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L’écrivain Olivier Rolin à l’Institut français d’Oran : «On écrit parce qu’on a quelque chose à redire !»

21 avril 2019 à 8 h 30 min

L’Institut français d’Oran a abrité, ces jours-ci, une conférence très intéressante, durant laquelle le public a eu le loisir de découvrir l’écrivain Olivier Rolin.

Cet auteur, né en 1947, a à son actif nombre de romans, largement traduits à travers le monde. Après avoir passé son enfance au Sénégal, il a étudié à l’Ecole normale supérieure.

Parmi ses livres les plus célèbres, on notera : L’invention du monde (1993), Port-Soudan (qui a obtenu le prix Femina en 1994), Tigre en papier (prix France Culture, 2002), et le Météorologue, prix du style en 2014).

Par ailleurs, il travaille en free-lance avec des journaux français, comme Libération et le Nouvel Observateur, et à cela s’ajoute dans son palmarès l’écriture de nombreux récits de voyage, notamment en Amérique du Sud.

Il est venu, la semaine dernière, à la rencontre du public oranais, à l’occasion d’une tournée en Algérie qu’il a effectuée au niveau des différents instituts français.

Le thème de la conférence était «L’écriture et le monde», et la tâche de la modération est revenue à l’écrivain algérien Lazhari Labter. Il faut savoir, comme l’a précisé Lazhari Labter, qu’Olivier Rolin est un grand voyageur, qui a roulé sa bosse à travers le monde, que ce soit en Chine, au Soudan, en Russie et partout ailleurs dans le monde, d’où il est revenu avec des récits bouleversants, dont la lecture ne nous laisse pas indifférents. Lazhari Labter le classe parmi la catégorie d’«écrivains à part», ces écrivains difficiles à classer, tant leurs styles sont singuliers. «Ecrivain baroque, oui, je l’ai été quand j’étais plus jeune, a reconnu Olivier Rolin.

J’aimais l’excès dans la langue, mais il y avait aussi un côté juvénile : on aime montrer qu’on sait faire des sauts périlleux. Dans mes premiers livres, j’étais un peu baroque, et quelquefois même un peu à l’excès. En prenant de l’âge, j’ai tendance à écrire une langue beaucoup plus classique, plus simple, plus immédiatement accessible. Quelquefois, je ne suis pas content de cela !

De toutes les façons, àn chaque moment dans la vie d’un écrivain, tout est toujours sujet à interrogation. J’ai été baroque, je le suis moins. Ecrivain à part, je trouve cette formulation tout à fait juste, mais pas du tout par orgueil.

Je ne rentre dans aucune catégorie. Certains écrivains poursuivent la tradition du nouveau roman, non seulement ce n’est pas mon cas, mais je dirais qu’aucun de mes livres ne ressemble à ceux qui le précèdent, c’est-à-dire il me semble à chaque fois qu’il faut réinventer ce que j’appelle une ‘‘longueur d’ondes’’».

Dans L’invention du monde, son livre le plus salué et considéré comme son meilleur, il a l’ambition d’écrire une journée sur la terre entière. Pour cela, dit-il, il faut qu’à l’intérieur du livre, il y ait beaucoup de styles différents. «On ne peut tout de même pas écrire de la même façon un massacre dans un coin du monde et un défilé de mode au Chili».

D’où la nécessité, à chaque fois, d’adapter son instrument à sa langue. Un jour, il avait déclaré que la littérature n’est faite pour rien d’autre que pour être belle, lui rappelle Lazhari Labter, qui lui signale une sorte de contradiction entre cette déclaration et le contenu de ses livres, qui relatent, à l’instar de son dernier opus le Météorologue, des faits réels, qui mettent en exergue des injustices, des massacres à dénoncer, etc.

Oliver Rolin s’en est défendu : «La littérature n’est pas faite que pour être belle, mais il ne faut jamais qu’elle oublie de l’être! Presque tout le monde peut raconter une histoire.

Les séries-télé en racontent, les cinéastes en racontent. Bien sûr que la littérature doit aussi raconter quelque chose, mais pour qu’elle soit quand même un art, il faut s’efforcer qu’il y ait de la beauté verbale dedans. De ce point de vue là, je pense comme Flaubert, qui était un maniaque de la langue, au point où, disait-il, il lui arrivait de passer une journée entière à la recherche d’une phrase.

Qu’est-ce qu’une phrase, sinon cette chose muette, blanche et noire qui n’a pas de couleur, pas de relief, pas de sensualité, c’est juste des caractères. Mais pour qu’à partir de ça naisse une image qui elle-même soit colorée, qui ait un charme, une attraction, il faut avoir une attention extraordinaire au choix des mots».

Olivier Rolin, qui a longtemps écrit sur du papier avant de passer à l’ordinateur, a raconté à l’assistance une anecdote concernant le manuscrit de son ouvrage L’invention du monde, qui se trouve aujourd’hui à la bibliothèque nationale française…tâchée de sang.

«Dans ce manuscrit, celui de l’invention du monde, il y a même des pages qui éclaboussées de sang. Non pas que j’ai commis un crime, c’était un soir de mélancolie où, dégoûté de tout, y compris du livre que j’écrivais, j’ai pris un couteau pour marquer mon mécontentement. Je l’ai planté sur la table, et le manche a glissé, et la lame m’est passée à l’intérieur du doigt, et donc, il y avait du sang partout».

De nature mélancolique, cet écrivain dit écrire à cause d’une insatisfaction. «On dit d’un type qu’il est dérangé, instable, mais ça veut dire qu’au lieu de rester bien rangé dans son coin, il va là où on ne l’attend pas.

Je pense que certains écrivains, dont je suis, sont un peu dérangés, instables, insatisfaits. On écrit parce qu’on trouve quelque chose à redire !».

Il faut noter que les livres d’Olivier Rolin, au nombre de 25, ne sont que très peu distribués en Algérie, mais ils devront être disponibles (d’une moins une partie) au sein des instituts français très prochainement.

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