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Akram El Kebir présente son dernier roman à Oran

Les fleuves impassibles, pour étancher la soif d’écrire

03 décembre 2019 à 9 h 01 min

Une séance de présentation du livre, Les fleuves impassibles, de notre collègue Akram El Kebir, suivie d’une vente-dédicace, a été organisée samedi à la librairie Arts et Lettres, à Oran.

La rencontre, principalement la famille et les amis de l’auteur, a été suivie d’un débat autour du contenu de l’ouvrage mais pas seulement. La thématique, celle du phénomène des harraga est déjà en elle-même un peu vieillotte mais ce n’est peut-être pas le souci de l’auteur qui, après avoir raconté une bonne partie de son contenu, a déclaré lui-même que «l’idée était de réunir en quelque sorte les gens de la classe moyenne, ceux qui ont un travail et une maison, et les gens de modeste condition, des laissés-pour-compte».

Et c’est ainsi que les personnages de Sidi El Houari autour de Zaki, de modeste condition donc, vont planifier et détourner une navette maritime faisant, en été, la liaison entre la ville d’Oran et la commune de Aïn El Turck (pour ses plages) et prendre en otages les passagers. La liaison en question existe depuis peu, mais il ne s’agit nullement d’un bateau de «croisière» où les gens l’empruntent pour «s’amuser», mais pour éviter la congestion de la circulation sur la route de la Corniche.

Tel que le décor est planté, il y a quand même matière à s’attendre à un roman d’aventures, ou du moins d’action avec son lot de péripéties, de retournements de situation, etc. Il n’en est rien. Ce n’est pas non plus une réflexion profonde sur le phénomène des harraga, certes déjà traité mais qui reste à dépoussiérer pour éviter les stéréotypes qui s’y collent, à commencer par la focalisation sur les «déclassés» et, pire encore, sur certains quartiers.

Les personnages manquent de consistance. Ils ne sont en tout cas pas assez construits pour permettre à cette magie de l’identification d’opérer chez le lecteur. «Ils l’ont fait à contrecœur, car leur but c’était juste d’atteindre l’autre rive de la Méditerranée», indique par ailleurs l’auteur au sujet de l’acte de «piraterie» (si on peut l’appeler ainsi) commis avec des armes blanches. Etant donné l’ambition affichée, cette empathie et cette justification d’un geste condamnable est paradoxale et pose problème et ce n’est pas pour des considérations morales.

En effet, ces «laissés-pour-compte» sont en plus dépossédés par l’auteur de cette espèce d’héroïsme qui consiste, en connaissance de cause et même s’ils croient n’avoir rien à perdre, à aller par eux-mêmes, sans entraîner personne, affronter la mort au large. Beaucoup n’ont pas survécu, d’où cet aspect tragédie qui ne colle évidemment pas au style choisi dans le livre.

Lors de cette rencontre-débat avec l’auteur, une bonne partie des discussions a tourné autour du bon usage de «l’imparfait du subjonctif». Mais il faut peut-être revenir en arrière pour situer les choses.

Les premiers ouvrages d’un romancier déterminent souvent le gros de son style à venir. Evoqué par une enseignante universitaire, son roman intitulé par N’achetez pas ce livre… c’est une grosse arnaque a été édité chez Dar El Gharb au milieu des années 2000. Le récit commence ainsi : «Le héros de cette histoire s’appelle Poiuytreza Azertyuiop, mais du moment que son nom est chiant et difficile à prononcer, on va se contenter de l’appeler Kurt.» On l’aura compris, dans le premier cas c’est la première ligne du clavier tapée dans les deux sens.

Aussi en inversant Kurt on obtient «truc». Cette insertion suffit (et la suite le confirme) dénote beaucoup plus une soif d’écrire quitte à raconter n’importe quoi que la volonté ou la capacité d’exprimer des choses. Ce récit-là et pas celui-là, où on parle de harraga, se veut hilarant, mais fait néanmoins partie de son histoire en tant qu’auteur et cela même s’il a tendance à le négliger.

Depuis, il a édité trois romans, disons plus sérieux. «Dans mon premier roman (Au secours Morphée !), l’histoire tourne autour d’un couple, dans le second (Vivement septembre), c’est pire, car c’est autour d’une espèce de personnage solitaire mais dans celui-ci, j’ai introduit beaucoup de personnages», répond Akram El Kebir à une question sur les nouveautés apportées dans Les fleuves impassibles.

Entre les deux derniers romans, le passage du choix d’un personnage vivant dans une bulle, à la marge de la vie réelle, au choix de privilégier une vie prétendument «communautaire» n’est peut- être pas fortuit.

A la fin du roman Les fleuves impassibles, le personnage (le laissé-pour-compte) sorti de prison, donc absent, tombe nez à nez avec les marcheurs du mouvement du 22 février. Mais en réalité, les rôles sont inversés, on peut tout aussi bien imaginer que c’est plutôt le personnage solitaire vivant dans le cocon livresque du roman précédent qui se réveille au monde en recevant une claque avec l’avènement du hirak. 


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