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vendredi, 07 août, 2020
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Khaled. Chanteur et producteur : «Un nouvel album avec les guest-stars Soolking, French Montana, DJ Snake…»

05 juillet 2020 à 9 h 45 min

Le king du raï, Khaled, annonce la sortie de son nouvel album et le dernier avec sa maison de disque, en septembre 2020. Il y invite Soolking, DJ Snake, French Montana, Super Sako, Ilyana, Massari, Andy Madadian…

Il rend hommage au colonel Senoussi sans qui il n’y aurait jamais eu d’album Kutché (1988). Et, Khaled est déjà sur un autre opus portant sur des classiques algériens, maghrébins et «khalidji». Entretien.

Entretien réalisé par K. Smaïl

 

-Le colonel Senoussi, qui vient de nous quitter, était celui qui était derrière de l’explosion du raï, le lancement de votre carrière et celle du jeune et doué producteur Safy Boutella, et la conception de l’album Kutché. Que représentait pour vous le colonel Senoussi ?

Le colonel Senoussi représente beaucoup, non seulement pour moi, mais aussi pour toute l’Algérie. C’est un grand homme. Ce n’était pas uniquement un militaire. Il se battait pour la culture de son pays. Il se battait pour les jeunes pour leur réserver un espace d’expression culturel, musical. Il se battait pour les sans-voix, égarés. Colonel Senoussi a tout misé pour créer une industrie du disque, à l’époque (années 1980), en Algérie.

-L’idée d’un album international de raï, Kutché, du duo cheb Khaled et du producteur Safy Boutella, le colonel Senoussi en est l’auteur. Il avait cru en vous. Et il vous avait fait confiance…

Justement, c’était cela. C’était le but. A un moment de ma vie, je ne savais pas ce que j’allais en faire et quelle direction prendre. Je ne croyais pas ce qu’il voulait faire. C’est après que j’ai compris la vision du colonel Senoussi. Et cela m’a revigoré et encouragé. J’ai adhéré au projet de l’album Kutché en lui disant que j’étais motivé de le réaliser avec lui et Safy Boutella. «Cessez de faire dans le bricolage, j’ai envie de miser sur un artiste, un jeune, réaliser un album professionnel», m’avait-il confié.

-Kutché, un album produit par le jeune compositeur Safy Boutella. Un choix judicieux…

Oui, absolument. L’idée de faire appel au talentueux compositeur et producteur Safy Boutella, un grand homme de la musique, c’était celle du colonel Senoussi. Il avait aussi ramené un grand monsieur aussi qui connaît très bien la musique africaine, britannique ou occidentale, Martin Meissonnier. Quand on a commencé à réaliser les maquettes, Safy Boutella découvrait cette musique, le raï. Safy avait insisté : «  écoute Khaled, je dois descendre avec toi à Oran. Pour s’imprégner de l’ambiance raï et de voir de quoi il s’agit. ».

Et arrivé à Oran, Safy Boutella était obnubilé par cette musique. Il jubilait. Même Martin Meissonnier que j’ai connu dans le circuit musical, en France, s’était rendu aussi à Oran. Lui aussi était happé par l’ambiance raï des mariages, la nostalgie…. Il a constaté ce que valaient les artistes à Oran et à Alger. Parce que c’est sur scène où l’on donne notre pleine mesure de notre musique algérienne (rire). Il était aux anges : «Khaled, il faut répandre cette musique dans le monde. Vous ne savez pas ce que vous perdez…Le raï est une musique formidable. Participons à ce beau projet, Kutché». Ce fut un belle rencontre avec Safy Boutella et aussi avec Martin Meissonnier.

-C’est un album (Kutché) avec une sensibilité algérienne, un esprit raï, une production et une direction musicale professionnelle par rapport à ce qui ce faisait localement…

Le colonel Senoussi nous fait confiance et soutenus. Je voulais être à la hauteur de sa confiance «nhamarou wadhah  comme on dit à Oran». Avant, on se faisait exploiter par les éditeurs (à Oran). Il n’y avait pas d’avenir pour les artistes. Vous savez, au début, je n’y croyais pas. Je m’étais résigné à rester ici (en Algérie).Réussir à l’étranger ? Je doutais un peu. J’ignorais ce qui se passait outre-mer. On ne voyageait pas. J’ai vu et assisté, j’étais à côté, quand le colonel Senoussi se démenait en téléphonant aux responsables pour les convaincre de croire en ce projet de jeunesse. Alors qu’on vivait une crise, les événements du 5 octobre 1988. «Libérez, libérez-moi, donnez la chance aux jeunes artistes ! J’ai envie de réaliser des choses pour le pays.  Réveillez-vous», martelait-il.

