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Les fêtes, entre paillettes assiettes

28 décembre 2018 à 11 h 01 min

Mouharram, Yennayer mais aussi Noël et jour de l’An… Que fête-t-on en Algérie ? A ce propos, El Watan Week-End est allé à la rencontre d’Algériens et d’étrangers.

En Algérie, l’islam est la religion d’Etat pratiquée par plus de 98% de la population. La culture algérienne est donc marquée par la célébration de fêtes religieuses et de fêtes profanes. Depuis quelques années, la fête de Noël prend de plus en plus de place dans la société algérienne.

La présence de ressortissants étrangers qui célèbrent traditionnellement cette fête est d’ailleurs un élément déclencheur. Or, beaucoup semblent oublier la vraie signification de cette fête. A savoir la naissance du prophète Jésus-Christ (Sayidouna Aïssa pour les musulmans).

Il reste que les avis sont mitigés et même assez controversés. «Cette fête est chrétienne, elle ne correspond pas à la religion de l’islam, mais nous devons respecter les personnes qui souhaitent célébrer la Noël en toute tolérance. Par ailleurs, il n’est pas interdit de leur souhaiter des meilleurs vœux», déclare Ahmed, un musulman pratiquant de 65 ans. Ils sont nombreux à penser que ces coutumes sont une tradition purement chrétienne et que tout ce qui se rapporte à la Noël n’a aucune valeur religieuse dans notre société algérienne ni en islam.

Autrement dit, il y a ceux qui fêtent convenablement ces fêtes chrétiennes et ceux qui sont contre ou du moins sont réticents par conformisme religieux. Mais il semblerait que Noël entre petit à petit dans les mœurs, et ce, dans un esprit de tolérance équilibrée. «Je suis musulmane non pratiquante et pour moi c’est une fête conviviale uniquement. Je le fais pour mes enfants, car ils adorent l’esprit de Noël.

Mais ce qu’ils préfèrent, ce sont les cadeaux», explique Lila, qui fête la Noël. Elle explique que le côté festif et convivial que cet événement peut offrir est ce qui l’a séduite. «Des paillettes, des décorations, des gâteaux. On en trouve de toutes les sortes, particulièrement dans les marchés de Noël», ajoute-elle.

Bûches et embûches

Des marchés de Noël, il y en a désormais à Alger. Installé dans la maison diocésaine d’Alger, dans le quartier d’El Biar, le marché de Noël est installé pour la troisième année consécutive. Bien que cette fête s’adresse à la communauté chrétienne, cela n’empêche pas les Algériens d’y faire un tour.

De plus, les stands sont tenus par des artisans algériens qui viennent exposer et vendre leurs créations. Il en est de même pour les pâtisseries. Aujourd’hui, il n’y en a pas une qui ne propose de bûche de Noël. «Au chocolat, au praliné ou aux marrons glacés, tous les parfums sont proposés.

En aucun cas, je ne me suis sentie dépaysée. Le réveillon de Noël je le passe en Algérie comme je le passerais en France», atteste Marie-Christine, 38 ans, une Française qui travaille dans une entreprise pharmaceutique à Alger. En effet, la bûche déclinée en plusieurs goûts se prépare tout le mois de décembre jusqu’au jour de l’An, car c’est un met qui se déguste également pour cette fête mondiale.

Le chiffre d’affaires des artisans pâtissiers est assez conséquent. D’ailleurs, ils redoublent d’efforts pour satisfaire la demande des clients qui ne cesse d’augmenter. Il faut savoir qu’à cette période de l’année, la frénésie des fêtes est à son comble. Entre ceux qui quittent le pays pour une destination festive, d’autres ont fait le choix de rester chez eux, entourés des personnes qui leur sont chères, autour d’un repas familial bien garni. Karim, un habitué des bons plans restauration, professeur à l’université de Blida, organise chaque année un dîner familial au restaurant.

«Je ne fête plus le jour de l’An comme auparavant, la crise actuelle a hélas limité mon budget de fin d’année. Toutefois, je n’ai pas la folie des grandeurs et, avec peu de moyens, on se retrouve tous ensemble autour d’un bon plat traditionnel.

Le bonheur ne se mesure pas à ce qui est autour, mais plutôt avec qui on est. Le plus important c’est la compagnie et pourquoi pas avec une bûche au chocolat», explique-t-il. Le compte à rebours a commencé. Plus que quelques jours avant d’entendre à minuit tapantes, le 31 décembre, les sirènes de bateaux dans les ports et les fameux feux d’artifices. Plusieurs restaurants affichent déjà complet.

«Le jour de l’An, c’est sacré pour moi, au même titre que Yennayer, sans pour autant que ce soit quelque chose d’extrêmement festif. C’est une occasion de se retrouver et de célébrer une nouvelle année qui nous apportera peut-être plein de bonnes choses», affirme, impatiente, Yasmine, journaliste de 27 ans.

De plus, douze jours plus tard, une nouvelle festivité est attendue en Algérie : Yennayer. Célébrée dans toutes les régions depuis la nuit des temps, elle est liée au calendrier agraire suivi pas les Amazighs à partir de l’Antiquité. Depuis janvier 2018, par un amendement de la Constitution, Yennayer est devenue officielle, en tant que fête légale chômée et payée.

«En tant que musulman pratiquant et Berbère, je célèbre toutes les fêtes religieuses en plus de Yennayer. Je dois donc me plier au rituel des préparations de chacune des fêtes. Il faut dire que les vitrines de magasins décorées de guirlandes affichant des bonnes affaires illustrent parfaitement le déclin de mon portefeuille au détriment d’une soirée de convivialité», avoue Mehdi, cadre dans une entreprise publique.

