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La fontaine antique du vieux Mila : Une histoire, des légendes et des croyances

02 septembre 2018 à 0 h 05 min

La fontaine antique de la vieille ville de Mila reste l’un des monuments les plus anciens et les plus mystérieux de la région. Érigée par les Romains au fond d’une excavation de plus de trois mètres de profondeur, l’historique source est accessible par un escalier formé de vingt et une marches en pierre.

Appelée Aïn Labled par les riverains, la fontaine, qui remonte au 3e siècle avant l’ère chrétienne, serait la seule source de l’Antiquité qui coule encore dans le monde. Plusieurs fois millénaire, elle continue, en effet, de répandre son précieux liquide, limpide et bien frais, comme elle le faisait à l’époque de l’empereur Constantin 1er, sous le règne duquel la cité romaine de Mila avait été construite.

Une quarantaine de ménages élisant encore domicile dans la vieille cité s’y abreuvent, ainsi que leurs animaux. Eté comme hiver, la généreuse source a un débit de plus de cinq litres d’eau par seconde.

Adossé à un mur en pierres taillées, Aïn Labled se présente comme un grand cube en pierre et en briques pleines, surmonté d’un toit en forme de dôme. Son eau se déverse dans un étroit bassin avant d’être canalisée par un ruisseau pavé de pierres polies vers les vergers et potagers cultivés à l’extérieur de l’enceinte romaine.

D’où vient cette eau ininterrompue de la fontaine ?

En réalité, personne n’est encore capable de répondre avec exactitude à cette question en l’absence d’études hydrographiques. Mais il est admis de longue date que l’eau de la fontaine antique vient des montagnes de Marachou qui surplombent la ville de Mila.

Mais ce n’est là qu’une probabilité suggérée très certainement par la richesse de la région de Marachou en eaux souterraines. Pour Boussouf Ali, un habitant de la vieille cité, l’origine des eaux de Aïn Labled n’est pas la montagne de Marachou, mais le lac de Sidi Khelifa, à trente kilomètres au sud de Mila. Boussouf, contacté pour les besoins de cette enquête, se base lui aussi sur l’observation. «Je ne suis pas tout à fait sûr.

Moi je fais le lien entre le tarissement, en 1998, du lac de Sidi Khelifa et le tarissement, la même année, de Aïn Labled. Cette fontaine n’a jamais cessé de couler jusqu’en 1998, quand le lac de Sidi Khelifa s’est asséché. Je me suis alors dit que peut être l’eau de notre source vient de là».

Légendes et croyances liées à Aïn Labled

Les habitants de la région croient dur comme fer que Aïn Labled est hantée par des esprits qui, par le passé, se manifestaient de jour comme de nuit. A ce propos, la légende de la petite fille enlevée par le génie de la fontaine est bien connue de tous et est racontée jusqu’à présent dans les mêmes détails. La légende dit : «Une petite fille des Bendhili (cette famille habitait anciennement la vieille ville) était allée remplir un seau d’eau à la fontaine par une journée chaude d’été.Arrivée là, elle fut enlevée par un génie sorti de la fontaine.

La fillette disparut donc. Et comme elle était la seule enfant qui approvisionnait sa famille en eau de table, les habitants de la ville avaient alors cru que les Bendhili allaient maintenant mourir de soif et ils avaient composé un chant dans ce sens. ‘‘Grenouille, coasse ! Serpent, siffle ! Les Bendhili meurent de soif’’.» L’un des enfants de la famille Bendhili à Mila, Abdelkader en l’occurrence, déclame ce chant en arabe dialectal dans ces termes : karkaryadjrana, safaryahnach. OuledBendhili matou b laâtach.

Qu’en est-il de la croyance qui dit «celui qui boit de Aïn Labled se remariera» ?

Beaucoup de gens soutiennent que celui qui boit de l’eau de Aïn Labled finira par prendre une deuxième femme. Des citoyens consultés à ce propos y croient et citent des noms d’hommes qui se sont remariés après s’être abreuvés dans cette source. Et cette prophétie est prise au sérieux non seulement par les simples d’esprit, mais par les intellectuels aussi. Boussouf Ali, voisin de la fontaine, raconte ceci: «En 2008, un groupe de visiteurs de Constantine était venu dans la vieille ville.

Parmi ces touristes, il y avait un couple de médecins. Les deux époux ont dégravi les marches jusqu’à la source d’eau. Là, l’homme voulut s’y abreuver, mais sa femme, médecin elle aussi, l’en empêcha avec force en criant : «Ne me dis pas que tu veux m’abandonner pour une autre».

La scène provoqua des éclats de rires parmi les présents qui avaient naturellement compris ce à quoi la bonne dame faisait allusion. Notre interlocuteur rapporte encore qu’un journaliste travaillant pour une chaîne de télévision privée réalisait, il y a quelques années, un reportage sur cette fontaine.

Quand on lui avait dit que celui qui buvait de cette eau se marierait inévitablement, le journaliste s’était alors mis à boire goulûment en puissant de l’eau dans le creux de ses deux mains rapprochées. Mais, selon notre interlocuteur, cette croyance était une simple plaisanterie à l’origine. «C’est moi qui l’ai inventée. Un jour, en plaisantant avec un visiteur de la ville, je lui ai dit : celui qui boit de cette source se remariera.

Moi, je suis tout le temps ici, dans le voisinage de la fontaine et je dis toutes sortes de plaisanteries aux touristes qui viennent dans la ville. Mais cette plaisanterie qui parle de remariage a pris, je ne sais trop comment, l’allure d’une vérité et les gens se sont mis à la croire et à la répandre, ce n’était qu’une blague en vérité».


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