Journées cinématographiques de Béjaïa : Fortuna, ou l’infortune tragique des réfugiés | El Watan
toggle menu
lundi, 18 novembre, 2019
  • thumbnail of elwatan18112019


Journées cinématographiques de Béjaïa : Fortuna, ou l’infortune tragique des réfugiés

04 septembre 2018 à 0 h 59 min

La problématique de l’immigration et des réfugiés, de la crise migratoire en somme, est d’une telle importance qu’elle ne peut indifférer le monde du cinéma. En février dernier, le Franco-Suisse Germinal Roaux s’en est intéressé et a produit un long métrage, au titre trompeur de Fortuna, et d’une esthétique qui séduit.

Le public des 16es journées cinématographiques (JCB) de Béjaïa l’a vérifié lors de sa projection dans la soirée de ce dimanche. Fortuna est le prénom d’une réfugiée de 14 ans qui quitte l’Ethiopie pour atterrir en Suisse, où des religieux catholiques l’accueillent avec d’autres réfugiés dans un monastère sur les hauteurs enneigées d’une montagne.

La rudesse du temps et l’austérité des espaces donnent au film toute sa dimension mélancolique, voire tragique, qu’annonce déjà son noir et blanc. A cela s’ajoute le contraste qui oppose les silences de Fortuna aux bruits du film : des pas dans la neige, du vent, d’une hache coupant du bois… Le côté mystique accentue la gravité de la problématique et fait accompagner le discours religieux d’images figurant le déluge, comme si l’on cherchait l’arche de Noé pour trouver le salut.

Pour se rapprocher de cette symbolique, Fortuna est montrée en paix avec des animaux. Dans l’hospice des catholiques il y a un dialogue des religions, musulmans et chrétiens cohabitent, les deux prient sous le même toit. Le syncrétisme religieux prend une expression dans cette fiction en la formation du couple entre Fortuna et Kabir, un jeune réfugié africain, dont elle est amoureuse.

Elle est chrétienne pratiquante, lui est musulman également pratiquant. Leur relation se construit dans le secret et, bien que non apaisée, elle est comme un baume au cœur, dans la tourmente des âmes. Les gros plans du film, et ses cadrages se chargent de montrer de plus près la profondeur des expressions humaines, des regards perdus, les tourments et les incertitudes de l’adolescente égarée dans son déchirement. Personnage taciturne, Fortuna s’accroche à Kabir qui, lui aussi, ne voit pas de meilleurs horizons.

La protection qu’offre l’église aux réfugiés, le temps d’un hiver, est menacée par l’intervention de la police qui débarque de nuit pour embarquer les sans-papiers.

Le film traduit lourdement et dramatiquement la prédominance du politique dans ce dossier de réfugiés, dont l’actualité est justement faite d’interpellations et de refoulements dans l’indignité, vers les territoires d’origine. Les gouvernements du monde crispent devant la crise migratoire.

Dans cette nuit de tumulte, Kabir s’évapore, disparaît sans prévenir, engagé encore dans l’inconnu comme ses semblables déracinés. «Une vie que je ne comprends pas», dit-il à Fortuna, qui supporte de pesantes inquiétudes «qui ne sont pas de son âge».

Mais, entre-temps, le désarroi de Fortuna s’est compliqué par un fait qui, au lieu de lui procurer bonheur, la tourmente davantage. Les religieux viennent à sa rescousse pour l’aider à tracer sa voie… Migrants, acceptation de l’autre, dialogue interreligieux, …

Fortuna est un film à la poétique profonde qui émeut autant qu’elle interpelle sur un drame humain qui vient des profondeurs du Sud et de ses hommes et femmes avec leurs soupirs, leurs complaintes, leurs espoirs, leurs silences et leurs halètements. Sans couleurs.


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!