Avis d’imams

Beaucoup d’Algériens se montrent assez positifs quant à la célébration de ces fêtes. Cependant, certains autres réagissent de façon hostile à ce qu’ils considèrent comme une intrusion «occidentale». Une fête qui n’a aucune valeur religieuse. «Fêter la Noël, c’est fêter la naissance de Jésus-Christ.

Ce n’est pas notre prophète, le seul que nous devons considérer et célébrer est le Prophète Mohamed (salat wasalam). Il est pour moi intolérable qu’un musulman pratiquant soit en mesure de célébrer une fête appartenant à une autre religion que la sienne», déclare Mohamed, 45 ans, commerçant. Entre le haram et le halal, les Algériens sont un peu perdus.

Mais qui mieux qu’un imam ou deux pour mieux clarifier la situation ? L’imam de la mosquée El Qods, Djelloul Kassour, nous a donné son avis sur ces fêtes occidentales qui sont déjà bien ancrées dans la société algérienne. «Effectivement, ces fêtes font beaucoup polémiques, elles n’ont toutefois aucune référence pour les Algériens musulmans et d’ailleurs, aucun d’eux ne se rend à l’église pour les célébrer.

Le 25 décembre et le 1er janvier sont dans leurs habitudes. Mais, aujourd’hui elles ne rentrent plus dans un contexte religieux, car elles sont devenues des fêtes mondiales fêtées par les juifs, les chrétiens, mais aussi les musulmans. Leurs origines ne sont plus une croyance, particulièrement pour le jour de l’An.

Dans notre religion, ces célébrations n’en font pas parties. Nos fêtes religieuses sont connues, elles correspondent à l’Aïd el Fitr après le Ramadan et à l’Aïd El Adha. Yennayer entre également dans les coutumes, elle ne relève pas d’un contexte religieux. C’est uniquement le symbole de l’appartenance au peuple amazigh.

Concernant la bûche de Noël ou de celle du jour de l’An, ce n’est qu’un met sucré parmi tant d’autres. Elle n’entre ni dans la religion ni dans les croyances. Mangez ce qu’Allah vous a fourni de halal», atteste Djelloul Kassour. L’imam est clair : tout est question de foi, finalement. Il ajoute : «Chacun a sa religion, nous ne sommes pas des ennemis.

On ne doit pas utiliser une religion contre une autre. Il est important de préciser que toutes les religions sont venues pures, elles interdisent toutes l’indécence et le vice. Elles ont en commun l’amour, l’entraide et la fraternité. Ce sont ces valeurs qu’il faut encourager dans la société algérienne, mais aussi dans les autres.» L’imam Réda, de son côté, a un avis plus conservateur.

Bien qu’il insiste sur les deux seules fêtes religieuses admises pour les musulmans : «Le Prophète (SAWS) a précisé qu’Allah a admis deux fêtes religieuses : Aïd El Fitr et Aïd El Adha. On parle de «bid3a pour les fêtes occidentales, ce sont des traditions qui ne sont pas les nôtres et que nous ne sommest pas censés suivre. Mais la relation entre les musulmans et les non-musulmans a son importance.

Lorsqu’on vit dans une société qui est à plus de 99% musulmane, il n’est pas question de célébration de fête de Noël. Cependant, lorsque l’on vit dans une autre société comme en France par exemple, un pays à majorité chrétienne, le contexte change.

En Algérie dans les années 1980, beaucoup célébraient la Noël, car ils n’avaient pas réellement conscience de son appartenance à la religion chrétienne. Acheter la bûche à cette période de l’année, c’était suivre les traditions occidentales. Toutefois, si on vous offre un morceau de cette bûche, il est permis de le manger. Ce n’est pas difficile. L’imitation des autres religions pose un problème.

Chacun doit donc célébrer ses propres fêtes, cela permettra d’éviter toute ambiguïté. Jusqu’à présent nous n’avons pas encore vu un non-musulman acheter de mouton et célébrer la fête de l’Aïd par un bon plat de viande. Pour être respecté, on se doit de respecter notre propre religion et nos coutumes.»

Surmonter les anxiétés

En définitive, rien n’est fait de conformisme. Est-il logique de fêter la Noël ? Est-il logique de fêter le jour de l’An ? Est-il logique de manger de la bûche ? Ou encore est-il logique de manger des croissants ? Oui, des croissants : ils ont été créés par les boulangers viennois pour célébrer la retraite des troupes ottomanes après l’échec du siège de leur ville.

Pour rappel, les fêtes religieuses bien connues de nos semblables sont le Mawlid Ennabaoui, célébration de la naissance du Prophète Mohamed (SAWS), l’Aïd célébré à la fin du Ramadan ; la troisième est la «grande fête» de l’Aïd : le jour du sacrifice du mouton.

En ce qui concerne les fêtes nationales, nous avons le 1er Mai (fête internationale du travail), le 5 Juillet (fête de l’indépendance de l’Algérie) et le 1er Novembre (déclenchement de la Guerre de Libération nationale). Au delà des aspects hautement symboliques de la fête, qu’elle soit religieuse, coutumière ou historique, elle est avant tout un moment de rencontre, de détente et de partage, et ce, dans toutes les régions du monde et à toutes les époques.

C’est donc aussi sous cet angle qu’il faut considérer ce phénomène sociologique de même que l’engouement des Algériens et Algériennes à son égard. La fête est aussi une tentative de surmonter les anxiétés…

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