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Les voix des femmes contre les violences sexuelles : Un livre poignant pour dénoncer le «féminicide»

17 novembre 2018 à 10 h 15 min

Dans son livre Les voix des femmes contre les violences sexuelles, paru en 2015 aux éditions Sudarènes, l’écrivaine française, Nathaly Cougny, donne la parole à dix femmes et définit les différentes formes de violences sexuelles : viol, inceste, pédophilie, excision.

Les témoignages rapportés «montrent l’engrenage de la violence et la reconstruction, quand elle est possible». Ce livre propose également une liste ciblée d’associations. Il aborde largement l’impact des violences sur les enfants et les adolescents, les troubles du comportement liés à la violence.

Dans une interview qu’elle nous accordée, Nathalie Cougny a estimé que la violence, sous toutes ses formes, est un fléau de santé publique qui raccourcit l’espérance de vie (suicides, nombreux problèmes de santé, MST), qui empêche l’accès à l’éducation dans de nombreux pays (mariages forcés, prostitution, interdiction d’aller à l’école, esclavage), qui réduit la femme à un objet et va jusqu’à déstabiliser l’équilibre démographique lorsqu’il s’agit de féminicide. «D’après l’ONU, il manquerait 200 millions de filles sur la planète, tuées uniquement parce qu’elles sont des filles», dit-elle.

Ce livre part d’une rencontre avec Sarah Kaddour, présidente de l’association Unissons nos voix. Nathalie nous raconte : «Nous nous sommes rencontrées lors d’un événement que j’avais organisé contre les violences faites aux femmes, en 2013, à Paris. Elle avait déjà réalisé un premier single pour soutenir cette cause et nous avons décidé d’unir nos volontés et nos compétences pour faire prendre conscience de l’ampleur des violences.

Sarah a donc rassemblé plus de 60 artistes avec la reprise de la chanson No woman, No cry, qui est sortie un 8 mars sur toutes les plateformes de téléchargement, et j’ai écrit ce livre qui donne la parole à 10 femmes qui ont subi différentes formes de violences, sexuelles notamment.» S’agissant du phénomène de la violence en France et dans les pays du tiers-monde, elle souligne qu’en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, 75 000 sont violées par an, soit 200 par jour, 2 millions de personnes auraient subi un inceste et il y a environ 30 000 cas d’excision.

«Je crois que les chiffres parlent d’eux-mêmes et sont bien en deçà de la réalité d’après les associations, car trop nombreuses sont les personnes qui ne parlent pas. Il faut absolument arriver à faire prendre conscience que la violence détruit non seulement des êtres, mais aussi les communautés et déstabilise l’équilibre des pays. Pourquoi ? Parce que les femmes sont au cœur de la vie même, en la donnant, de la vie active, sociale et doivent avoir cette place légitime d’un être à part entière avec les mêmes droits et les mêmes libertés, sans domination aucune.»

De plus, ajoute Nathalie Cougny, en dehors des conséquences psychologiques et sociales, les violences faites aux femmes coûtent 3,6 milliards d’euros en France en termes d’aides sociales, de soins, et surtout de perte de capacité de production, selon l’évaluation du ministère des Affaires sociales et des Droits des femmes. Les Nations unies définissent la violence à l’égard des femmes comme «tout acte de violence dirigé contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée».

Selon notre interlocutrice, on estime que dans certains pays, 70% de femmes seront victimes de violences physiques ou sexuelles perpétrées par un partenaire à un moment de leur vie. Cette violence est «fondée sur le genre», parce qu’elle provient en partie, selon elle, du statut subordonné des femmes dans la société. Beaucoup de cultures ont des systèmes de valeurs et des institutions qui légitiment, et donc perpétuent, la violence contre les femmes, détaille Mme Cougny.

Plusieurs sondages mondiaux suggèrent que la moitié des femmes victimes d’homicide sont tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints ou compagnons. Alors que les dots ou paiements de ce genre sont courants dans le monde entier, les meurtres de dot se produisent essentiellement en Asie du Sud. La pratique du mariage à un âge précoce est courante dans le monde entier, notamment en Afrique et en Asie du Sud, a-t-elle relevé. «C’est une forme de violence sexuelle, car le mariage et les relations sexuelles sont souvent imposés à de très jeunes filles, ce qui comporte des risques pour leur santé, y compris l’exposition au VIH/sida, et limite la durée de leur scolarité».

Entre 500 000 et 2 millions de personnes, en majorité des femmes et des enfants, font l’objet de traite tous les ans à des fins de prostitution, de travail forcé, d’esclavage ou de servitude, selon les estimations. L’écrivaine française estime qu’entre 100 et 140 millions de filles et de femmes aujourd’hui ont subi la mutilation génitale féminine, principalement en Afrique et dans quelques pays du Moyen-Orient, et que 3 millions de filles par an courent le risque de mutilation.

En avril 2006, 15 des 28 pays africains où la mutilation génitale féminine est largement répandue en ont fait une infraction passible de sanctions pénales. Les femmes sont victimes de harcèlement sexuel tout au long de leur vie. 40 à 50% des femmes de l’Union européenne ont fait état d’une forme ou d’une autre de harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Au Malawi, 50% des écolières interrogées ont indiqué avoir subi un harcèlement sexuel à l’école, selon les indications de Nathalie Cougny.

Les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables à la violence sexuelle et de plus en plus fréquemment infectées par le VIH/sida. Plus de la moitié des nouvelles infections par le VIH dans le monde se produisent parmi les jeunes de 15 à 24 ans, et plus de 60% des jeunes séropositifs de cette tranche d’âge sont des filles.

La violence à l’égard des femmes en garde à vue est courante et comprend la violence sexuelle, une surveillance inappropriée, des fouilles à nu effectuées par des hommes et des demandes d’actes sexuels en échange de privilèges ou de nécessités de base. L’infanticide féminin, la sélection prénatale en fonction du sexe et la négligence systématique des filles sont répandus en Asie du Sud et de l’Est, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Qu’en est t-il des violences au Maghreb ? A cette question, l’écrivaine française nous a indiqué : «Au Maroc, 74% des femmes mariées sont victimes de violences, et en Algérie, selon le ministère chargé de la Famille et de la Condition féminine, 80% de femmes mariées ont subi la violence conjugale.»

Et de conclure : «J’ai juste envie de m’adresser aux gouvernements de tous les pays pour leur demander : qu’attendez-vous pour agir de façon efficace et effective ? Si vous ne faites rien, vous vous rendez complices de ces actes ! Si vous ne créez pas les lois nécessaires, si vous ne les appliquez pas, vous êtes complices. Si vous êtes complices, vous devez quitter vos fonctions. Tous ceux qui favorisent la violence, l’entretiennent ou ne la dénoncent pas sont complices.»

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