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La danseuse Zizi Jeanmaire n’est plus : Une vie en pointes et en plumes

18 juillet 2020 à 9 h 00 min

Zizi Jeanmaire, la plus atypique des ballerines françaises, décédée hier, a promené ses jambes gainées de noir, ses plumes et ses paillettes sur les scènes du monde entier, bouleversant les frontières traditionnelles de la danse, de la chanson et du music-hall.

Malicieuse, enthousiaste et travailleuse acharnée, elle a tout exploré : ballet, comédie musicale, théâtre, récital, télévision, revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique chevillée au corps.

Sa carrière est étroitement liée à celle de Roland Petit, l’un des plus grands chorégraphes français et l’homme de sa vie, décédé en 2011. Ils se sont rencontrés la première fois en 1933, quand ils avaient 9 ans chacun, à l’école de danse de l’Opéra de Paris. Ils se marient en 1954 et ont une fille. Zizi sera au cœur de toutes ses créations.

Renée (son véritable prénom) Jeanmaire naît le 29 avril 1924 à Paris. «Petit rat» à l’Opéra, elle en claque la porte sur un coup de tête, à 19 ans : «on rêvait d’aller voir le monde… J’avais envie de gloire, d’être reconnue avec autre chose que  »Giselle »», l’héroïne d’un grand ballet romantique. «Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n’ai eu de doute sur ma carrière.» Au sein de la toute nouvelle compagnie de Roland Petit, les Ballets de Paris, Zizi s’illustre dans Carmen en 1949, à la chorégraphie étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen aux cheveux à la garçonne – coiffure que Zizi ne quittera plus –, brûlera les planches à Paris, à Londres, à Broadway (sept mois à l’affiche). Elle se révèle aussi dans La Croqueuse de diamant en 1950, dans un genre alors inconnu le ballet sur pointes avec chansons.

Elle travaille un temps à Hollywood et à New York. Le grand producteur Sam Goldwyn lui conseille de garder comme prénom de scène «Zizi», le mot qu’elle répétait («Mon zizi») quand sa mère l’appelait «Mon Jésus». Dans les années 1950, elle apparaît au cinéma dans des films, souvent de danse, comme Hans Christian Andersen de Charles Vidor, Folies-Bergère et Charmants garçons d’Henri Decoin, Guinguette de Jean Delannoy. Raymond Queneau, Serge Gainsbourg ou Barbara vont se mettre à écrire ou à composer pour «Mademoiselle Jeanmaire». Boris Vian disait qu’elle avait «des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes» ou encore «une voix comme on n’en fait qu’à Paris».

Yves Saint Laurent, qui l’habilla durant quarante ans, estimait qu’il lui «suffisait d’entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes». «Sans elle, Paris ne serait pas Paris», s’émerveillait Louis Aragon. A l’Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson Mon truc en plumes de Bernard Dimey et Jean Constantin : «Plumes de zoiseaux, De z’animaux/Mon truc en plumes, C’est très malin/Rien dans les mains, Tout dans l’coup d’reins», chante-t-elle. «C’est un superbe numéro de music-hall que j’ai présenté dans le monde entier et qui est probablement l’un des plus beaux du genre», notait-elle. «C’est exceptionnel de voir des danseurs classiques de l’Opéra de Paris se tourner vers une carrière autre que le ballet, vers des domaines qui sont éloignés du classique et du chant lyrique», a salué hier la journaliste Ariane Dollfus, qui préparait une nouvelle biographie. «C’était ça, sa grande force et celle de Roland Petit.»

Elle est aussi montée sur les planches, notamment dans La dame de chez Maxim, donné plusieurs centaines de fois en 1965/66.



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