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Fatiha Soal. Libraire

«Les politiques n’ont pas permis au livre de prendre racine dans la société»

03 décembre 2019 à 9 h 03 min

– La loi sur le livre votée en 2015 oblige les institutions à passer leurs commandes auprès du libraire du coin, mais cette disposition n’est toujours pas appliquée ; qu’en pensez-vous ?

Cette loi, loin de régler les problèmes des professionnels, a malheureusement plus contribué à compromettre l’essor du livre. Elle a été conçue comme un instrument de contrôle et de répression au lieu de promouvoir le livre et la lecture. L’une des rares mesures positives comme celle à laquelle vous faites référence, à savoir l’obligation pour les organismes et institutions publiques ainsi que les collectivités locales de passer leurs commandes de livres auprès des librairies n’a jamais été mise en application.

Cette garantie de l’accès à la commande publique est certes une bouffée d’oxygène pour la librairie, mais à condition de ne pas tomber dans des liens aliénants et de dépendance. Le livre a besoin de liberté et de diversité. Il y a d’autres commandes potentielles qui échappent actuellement au libraire et qui sont satisfaites à la source par les fournisseurs que sont les éditeurs, les diffuseurs et les importateurs. Il faudrait des accords interprofessionnels, ce qui suppose des représentations fortes des différents métiers du livre. Et se faire entendre aussi par les pouvoirs publics.

– Comment expliquez-vous ce retard ?

Cette question renvoie à la place du livre en Algérie que l’on appréhende toujours de manière négative en concluant qu’il n’y a pas de librairies et que l’Algérien ne lit pas. C’est mal connaître la situation puisqu’on assiste quand même au développement de l’édition algérienne qui donne aujourd’hui une meilleure image et publie des auteurs au sommet des ventes, avec l’émergence de nouvelles plumes. Il y a une créativité dans la société porteuse d’espoir, dans tous les domaines.

Par ailleurs, les quelques points de vente et librairies qui résistent témoignent de l’existence d’un lectorat qui lui est là, et de plus en plus jeune. Mais pour revenir au livre lui-même, sa présence est, il est vrai, insignifiante si l’on considère le volume de la production éditée ou commercialisée dans tout le pays, rapportée à la population algérienne. Les politiques et choix adoptés ne lui ont pas permis de prendre racine dans la société de manière effective et durable.

– Quel est l’état de santé du métier de libraire aujourd’hui  ?

Le métier de libraire s’exerce dans la difficulté et l’incertitude des lendemains, cela prévaut pour tous les professionnels aujourd’hui. Aux problèmes d’hier se greffe la crise politique, économique et sociale qui n’épargne personne. Tout le monde en pâtit. Etre libraire reste un métier formidable nécessitant de l’engagement et de la persévérance.

C’est un métier qui se construit en tissant des liens dans le temps. C’est à ce prix qu’on se crée une clientèle, un lectorat. Et pour les fidéliser et les développer, il faut des livres, beaucoup de livres avec de la diversité, de la nouveauté et de l’animation. On va continuer à déplorer le manque de librairies si le marché du livre reste en l’état. Trop de procédures et de contrôles sans oublier sa cherté pour plusieurs raisons, le manque de professionnalisme, etc., contrarient sa disponibilité et sa visibilité.

– Le Salon international du livre vient de prendre fin avec un premier bilan qui montre un net recul de la fréquentation du public. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

C’est sans doute ce qui explique le mystère du Salon international du livre d’Alger où l’on voit affluer des Algériens de toutes les régions dans des proportions surprenantes. C’est le seul lieu et moment où l’on a l’impression d’être dans une gigantesque librairie où l’on trouve tout. C’est l’événement qu’aucun éditeur local ou étranger ne voudrait rater tant le succès est garanti.

C’était le cas pour les années précédentes, car cette année a été marquée par un nombre de fréquentation en baisse et des ventes en chute. Le vendredi jour faste n’a pas drainé les foules habituelles. En cause, le hirak sans nul doute et la crise. Les préoccupations sont ailleurs.

– En l’absence d’une politique nationale du livre, quel rôle peut jouer cet événement ?

Le SILA semble donner une image d’un peuple imprégné de culture, qui lit énormément et consacre un intérêt et un budget conséquent au livre. Mais en réalité, il reste un phénomène qui témoigne plus d’un marché du livre déstructuré et défaillant caractérisé par le manque et la pénurie.

On devrait réfléchir sérieusement à réimplanter cet engouement salutaire dans son lieu naturel qu’est la librairie, partout dans le pays, tout le long de l’année, sans oublier les bibliothèques scolaires et publiques. Nous avons tous un rôle à assumer. 


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