurès, où les chants obéissent à une structure musicale et chorégraphique, celle de l’Oranais où ils émanent de confréries, celle de Constantine où les chants deviennent des chants de transe, rythmés par les percussions, celle de l’Algérois, de la Kabylie, sans oublier les chants sahariens, interprétés dès la tombée de la nuit jusqu’au lever du soleil et classés au patrimoine immatériel de l’humanité.

Trois musiciens l’accompagneront : Ali Bensadoun (gasba, ney, percussions), Adil Mirgani (percussions), Mohamed Abdenour (oud, mandole). Pour ceux qui pourront se rendre au musée du quai Branly, ce sera une confrontation inoubliable avec un patrimoine pluriséculaire.

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