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De nos montagnes aux coulisses de l’ONU, de Karim Younes : Le front diplomatique de l’Algérie combattante

16 novembre 2020 à 10 h 17 min

Le dernier livre de Karim Younès revient sur la bataille diplomatique engagée par le FLN durant la Révolution parallèlement à la résistance armée .Dans ce travail de mémoire, l’auteur rappelle ce que l’indépendance doit à l’activisme, sur la scène internationale, de ces émissaires du FLN historique qui ont été de brillants ambassadeurs de la cause algérienne : Aït Ahmed, M’hamed Yazid, Abdelkader Chanderli, Lamine Debaghine, Saâd Dahlab, Mohamed-Seddik Benyahia, Tayeb Boulahrouf…

 

Ces soldats algériens en ‘‘cols blancs’’, ces diplomates, enfants du peuple, opprimés, et dont les veines sont irriguées du sang des ancêtres résistants, ont gagné la bataille de l’internationalisation menant vers l’indépendance nationale de ce pays meurtri par 132 ans d’occupation injuste, oppressive, inhumaine. Ils méritent que leur histoire soit écrite pour que les générations à venir apprennent mieux le combat de leurs aînés. Puisse ce modeste ouvrage répondre en partie à ce vœu !»

Ce passage clôt le dernier livre de Karim Younès : De nos montagnes aux coulisses de l’ONU (éditions ANEP, 2020). Il résume on ne peut mieux le propos de cet opus qui revient sur la bataille politique engagée durant la Révolution sur le front international sous l’impulsion de l’appareil diplomatique du FLN parallèlement à la résistance armée.

Karim Younès soutient d’emblée que le premier à avoir jeté les bases de l’action politique anticoloniale était l’Emir Khaled : «Incontestablement, écrit-il, l’Emir Khaled (1875-1936), petit-fils de l’Emir Abdelkader, figure parmi les premiers Algériens à proclamer haut et fort la nécessité de s’affranchir de la situation de colonisé et d’engager le combat politique pour la libération de l’Algérie du joug colonial, dans les conditions et avec les moyens de l’époque.» L’auteur relève qu’«au lendemain de la fin de la Première Guerre mondiale, lors de la réunion de la Société des Nations (SDN) à Paris, l’Emir Khaled réussit à introduire une pétition dans laquelle il rappelle la nécessité de faire bénéficier l’Algérie du principe du ‘‘droit des peuples à disposer d’eux-mêmes’’».

Dans la foulée, naît en 1926 l’ENA, l’Etoile Nord-Africaine, qui va incarner le combat indépendantiste.
L’ancien président de l’APN retrace ensuite méthodiquement l’évolution du mouvement national et les différentes tendances politiques de l’époque face au fait colonial.

Le 11 mars 1937, Messali Hadj crée le PPA. Le MTLD voit le jour en 1946, et dès 1947, le noyau dur du courant nationaliste va se structurer autour de l’OS, l’Organisation spéciale, qui formera l’ossature du CRUA puis du FLN. L’auteur cite abondamment Hocine Aït Ahmed, l’un des pionniers de l’action politico-diplomatique de l’Algérie combattante. Il évoque son fameux «rapport de Zeddine» de décembre 1948 dans lequel Aït Ahmed insiste sur «l’importance de la recherche d’un soutien international afin d’isoler la France et ses alliés».
«L’ONU, une tribune privilégiée»

Karim Younès note que «dès le déclenchement de la Guerre de Libération le 1er Novembre 1954, l’action en direction de l’opinion mondiale devient l’un des premiers engagements du FLN, l’ONU étant la tribune privilégiée». Et de citer une nouvelle fois Aït Ahmed qui préconise : «La bataille doit être gagnée sur le front de l’opinion mondiale et des lois internationales liées notamment aux droits de l’homme.»

La réponse de la France au séisme du 1er Novembre ne se fera pas attendre. François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, fait savoir au lendemain des premières opérations marquant le déclenchement de la Guerre de Libération nationale : «L’Algérie, c’est la France. La seule négociation, c’est la guerre !»

L’année 1955 sera cruciale. Sur le front interne, il y a eu l’offensive du 20 août 1955 dans le Nord constantinois qui va donner une base sociale à l’ALN, grâce, notamment, au soutien de la paysannerie. Mais quatre mois avant cette offensive, il y a eu la fameuse conférence de Bandoeng, en Indonésie, qui s’est tenue du 18 au 25 avril 1955. L’Algérie y est «représentée par Hocine Aït Ahmed et M’hamed Yazid». «A Bandoeng, les Algériens venaient d’accomplir le premier acte fondateur de la diplomatie qui les mènera vers la consécration ultime : l’indépendance», observe l’auteur.

Il ajoute que Bandoeng «marqua l’entrée de l’Algérie sur la scène internationale». Dans le sillage de cette grand-messe tiers-mondiste, «le CCE puis le GPRA ont décidé de déléguer systématiquement des missions dans les principales conférences internationales, notamment celles organisées dans le cadre du mouvement naissant des pays non-alignés», souligne Karim Younès.

Et de préciser que «trois mois après cette rencontre historique pour les pays du Tiers-monde, 14 chefs d’Etat demandent officiellement au secrétaire général de l’ONU l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de la session de l’Assemblée générale des Nations unies». Cela va se concrétiser «dès l’automne 1955, ce qui constitue en soi un succès indéniable, moins d’un an après le déclenchement de la lutte armée».

