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L’écrivain-journaliste Mouloud Achour succombe à la covid-19 : En tout honneur

26 décembre 2020 à 10 h 20 min

Si l’un de mes compatriotes me rappelait au mieux la figure idéale du gentleman britannique, c’est bien Mouloud Achour qui nous a quittés jeudi dernier à l’âge de 76 ans. Par son physique déjà, ses vêtements ensuite – toujours impeccable, coutumier de la chemise blanche et de la cravate, mais dans une parfaite décontraction d’ensemble.

Par son flegme légendaire qui arrivait à cacher une énorme capacité de travail. Par sa discrétion et une rare élégance des relations humaines, courtoisie et marques d’attention à l’égard de tous. Par son humour extraordinaire, pince-sans-rire, truffé de plaisantes allusions, de jeux de mots et de calembours qu’il vous servait avec un naturel désarmant de sa voix feutrée au débit mesuré.

Il ne lui manquait que le chapeau melon et la canne d’apparat pour incarner ces personnages londoniens qui ont peuplé l’imaginaire de la fin du XIXe et du début du XXe siècles à travers films et romans. Et je m’amusais parfois à l’imaginer dans le rôle du docteur Watson. Mais mes élucubrations butaient quand même sur sa naissance dans un village de Kabylie vers la fin de la Seconde guerre mondiale.

So british

En fait, il n’était certainement pas dans la posture d’imiter un modèle étranger et il s’inscrivait naturellement dans cette réalité qui veut qu’un Algérien contemporain puisse aussi paraître so british en se contentant d’ancrer sa modernité dans des valeurs ancestrales. Ce mélange de sagesse à l’ancienne et d’érudition universelle, c’était tout ce cher Mouloud Achour et, en perdant la magnifique personne qu’il était, on ne réalise peut-être pas assez que nous perdons aussi un pilier de la vie culturelle nationale.

Un pilier effacé mais d’une incroyable influence. Ne dit-on pas que les «hommes d’influence» se définissent d’abord par leur répugnance à se placer aux devants de la scène ?

C’est peut-être d’ailleurs ce qui permet leur influence. Depuis jeudi, notices biographiques et hommages rendent compte des principales étapes de son parcours : sa carrière journalistique (El Moudjahid, Algérie Hebdo, Liberté) ; ses fonctions plutôt éphémères dans les institutions culturelles (président du comité de lecture des scénarios de la TV nationale ; secrétaire permanent du Conseil national de la culture en 1990-91 ; chef de cabinet du ministre de la Communication en 1991-92, plus tard responsable du Département Livre durant l’Année de l’Algérie en France, 2003) ; et son poste de directeur éditorial à Casbah Editions qu’il a exercé avec constance,y compris depuis qu’il avait commencé à combattre sa maladie.

Enfin, figurent la douzaine de livres qu’il a écrits où dominent nouvelles et récits dans un style épuré plutôt classique, un sens affirmé de la narration et une maîtrise élevée de la langue. Lui qui s’est attaché à promouvoir et publier tant d’écrivains et artistes, s’est toujours gardé d’assurer sa propre visibilité d’autant que les genres qu’il pratiquait demeurent injustement négligés par rapport au roman, comme si la qualité d’une œuvre dépendait de son genre éditorial. Pour ma part, j’aimerai souligner de plus l’expérience formidable entre mai 1969 et juin 1977 qu’il avait lancée et dirigée à travers le supplément culturel d’El Moudjahid.

Noircir le passé

On a coutume de noircir de manière absolue le passé de la presse et de la télévision publiques en tant qu’appareils idéologiques d’État. On ne rend pas justice ainsi aux belles choses qu’elles ont pu cependant charrier en dépit de contraintes énormes grâce à l’engagement professionnel et éthique de nombreux journalistes.

C’est le cas de ce cahier hebdomadaire détaché, paraissant le mercredi, si je m’en souviens bien, et que l’on doit essentiellement à Mouloud Achour.El Moudjahid Culturel fut alors une bouffée d’air journalistique ainsi qu’un tremplin des nouvelles expressions littéraires, théâtrales, cinématographiques, etc.

C’est là que Tahar Djaout apparut publiquement pour la première fois, tandis que plusieurs autres écrivains et poètes déjà connus ou en devenir, y publiaient des réflexions et articles, à l’image de Abdelhamid Benhaddouga,Djamel Amrani, Abdallah Laroui, Abdelkader Djemaï, Tayeb Mefti, Laadi Flici, Safia Ketou, Hamid Nacer-Khodja, Mustapha Toumi, Himoud Brahimi alias Momo, Jamel Ali-Khodja et tant d’autres encore. La caractéristique de ce supplément est qu’il publiait aussi des textes littéraires, nouvelles et poèmes. De même, il faisait appel aux professionnels de chaque discipline.

Pour le théâtre par exemple, on pouvait y lire des contributions de Allalou et Mahieddine Bachetarzi, fondateurs de cet art en Algérie, comme de Abdelkader Alloula, Mustapha Kateb, Slimane Benaïssa, Taha El Amri ou Sid Ahmed Agoumi. Tout cela dans une remarquable ouverture d’esprit qui englobait les expressions en langues française et arabe avec des amorces sur la dimension amazighe du champ culturel.

Assia Djebar contribua par des extraits d’œuvres en cours comme par des interviews. Nombre de journalistes ont fait leurs premiers ou seconds pas dans le supplément EMC (Boukhalfa Amazit, Abdelkrim Djaâd, Abrous Outoudert, Noureddine Merdaci…) devenu alors une référence et un creuset de débats sur la création et la diffusion culturelles en Algérie.

C’est à cette époque que j’ai eu l’honneur de connaître Mouloud Achour et de le considérer ensuite comme mon aîné dans le journalisme culturel. J’étais encore lycéen et j’allais le harceler pour faire paraître quelques écrits. Invariablement, il m’offrait un café au Palma ou au Strasbourg. Je n’oublierai jamais son écoute et sa bienveillance à une époque où existait encore le parrainage des anciens, ce qui a tragiquement disparu des rédactions actuelles.

De nos innombrables discussions de vive voix ou au téléphone, je ne l’ai jamais entendu, pas même d’un centilitre, «remplir des bouteilles» sur le dos d’un confrère ou d’un créateur, ce qui est devenu hélas un sport répandu. Si l’on veut lui rendre hommage tout en faisant œuvre utile,qu’on édite donc le recueil des 248 numéros d’El Moudjahid Culturel qui contiennent une part importante de notre histoire artistique et culturelle.

Il en fut l’artisan et l’âme avec toute «la classe» apparemment britannique mais foncièrement algérienne qu’il incarnait.

 

Belhimer adresse ses condoléances à la famille du défunt

Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, a présenté ses sincères condoléances et exprimé ses profonds sentiments de compassion à la famille du défunt écrivain et journaliste Mouloud Achour, décédé, jeudi, à l’âge de 76 ans. M. Belhimer a également adressé ses condoléances à toute la corporation de la presse. Né en 1944 à Tizi Ouzou, Mouloud Achour a été journaliste dans les rédactions d’El Moudjahid, Algérie Hebdo et Liberté en plus d’avoir travaillé à la télévision nationale et dans les secteurs de la culture et de la communication. C’est en 1971 qu’il publie son premier recueil de nouvelles Le survivant qui sera suivi de Héliotropes et Les dernières vendanges. En 2016, il avait signé son dernier ouvrage en tant qu’auteur intitulé Un automne au soleil.Mouloud Achour a longtemps travaillé dans le domaine de l’édition littéraire avec les éditions Casbah.   APS


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