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Juste un mot : Demain, le printemps…

20 mars 2014 à 10 h 00 min

A chacune de nos projections-débats, de nos conférences, il s’est toujours trouvé quelqu’un pour nous poser cette question fatidique : «Et vous, ferez-vous un film un jour ?» Notre réponse a toujours été la même, sincère : «Non. La réalisation, c’est bien trop difficile.» Il est, en effet, si compliqué de faire un film. Le réalisateur, cet homme-orchestre, doit gérer à la fois l’argent, le matériel, l’espace, le temps, les mots, les hommes et surtout les sentiments, et bien sûr avoir quelque chose à dire aux autres. C’est, à notre avis, énorme pour un seul homme.

A défaut de pouvoir réaliser un film, nous tenterons, aujourd’hui, de mettre sur papier un projet de film. Ce film serait un court métrage, six minutes à peine. Il se tournerait dans un seul lieu, une boulangerie belle et accueillante. Avouons-le, cette idée nous est venue grâce à une ancienne chanson qui nous tourne dans la tête de temps à autre. Derrière le comptoir se tient une jeune fille, plutôt une adolescente, pas trop grande, des cheveux clairs, assez longs qui bouclent légèrement, des joues rondes avec quelques taches de rousseur.

A l’aise dans son tablier parfaitement blanc, elle sert avec gentillesse les clients. Ses mains de magicienne sont d’une rapidité étonnante. Tout autour d’elle, les pains, grands et petits, les croissants du matin et les nombreuses pâtisseries enchantent les lieux, embaument l’atmosphère de parfums agréables. Toute à son travail et à ses gestes, elle surveille attentivement la porte d’entrée. Elle attend avec impatience l’arrivée d’un client quotidien qui achète régulièrement un éclair et le mange, ou plutôt le dévore dès qu’il le reçoit.

Ce jeune homme, grand et élancé, à la coupe de cheveux militaire, en jeans – baskets, a cette particularité de porter des t-shirts amples et de couleur différente chaque jour. Ses grands yeux bordés de longs cils lui donnent un regard doux et velouté. Notre boulangère a beau le recevoir chaque matin avec un sourire éclatant, notre jeune homme ne réagit pas. Une fois son gâteau avalé, il froisse soigneusement le sachet avant de le jeter dans la poubelle, puis il dit au revoir à voix basse et sort. La charmante demoiselle a tout de même remarqué, à deux ou trois reprises, qu’il tâtonnait dans l’assiette pour ramasser sa monnaie.

Un beau matin, elle prend son courage à deux mains pour mettre dans le même sachet, en plus de l’éclair, une paire de lunettes de vue. Etonné et surpris dans un premier temps, le jeune homme, une fois son trouble dissipé, incline légèrement la tête pour chausser calmement les lunettes. Ensuite, il relève tout doucement la tête, les yeux mi-clos, en proie à une légère angoisse, puis il ouvre complètement les yeux et, soudain, tout se transforme devant lui.

La brume habituelle disparaît, le flou se dissipe, les couleurs des pains, des croissants et des gâteaux sont éclatantes, les miettes de pain dessinent sur le comptoir des formes inimaginables. Et surtout la boulangère paraît telle qu’elle est, gracieuse, ses taches de rousseur sont plus marquées, ses cheveux plus ondulés, ses seins libres sous son tablier et son sourire encore plus éclatant. C’est un éclair foudroyant !

Notre jeune homme en est totalement troublé. Il promène son regard dans tous les sens pour enfin l’arrêter sur le beau visage de la jeune fille. Après une courte attente, un moment d’hésitation, il cligne des yeux et à son tour sourit. Fin. Quelques informations techniques sont indispensables pour traduire notre idée, certes, simple et naïve, nous en convenons. Notre film doit être tourné en 35 mm, pellicule noir et blanc, avec caméra fixe, en respect d’un découpage de douze plans-séquences de trente secondes chacun, six plans pour la fille, cinq pour le garçon.

Exception pour le plan final, lorsque tout s’éclaire, tout s’illumine, la caméra décrit un panoramique de trois cent soixante degrés, en couleur cette fois-ci, et pourquoi pas en cinémascope, comme aurait dit Zinet. Malheureusement pour nous tous, ce n’est pas cette petite histoire qui changera quoi que ce soit à la vie chaotique de nos jeunes et ce printemps de l’an 14 en plus de 2000 n’apportera rien de nouveau tant le système politique en place, les autorités et les responsables du pays n’apportent aucune proposition ni aucun changement et par conséquent interdisent encore à nos jeunes d’aimer et de s’aimer.                  

 

P.-S. : Toutes les vraies radios dans le monde utilisent la tranche horaire 7-9 du matin pour permettre à leur auditeur citoyen de s’informer et d’apprendre, alors que chez nous, la Chaîne III nous impose d’interminables et insupportables tunnels de pub et encore plus, médiocres et lamentables.  
 

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