Il y a des jeunes talentueux, des gens compétents. Mais sans soutien et encouragements, ils sont freinés dans leur élan créatif. Il faut croire en eux, c’est l’avenir. Et leur faire confiance. Il faut quelqu’un pour booster leur carrière. Le colonel Senoussi m’avait même mis à ma disposition un appartement à Riadh El Feth, pour vous dire. Et de me rappeler : «Ecoute Khaled, on va miser sur toi. Mais arrête tes ‘‘conneries’’. On met à ta disposition tout ce que tu veux. Un poste de télévision, une parabole, des dattes que tu raffoles, tu n’as qu’à demander. Mais sois un homme (kounek rajel. Arrête ces mariages par-ci par-là. Concentre-toi sur l’album (Kutché). Tu ne vas le regretter.)» J’étais jeune, je ne comprenais pas. C’était un artiste. Il m’avait «bichonné» et protégé tel un père. Il m’a fait confiance et j’ai cru en lui.

-Comment était l’ambiance autour de l’enregistrement de Kutché ?

Le colonel Senoussi était un ex-militaire. Il était aimable mais ça ne rigolait pas. C’est un rigoriste quand il s’agit de travail. Il fallait une discipline pour la réussite d’un tel projet comme Kutché. Bien qu’on se lâchait un peu de temps en temps. Mais cette rigueur revenait toujours pour nous rappeler qu’il fallait bosser dur. Je considérais le colonel Senoussi comme mon père. Quand il parlait, je baissais la tête, me taisais et l’écoutais. Je devais le respect au colonel Senouci. Bien que j’étais rebelle avec ce brin de folie. C’était la jeunesse (rire). En matière de musique, on connaît les Etats-Unis à travers Elvis Presley, Michael Jackson…C’est une industrie du disque. Elle rapporte beaucoup. C’est une économie. Alors, comment pouvez-vous ne pas se battre avec ce grand homme.

Ce colonel Senoussi, qui vous voulait que du bien ainsi que pour son pays, sans en rajouter. Il s’était vraiment battu pour Kutché. Parce qu’à un moment, ils (les décideurs) l’avaient lâché. Je pense qu’ils (les décideurs) ne l’ont pas compris. Il était incompris. Ils le regretteront. Et cela, me désole. «Allah yarhamou iwassaa alih» (que Dieu ait son âme). L’album Kutché, après le mixage et le mastering, a été officiellement lancé en Algérie, à Alger, au Triangle à Riadh El Feth (OREF), en 1988, en présence du grand réalisateur algérien Rachid Bouchareb (Cheb, Indigènes, hors-la-loi…), Yamina Benguigui (réalisatrice et ex-ministre français)…Pour la promotion de Kutché, le raï algérien en France, Europe… Mais ils (les décideurs) n’ont pas compris le colonel Senoussi. Il avait mal en son pays. Le colonel Senoussi avait tout compris, la jeunesse et ses espoirs.

-Kutché reste un album majeur…

Enregistrer l’album Kutché aura été une fierté que de le faire avec le colonel Senoussi, Safy Boutella, Martin Meissonnier… Ce fameux album, jusqu’à maintenant, il est toujours vivant. Il est toujours apprécié en France, au Royaume-Uni…Il est partout. Je n’arrive pas à réaliser sa longévité. Où je vais, jusqu’à aujourd’hui, on me parle de l’album Kutché. Bien que j’ai fait Didi, Aïcha ou d’autres, Kutché émerge. Les journalistes du monde entier me disent : «Quel album !» Parce qu’il a été fait avec cœur et tripes. Avec Safy Boutella, avec Martin Meissonnier et avec ce monsieur-là, le regretté colonel Senoussi. Il nous avait donné la possibilité et le pouvoir de travailler sur une musique algérienne, le raï, un patrimoine. Nous étions unis comme les doigts d’une main. Nous avions fait un bel album. Un très très (deux fois) bel album. Après l’album Kutché, j’ai continué mon bonhomme de chemin (à l’étranger).