Le 15 février 1957, l’Assemblée générale de l’ONU vote une motion sur l’Algérie qui proclame : «Ayant entendu les déclarations de diverses délégations et discuté la question algérienne, considérant la situation en Algérie qui cause beaucoup de souffrances et de pertes en vies humaines, (l’Assemblée générale des Nations unies) exprime l’espoir que, dans un esprit de coopération, une solution pacifique, démocratique et juste sera trouvée par des moyens appropriés, conformément aux principes de la Charte des Nations unies.» Et l’auteur de commenter : «Pour les historiens avertis, la victoire algérienne, qui comprend le recouvrement de la souveraineté nationale et l’indépendance en 1962, a incontestablement été diplomatique et ce, après avoir posé le problème militairement en 1954.»

Désormais, les couloirs et les coulisses de l’instance onusienne vont se faire bruyamment l’écho du soulèvement du peuple algérien : «Le groupe afro-asiatique présenta, chaque année à l’Assemblée générale de l’ONU de 1955 à 1962, un projet de résolution de son comité spécial pour l’Algérie, préparé par les représentants du FLN.»
Autre geste politique majeur : la création du GPRA le 19 septembre 1958. «Après trois années de lutte sur le sol national et dans les représentations extérieures, l’histoire marquera l’introduction officielle du GPRA sur la scène onusienne avec un projet de résolution en vertu duquel l’Assemblée générale a reconnu le droit du peuple algérien à l’indépendance, tout en prenant note de la disposition du GPRA à engager des négociations avec le gouvernement français», peut-on lire dans cet ouvrage richement documenté. «Ce succès, indique l’auteur, a été rendu possible grâce notamment aux efforts des représentants du FLN à Washington et auprès de l’ONU à New York.»

Aït Ahmed, M’hamed Yazid, Chanderli, Benyahia, Mehri, …

S’appuyant sur le précieux témoignage de Rédha Malek consigné dans son ouvrage, L’Algérie à Evian, Karim Younès en reproduit des passages pertinents qui renseignent rigoureusement sur cette action diplomatique d’envergure lancée par les dirigeants de la Révolution. Dans le livre de Rédha Malek repris par l’auteur, il est ainsi précisé que le FLN qui «dès le début de la Révolution a ouvert des représentations au Maroc, en Espagne, en Suisse, s’était implanté dans les pays scandinaves et dans quelques pays arabes». Et d’ajouter : «C’est cette même année (1956) qu’il ouvrit le bureau de New York qui allait jouer un très grand rôle dans la lutte diplomatique.»

Cet autre passage édifiant du témoignage de Rédha Malek convoqué par l’auteur résume remarquablement cette bataille engagée par le FLN sur le front diplomatique : «Composée des responsables de la première heure, la délégation extérieure du FLN, installée initialement dans les bureaux du Maghreb au Caire, s’étoffa au fil des ans pour constituer un véritable appareil diplomatique que beaucoup de pays nouvellement indépendants pouvaient envier au FLN : Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed, auxquels sont venus s’ajouter le docteur Lamine Debaghine, Abdelhamid Mehri, M’hamed Yazid, Ferhat Abbas, le docteur Ahmed Francis, Ahmed Tewfik El Madani», écrit Rédha Malek. Il poursuit : «Logistique, information, contacts avec les chancelleries, tournées dans différentes capitales, participation aux conférences internationales, délégation chaque année pour la session de l’ONU constituent l’essentiel des activités.»

Le 19 décembre 1960, à un moment où les manifestations populaires du 11 Décembre 1960 étaient encore dans tous les esprits pour avoir profondément ébranlé le pouvoir colonial, «l’ONU proclame le droit à l’autodétermination du peuple algérien». Pour Karim Younès, il ne fait aucun doute que cette résolution représente «une grande victoire pour le peuple algérien qui voit à travers cette déclaration la fin d’un calvaire qui a duré 130 ans».

C’est aussi une victoire pour «ces soldats en ‘‘cols blancs’’» qui ont porté la voix de la Révolution dans tous les cercles et les cénacles diplomatiques. Karim Younès n’a pas manqué de retracer le parcours de quelques-uns de ces diplomates chevronnés : M’hamed Yazid, Abdelkader Chanderli, Lamine Debaghine, Saâd Dahlab, Mohamed-Seddik Benyahia, Tayeb Boulahrouf …

L’ancien président de l’Instance nationale de dialogue et de médiation, et qui occupe à l’heure actuelle le poste de médiateur de la République, a tenu à rappeler par ailleurs le rôle joué par l’équipe de foot du FLN, créée en avril 1958, qui a donné un retentissement spectaculaire à la cause algérienne grâce à la renommée de ces joueurs de légende qu’étaient les Makhloufi, Zitouni, Maouche, Bentifour, Boumezrag, Boubekeur, Kermali, etc.
Karim Younès a un mot également pour les femmes et hommes de culture qui n’ont pas hésité à se jeter dans ce combat pour la liberté. «Les artistes et hommes de culture ne furent pas en reste, écrit-il.

Outre les actions conduites sur le champ de bataille qui ont valu à bon nombre d’entre eux internements et tortures, à l’image des comédiens Mohamed Touri ou Habib Réda, responsable de haut niveau dans la Zone autonome d’Alger, de la célèbre chanteuse Fadhila Dziria, un nombre important d’hommes de théâtre, de chanteurs, de musiciens, d’auteurs-compositeurs, ont également rejoint la Tunisie pour constituer la première troupe nationale algérienne.»

Et de souligner : «Sous la direction de Mustapha Kateb, la troupe embryon du futur Théâtre national algérien, qui regroupait des artistes parmi les plus renommés comme Ahmed
Wahby, Hssissen, Farid Ali, Abdelhamid Ababsa, Abdelhalim Raïs, Hadj Omar, etc., se produisit sur de nombreuses scènes mondiales et connut des succès mémorables.»

Karim Younès. De nos montagnes aux coulisses de l’ONU. Préfacé par Hassane Rabehi. Ed. ANEP, 2020. 213 p. 850 DA.

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