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Mohamed-Chérif Lachichi. Journaliste et écrivain

Le complexe du pouvoir et son cynisme sont désormais très ancrés dans les mentalités

05 octobre 2018 à 1 h 38 min

Il est l’auteur du roman La Faille, Editions à paraître aux éditions L’Harmattan. Il s’agit de son premier roman.

– Votre premier roman La Faille, qui sera prêt pour le SILA, raconte l’histoire d’un taulard, évadé de prison, et qui est pris dans l’engrenage d’un pays en crise. Pourquoi un tel choix ?

«Ecrire pour sortir de l’enfer» disait Artaud. A l’image du héros du roman, j’ai choisi de m’attaquer à cette fiction pour voir au-delà des murs de l’immense prison qui nous entoure.

Au sens métaphorique, cette «prison» c’est l’ennui quotidien, l’exil intérieur, l’absence de perspectives, la mal-vie qui sclérosent notre jeune et beau pays. Doit-on rappeler également que, chez nous, nul n’est à l’abri d’une «embrouille» ou d’un abus de pouvoir pour se retrouver illico-presto en prison ?

Certes, on n’a pas les chiffres, mais des innocents et de faux coupables en détention, il doit y en avoir certainement. Incarcéré sous de fausses allégations, notre taulard n’aura d’autre issue que de s’évader à la première occasion. Il entreprend alors sa cavale presque par désespoir…

– La violence est omniprésente dans le texte. L’histoire nationale de ces dernières années imprègne les faits et gestes des personnages, surtout, le héros, qui «va faire une rencontre surprenante, une de celle qui change un destin».

La violence est partout ! C’est une tendance morbide qui s’est installée dans la société. D’un côté, on use et on abuse de la violence légale pour garder le pouvoir, et de l’autre, on dénonce les injustices et les dérives des élites tout en aspirant secrètement à en faire partie. Le complexe du pouvoir et son cynisme sont désormais très ancrés dans les mentalités. Et là aussi, le malaise social et les intimidations en tous genres échapperont aux statistiques.

Malgré ses ravages, la violence, ce mal insidieux et multiforme, ne constitue pas encore une réelle préoccupation. Comme si on voulait donner raison à tous ceux qui prétendent, ici et là, que la violence est «culturelle», voire innée chez nous. Cela dit, vous conviendrez avec moi que nous vivons véritablement dans un pays dangereux. Les experts doivent d’ailleurs nous éclairer sur les causes de ce phénomène.

Est-ce un résidu du terrorisme ou la conséquence des agressions coloniales ? Ou est-ce les deux ? Pour ma part, je me refuse à l’idée qu’on soit mal-nés. On est des êtres humains comme les autres avec tout ce que cela comporte comme bêtise humaine.

– Il y a des passages sur le football. C’est l’occasion pour le narrateur de s’interroger sur cette autre religion qui fascine l’un des personnages, Kaddour CRB, mais aussi, vous en conviendrez, tous les Algériens. Vous ne manquez pas l’occasion d’étriller les fans de ce sport. Pourquoi ?

Surtout ne dites pas ça ! Vous allez me mettre à dos le monde entier. Je les aime bien moi les supporters de foot ! (rires). Même s’ils ne vous connaissent pas, ils engagent volontiers avec vous la conversation sur le match de la veille ou celui à venir. Avant, on parlait de la pluie et du beau temps, aujourd’hui, c’est le foot.

C’est d’une banalité insupportable. Le pire néanmoins est que lorsque l’on parle foot, l’ombre de la «chkara» n’est jamais loin. Celle du pouvoir politique aussi. La violence n’est pas en reste : les jours de grands matchs comme par exemple les derbies, mêmes ceux qui tirent les ficelles sont sur le qui-vive et craignent les débordements.

Les incidents en marge des rencontres de foot sont devenus si courants que le dispositif de sécurité est quasiment, à chaque fois, anti-insurrectionnel. La ville est alors en état de siège. Cette situation, un véritable psychodrame s’il en est, montre à quel point les «footeux» peuvent être manipulables à souhait…

– L’influence du journalisme est là. L’écriture est imprégnée du style propre au métier que vous continuez à exercer…

Vous savez, quand un journaliste, habitué à couvrir l’actualité, décide d’écrire un roman, il ne peut dès lors que prendre du recul, de la distance, sinon de la hauteur. Cela n’est pas toujours facile, du reste. La réalité à laquelle vous vous consacrez quotidiennement finit par vous rattraper au détour d’une phrase, une allégorie.

Vous avez beau vouloir y échapper, la réalité s’insinue toujours dans vos mots et vos personnages. Pour un premier roman, on va dire que c’est une fiction très inspirée de la réalité. Il ne pouvait en être autrement.

– D’autres projets en vue ?

Je travaille sur un texte théâtral autour d’une rencontre improbable entre Saint Augustin et l’Emir Abdelkader. L’idée est de réunir malgré le temps qui les sépare et qui nous sépare, ces deux figures de l’histoire algérienne aux univers de prime abord différents mais en réalité pas si éloignés. En effet, ces deux intelligences humaines, éclairées par la foi, au hasard d’une rencontre, qu’auraient-ils pu se dire ?

Cette production se propose de redonner vie aux deux célèbres personnages au cours d’une conversation fidèle à leurs pensées respectives. Le texte, qui doit puiser sa substance dans les citations des deux auteurs est destiné à être théâtralisé et d’en faire un spectacle vivant.

 

– Mohamed-Chérif Lachichi a exercé tout d’abord dans le secteur public économique pour entamer dès les années 90, une carrière de grand-reporter dans la presse écrite algérienne. Après avoir signé son premier roman, ce natif d’Annaba, dans l’Est algérien est toujours journaliste.


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