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Le TTO, les tréteaux d’Oran : Le dynamisme du présent succède à la gloire des temps passés

10 août 2020 à 9 h 25 min

Le Théâtre des travailleurs d’Oran fondé au milieu des années 1970 n’est plus ce qu’il était mais ceux qui ont repris le flambeau sous la bannière de l’association El Amel sont aujourd’hui toujours dotés de la même volonté de transmettre et d’insuffler chez les jeunes l’amour de la scène.

«Je peux le dire, nous sommes une association marathon car nous n’avons jamais cessé d’activer malgré les embûches et les entraves qu’on a parfois dressées face à nous», indique Mohamed Mihoubi, président de l’association depuis le début des années 2000 succédant à son ami et complice Mohamed Belfadel. «J’ai découvert le théâtre en 1978 lors d’une colonie de vacances, et on m’a tout de suite dit que j’avais une vocation et qu’il était préférable d’intégrer une troupe amateur, et c’est ainsi qu’à l’âge de 10 ans (j’en ai 52 aujourd’hui et c’est trop !), j’ai intégré le TTO d’abord en tant qu’élève apprenant», rappelle-t-il aujourd’hui dans ces mêmes locaux fermés au public pour cause de pandémie.

Mais c’est pour signifier que, depuis cette date, il n’a jamais cessé d’activer dans le domaine soit en tant que comédien, soit en tant que formateur ou alors en tant qu’organisateur d’événements liés au quatrième art. «Ahmed Laidi qui animait la troupe à l’époque m’a enseigné le théâtre, aussi un peu plus tard, les mathématiques à une étape de ma scolarité», ajoute Mohammed Mihoubi qui se souvient même d’avoir été, au milieu des années 1980, sélectionné par Abdelkader Alloula pour lui confier un rôle dans une de ces pièces mais que son mentor a refusé car il devait passer son bac et que c’était la priorité pour l’adolescent qu’il était.

Le TTO installé dès le départ sur la rue Embarek El Mili dans les locaux de l’ancien «Automobile Club» était en quelque sorte l’antichambre du TRO, mais la troupe montait ses propres pièces et ses animations.

Plus âgé, Houari Bouchebat se souvient bien de cette période faste du théâtre amateur ou du théâtre tout court autant ici à Oran que partout ailleurs en Algérie. Elève de Kadour Belkhemassa au conservatoire qu’il a fréquenté pendant trois ans à partir de 1975, il a, juste après, intégré la troupe du TTO qu’il a fréquenté pendant plusieurs années avant de se retirer pour monter sa propre troupe au milieu des années 1990.

Entre temps, la plupart des membres fondateurs étaient déjà partis, à l’instar du principal animateur Ahmed Laidi qualifié de «Timonier de la troupe» qui s’est installé en France. Il se souvient que la troupe en elle-même était formée en général d’une vingtaine de membres, et lorsque certains partaient d’autres venaient et ainsi de suite.

La première pièce à laquelle il a participé était intitulé Meftah el Djarima. «Nous participions bien sûr au Festival du théâtre amateur de Mostaganem, mais nous allions nous produire un peu partout et j’insiste particulièrement sur les communes car notre volonté était d’aller faire profiter un public qui ne pouvait pas, pour des raisons diverses, fréquenter les salles de théâtre de la ville», précise Houari qui rappelle à titre anecdotique la fois où la troupe a dû se produire sur la remorque d’un camion faute de lieu adéquat.

Il ajoute : «Ce n’était pas un théâtre qui se souciait trop de l’esthétique mais plutôt de l’engagement en faveur du progrès, et c’est pour cela que, aussi diverses étaient les thématiques traitées, il fallait toujours avoir un message à transmettre.»

Les troupes étaient également polyvalentes comme lorsqu’elles accompagnaient les étudiants lors des campagnes de volontariat dans les milieux paysans et les fermes agricoles pour proposer des spectacles de musique et de théâtre. Pour lui, les thèmes se rapportaient à la classe ouvrière mais aussi à la jeunesse et tant d’autres problèmes sociaux tels que la délinquance, la marginalisation, etc.