J’ai galéré pendant cinq ans. Vous savez, ce n’est pas arrivé comme ça. Encouragé initialement par le Colonel Senoussi, j’ai continué en perpétuant sa vision, son esprit. Le souhait du Colonel Senoussi. Et puis j’ai signé avec une grande major. C’est grâce à lui, toute cette fantastique aventure du raï. Hamdoullah. C’est lui qui m’a donné le pouvoir de le faire, il m’a boosté, il m’a donné le courage d’avancer et d’arriver là où je suis. Il faut dire la vérité.

-Khaled, votre nouvel album sortira bientôt en septembre 2020 où figurent des featurings avec DJ Snake, French Montana…

Oui. Un nouvel album où figurent DJ Snake, French Montana, Super Sako. Il y a beaucoup de gens (rire, pour entretenir le suspense).

-Mais encore…

(Rire) Ilyana, Massari, Andy Madadian, il y aussi une chanteuse indienne.

-Soolking…

C’est le premier (rire). Houa laouel. C’est le premier titre du nouvel album. C’est Soolking que j’ai enregistré en premier.

-Avec French Montana ça s’est bien passé…

Formidable. Très, très bien. Vous savez, j’ai passé tout le mois sacré du Ramadhan aux Etats-Unis. J’ai passé deux mois aux USA pour l’enregistrement de ce nouvel album.

-Et DJ Snake, c’est une belle collaboration…

Laissons-la comme surprise. DJ Snake «ould bladi» (un compatriote). En tout cas, le duo est un bon truc.

-C’est un album de duos ?

Non. Il y a aussi des chansons en solo. Sinon, comme c’est la mode des featurings, le choix s’est porté sur les duos. Il y a de l’algérien, de l’iranien, du libanais, du marocain, de l’américain et de l’indien.

-Qui a produit l’album ?

C’est moi-même «khouya» (mon frère).

-Bonne nouvelle. Enfin Khaled producteur…

Merci. C’est album est plutôt familial, amical. Avec la contribution de copains du monde entier. D’Algérie, Maroc, Liban…Soolking, French Montana, DJ Snake, Massari…Et je suis tombée sur une chanteuse palestinienne qui s’appelle Ilyana. C’est quelque chose de fabuleux. Et Dawn Elder a produit trois titres d’Andy Madadian et une chanteuse indienne.

-L’esprit raï demeure-t-il dans cet album ?

C’est obligé. S’il n’y a pas la griffe (raï), cela ne sert à rien de faire un album. «Lazem tabaa khoya (il faut apposer le sceau, mon frère)» (rire). On se comprend.

-Un album «roots» (racines), retour aux sources du raï, enregistré, ici, dans un studio à Oran, cela ne vous tente pas ?

Je vais vous dire. Ce nouvel album est mon dernier avec ma maison de disque. Après ça, je serai libre. Je réaliserai ce que j’ai envie de faire. Je pense à un album de classiques de chez-moi, de musique algérienne et maghrébine. Un album algéro-maroco-tunisien. Et aussi «khalidji» (des Emirats arabes unis).

-Quand vous voyez ce cheb d’Oran qui est devenu le king du raï, une star internationale. Vous dites : «Bien joué», « beau boulot» ou «hamdoullah»…

Vous voulez la vérité ? Eh bien, sans fausse modestie, j’apprends toujours. Et je n’ai toujours rien appris. Dans la musique, on évolue tout le temps. Et il faut suivre. Il faut écouter .

-Qu’avez-vous fait de bon durant la période du confinement imposé par la pandémie du coronavirus ?

J’ai passé mon temps à la maison, à terminer, à revoir, à mixer mon nouvel album et pas mal de choses. Et j’ai entamé la conception de l’album de classiques. Que Dieu nous préserve et préserve le monde de cette pandémie et que les beaux jours reviendront. Une pensée aux gens qui sont partis, emportés par cette plaie. Nous reviendrons avec le sourire et la joie inch’Allah.



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