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samedi, 17 avril, 2021
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Hosni Kitouni au forum culturel de Jijel : «L’histoire officielle est devenue obsolète»

06 avril 2021 à 9 h 13 min

Les écritures historiques autour de la colonisation française en Algérie étaient au centre de la conférence animée samedi 3 avril par le chercheur en histoire, Hosni Kitouni au centre culturel islamique Ahmed Hamani de Jijel.

Dès le début, l’auteur de Le désordre colonial dira : «Nous sommes dans une impasse et une crise historique et mémorielle» tout en abordant cette question mémorielle en France qui expliquera-t-il «est le véritable déclencheur» prenant à ce propos comme dernier exemple le rapport de Benjamin Stora.

Ce qui génère une influence culturelle, historique, institutionnelle et académique. Et de s’interroger pourquoi ces débats récurrents sur l’histoire en France ? L’esclavage, le bicentenaire de Napoléon… Son explication est liée au statut du 2e plus grand empire du monde disposant de 13 millions de km2 sur 4 continents, une superficie qui s’est considérablement réduite, couronnée par la perte de son joyau colonial : l’Algérie. Toute cette évolution a généré, expliquera-t-il, une communautarisation de l’histoire qui n’est plus écrite de manière objective pour aller vers «l’histoire des mémoires» telle que désignée par Benjamin Stora.

Parlant de l’Algérie, il dira que la culture nationale s’est construite en opposition à celle du colonialisme, de même que la renaissance politique et culturelle était basée sur le retour à l’identité nationale avec ses principales composantes : L’Arabe et l’Islam qui représentaient le ciment de la société. Le discours nationaliste, développera-t-il, voulait rejeter la vision française tendant à faire croire que l’Algérie numide a été civilisée par les Romains, ce que les Arabes ont détruit pour sous-tendre que l’œuvre de la France serait une réappropriation de cet âge d’or numide, romain et latin. D’un autre côté, il voulait éviter d’intégrer un clivage culturel préjudiciable à la nécessaire unité contre les Français.

Construction de l’identité nationale

Si ce discours a participé dans la construction de l’identité nationale, avec l’indépendance, les réalités culturelles et identitaires sont remontées à la surface comme chez n’importe quel peuple du monde. Le summum de ces contradictions, enterrées par un discours unitaire du pouvoir, a été marqué par les soubresauts culturels et la guerre civile qui a éclaté dans les années 90, regrettera-t-il.

Ce qui lui fera dire que l’histoire qu’on enseigne dans les écoles est fausse parce qu’elle ne répond pas aux principales questions : Qui suis-je ? Les ottomans étaient-ils des colonialistes ? La Kahina était-elle une héroïne ou non ? Les Arabes ? Massinissa ? On ne trouve pas de réponse, se lamentera-t-il et de lâcher que « l’histoire officielle est devenue obsolète ». Cette crise de l’histoire, dira-t-il, a poussé chaque composante de la société à chercher des réponses, avec sa propre vision et d’appeler à prendre garde de tomber dans les projections de la pensée d’aujourd’hui, à des événements du passé, sans se projeter dans le contexte et le rapport de force de l’époque. Notre crise mémorielle, malheureusement, sert l’opportunisme des Français pour imposer leur façon d’écrire l’histoire.

D’où la question après le rapport de Stora : où est le rapport algérien ?

Ceci l’amène à parler de la crise de l’université, des historiens, l’absence de revues historiques pour discuter de ces différents aspects historiques. Comment alors devons-nous écrire notre histoire, s’interrogera-t-il ? Aujourd’hui reconnaîtra-t-il, nous ne voyons notre histoire qu’avec les écrits français, alors que nous devrions sortir de ce cercle fermé et prendre exemple sur les historiens anglais ou australiens.

L’écueil local vient de la nature du pouvoir algérien formé durant la Révolution par la loi du silence, sur le secret, et même nos élites aujourd’hui ont aussi mentalement cultivé le silence. Cette culture du secret très ancrée et nous continuons à écrite l’histoire de l’individu au lieu de celle d’une dynamique. Pour lui, l’histoire n’est pas un tribunal avant de trancher qu’il n’y a pas «d’écriture de l’histoire sans liberté d’expression à l’université».


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