C’est justement grâce à cette expérience qu’il s’est mis à l’écriture après avoir monté sa propre troupe qui a joué notamment la pièce Rih el Alla, une saga historique couvrant la période allant de la mort de Boumediène à l’avènement de l’ère Bouteflika en 1999. «A l’époque, nous étions solidaires entre nous et un climat sain régnait entre les troupes autant ici à Oran que partout ailleurs en Algérie et il y en avait énormément», indique-t-il en nommant des dizaines de troupes et compagnies locales ou nationales. «Aujourd’hui, les gens se détestent et s’envient un phénomène aggravé lors de la distribution des subventions et pourtant il ne reste pas grand monde sur le terrain», déplore-t-il en considérant qu’avec Mihoubi et Belfadel, qui ont d’une certaine façon repris le flambeau, l’association El Amel est l’une des rares qui se soucie encore de la formation des jeunes. Khassani, Lahlou, Zoubir, le regretté Mohamed Djdid (dit Houari El Amdjad pour le trio incluant Bekhta) et tant d’autres sont tous sortis de cette école, sans parler des plus anciens comme Mustapha Himoun et son acolyte Hazim qui ont également fait leurs premiers pas au sein du TTO.

L’histoire retiendra l’initiative de l’association El Amel, en collaboration avec l’ancien collectif des journalistes d’Oran animé par Slimane Bessaieh, d’avoir organisé dans les années 1990 le Festival du rire en hommage à l’artiste Kahlaoui. La même association a également organisé plusieurs éditions du festival de théâtre et de tourisme.

Pour ce dernier cas, la réputation de l’association était telle que la troupe de Tlemcen qui a monté un classique du phénomène de la ‘‘harga’’ (à l’époque, cela consistait seulement à embarquer clandestinement dans un navire de marchandise) mettant en scène des aventuriers qui se retrouvent débarqués dans une autre ville côtière mais toujours en Algérie, a introduit, par le truchement de la récupération d’un message d’une bouteille à la mer, une parade improvisée stipulant : «A l’aide, l’association de Mihoubi cherche subvention désespérément !».

La même association a également tenté d’impulser une dynamique pour un théâtre de rue, mais l’initiative n’a pas eu l’aval des autorités et l’initiative est restée sans lendemain faute d’autorisation. Plus récente, l’une des réussites de l’association reste le théâtre de poche. Une petite salle aménagée avec scène à l’intérieur du local et qui fait produire de jeunes talents dans le domaine du one-man-show.

Les spectacles sous l’intitulé générique «Makhbar (Laboratoire) comédie» ont été filmés et les meilleurs d’entre eux ont été diffusés par la télévision algérienne. Aujourd’hui, les animateurs doivent gérer 1000 dossiers de demande de formation, ce qui est énorme pour une association. C’est le fruit d’une stratégie adoptée sur trois axes que sont la production de spectacles, la formation mais aussi la recherche. Pour le premier cas, depuis un certain temps, on s’est orienté vers le travail individuel. Mohamed Mihoubi en a expérimenté plusieurs dont le premier, Nar Fi imaratina (Le feu dans notre immeuble), a eu beaucoup de succès.

On se vante d’avoir été les premiers en Algérie à avoir organisé des stages et des spectacles de théâtre d’improvisation qui consistent à faire affronter sur scène et autour de thématiques choisies au hasard des groupes de comédiens.

C’est l’esprit novateur qui est mis en avant à l’exemple des tentatives qui ont consisté à introduire des projections gérés par ordinateur dans certains spectacles. En résumé, pour Mohamed Mihoubi, le théâtre ne doit pas rester figé et stationnaire mais doit aussi tenir compte des avancées technologiques.

A ce propos, il est intéressant de relever le fait qu’ayant jugé que le terme «travailleurs» du TTO ne correspondait plus à l’ère du temps, on a depuis longtemps tenté de le remplacer par le terme «technologique» donnant ainsi la dénomination Théâtre technologique d’Oran, et c’est sans doute pour rester fidèle aux pères fondateurs, ne serait-ce que dans la symbolique de l’acronyme.

Mais à propos de technologie, c’est en ayant justement privilégié cet état des choses que l’association n’a pas eu de mal à continuer à activer avec beaucoup de succès durant toute cette période de confinement. On dénombre 5 concours organisés sur Internet concernant l’improvisation, le théâtre individuel, le théâtre pour enfants, etc. On dénombre également une trentaine de conférences couvrant des thématiques diverses mais aussi une quarantaine d’émissions diffusées en direct sur les réseaux sociaux.

Pour l’avenir, une subvention leur a été allouée par le ministère de la Culture pour un spectacle et un concept intitulé âaraba oua hikayate. En conclusion, dira Mihoubi, «nous avons rencontré beaucoup de problèmes par le passé et que nous ne pouvions pas révéler à l’époque mais nous avons survécu». Et de quelle manière !



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