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Communication sur le cinéma animée par Ahmed Bejaoui à Cherchell : L’apport de la diaspora au 7e art

17 novembre 2021 à 10 h 11 min

L’événement culturel a été organisé par l’association Le Fort de Cherchell. Avant d’entamer sa conférence qui avait été suivie par un débat, Ahmed Béjaoui tenait à déclarer à l’assistance : «Votre magnifique ville me rappelle de merveilleux moments. Je suis venu en 1968 ici pour animer un forum sur le ciné-club au complexe touristique Mer et Soleil. Cherchell avait abrité un Congrès de cinéastes et documentalistes du monde entier au cinéma Rex. Je venais très souvent avec mon ami Mounir Bouchenaki dans cette ville.»

En 2021, il ne reste aucune trace des deux salles de projection, Rex et Ton Ciné, en plus le complexe touristique Mer et Soleil s’est transformé en un dépotoir, rongé par l’insalubrité, hélas. L’ex-capitale de l’Empire de Juba II est devenu une ville en déliquescence, en lambeaux, agressée par l’incivisme, envahie par les «incultes» qui ont imposé «leur philosophie».

S’agissant de la célébration de la Journée nationale de l’émigration, le conférencier regrette l’absence de documents cinématographiques sur les manifestations du 17 octobre 1961 non seulement à Paris, mais dans les autres villes françaises, en citant au passage la ville de Bordeaux. «Il faut faire le distinguo entre le FLN du passé (avant 1962, ndlr) et celui d’après», dit-il.

L’orateur rappelle qu’en Algérie juste après l’Indépendance, il y avait 435 salles de cinéma. «L’Etat a favorisé la production et non la projection. Il est impossible de parler d’un cinéma sans public, priver le public de cet art et faire disparaître de nos villes les salles de cinéma, cet état des lieux perdure malheureusement», indique-t-il.

Ahmed Béjaoui a relaté le rôle du cinéma durant la guerre de Libération de l’Algérie dans ses livres. Il indique que le système politique du pays colonisateur était dirigé par 03 institutions, pourvu des mécanismes répressifs bien huilés.

Il s’agit de la Présidence de la République, du Premier ministère et de la Police, avec à leurs têtes respectivement, le Général de Gaulle, Michel Debré et Maurice Papon.

Les familles algériennes sorties manifester pacifiquement à Paris pour revendiquer la liberté et l’Indépendance du pays, avaient atrocement été assassinées, jetées à la Seine, battues et torturées par les éléments du sinistre criminel Maurice Papon.

Un crime d’Etat qui n’est toujours pas reconnu par les autorités françaises à ce jour. C’est parce que l’événement historique sanglant avait eu lieu à Paris, que de nombreux médias internationaux avaient réussi à relayer l’information, qui d’ailleurs avait dérangé et mis à mal les dirigeants politiques français de Paris, ville des libertés, de l’égalité et de la fraternité, qui s’est transformée en une capitale des crimes contre l’humanité.

Ce n’était pas le cas des massacres des familles algériennes sous l’occupation au mois de mai 1945 dans leurs villes. Le colonialisme maîtrisait la situation, ce qui explique l’absence des médias. La violence à Paris au mois d’octobre 1961 a terni l’image de la France.

Il n’en demeure pas moins que les manifestations légitimes des populations algériennes du mois de mai 1945, celle du mois de décembre 1960 et enfin celle du mois d’octobre 1961 en France n’avaient pas bénéficié d’une médiatisation intense, pour diverses raisons.

Ahmed Béjaoui a mis l’accent sur le 2ème aspect de la lutte et la résistance du peuple algérien, en l’occurrence l’efficacité de l’action diplomatique, car la résistance et la détermination du peuple algérien avec des moyens militaires dérisoires s’avéraient très inégales, face à l’armada de la 4e puissance militaire de l’OTAN.

M’hamed Yazid et ses compagnons avaient su être créatifs face à l’adversité du colonialisme, mais surtout intelligents, jusqu’à faire entendre la voix du peuple algérien à l’intérieur de l’hémicycle de l’ONU, en dépit des fortes pressions exercées par la France.

La question algérienne était inscrite dans les ordres du jour des réunions aux assemblées générales de l’ONU. Les manifestations en Algérie du mois de décembre 1960 et du mois d’octobre 1961 avaient été déterminantes pour l’Indépendance du pays, grâce à la réalisation des documentaires par les militants algériens.

Le système colonial s’est écroulé. «Est-ce-que le cinéma algérien a repris fidèlement les manifestations du peuple algérien en France et en Algérie, pourquoi a-t-on occulté volontairement ces luttes populaires, pour mettre en avant le zaimisme», s’interroge le conférencier. Le zaimisme a pris le dessus, afin de reléguer les actions du peuple algérien en France et en Algérie, jusqu’à les banaliser, les rendre invisibles.

«La 1re guerre médiatique s’est déroulée en Algérie et non pas ailleurs, en Indochine ou en Irak dit-il, le cinéma doit témoigner uniquement et non pas écrire l’Histoire», précise le cinéaste.

Le conférencier a «jalonné» son intervention très instructive par des anecdotes «croustillantes» relatives aux films réalisés par les cinéastes français, européens et américains, qui avaient soutenu le combat légitime du peuple algérien. 

Ahmed Béjaoui a gâté et a enrichi l’assistance, par l’énumération des titres de quelques documentaires et des films sur l’Histoire de l’Algérie, sur la situation sociale et sur la détermination de ses compatriotes durant les années de lutte pour l’Indépendance de leur pays, en France et en Algérie, en mettant l’accent aussi sur le rôle des femmes.

Il avait cité les noms des réalisatrices et réalisateurs issus de parents immigrés, qui étaient en quête de leurs identités. Le cinéma fait réveiller les mémoires.

Le film contribue réellement à susciter le sentiment de nationalisme et de solidarité nationale. Impuissant, l’orateur regrette l’état du cinéma en Algérie : «Il est rentré dans une phase de décrépitude, à la suite des décisions politiques prises dans le passé, dit-il, sans que ces pouvoirs ne proposent les solutions alternatives, après l’abandon des salles, leurs équipements de projection et celui des tournages ajoute-t-il, les cinéastes de la diaspora avaient produit des œuvres cinématographiques, considérées comme étant des chefs d’œuvres». L’ami de Assia Djebar évoque l’importance de l’historiographie dans l’imaginaire populaire.

«Toute cette jeunesse de notre pays qui a porté très haut l’image de l’Algérie comme une nation à l’échelle planétaire, capable de se prendre en charge après son Indépendance, tel que l’avait fait M’hamed Yazid, explique le talentueux cinéaste dans un silence religieux de l’assistance, sommes-nous à présent capables à renouer avec ce passé, et pouvons-nous nous passer de la diaspora pour produire des films de grande qualité, influents et décisifs, qui relatent le glorieux passé de l’Algérie et le combat de son peuple», conclut Ahmed Béjaoui sous une salve d’applaudissement de l’assistance.

M’hamed H.


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