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Journée mondiale du théâtre : Aïn Témouchent, terre infertile à l’art dramatique

30 mars 2021 à 9 h 45 min

Bien que Témouchent s’illustre par quelques noms d’artistes dramatiques, elle ne compte pas au nombre des wilayas où le théâtre fleurit. Cette question s’est imposée de façon saillante lors d’un hommage rendu respectivement à Bouhadjar Boutchiche et à Aïssa Moulferaa.

C’était à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale du théâtre, la maison de la Culture ayant eu le réflexe d’honorer Boutchiche pour avoir décroché le prix d’interprétation masculine lors du tout dernier FNTP pour sa prestation dans Khatini, et Moulferaa, son aîné, pour l’ensemble de sa carrière.

Lors d’un tour de parole à propos de l’infertilité de Témouchent à devenir un vivier dans l’art théâtral, il est apparu que le parcours des deux artistes honorés recoupe trois grandes étapes où cet art aurait pu prendre.

La première, c’est celle de l’immédiat postindépendance où deux réputées troupes musico-théâtrales alliaient sketchs et concerts, les comédiens étaient chanteurs, musiciens et comédiens : «Mais, aujourd’hui, qui sait que le chanteur de romances, le défunt Attar Tayeb, était un désopilant comédien comique», interroge Moulferaa une assistance médusée ? Les moins de 50 ans ne se rappellent que de l’élégant et septuagénaire ténor qui donnait à entendre du Asri des années 1950 et 1960. La deuxième période a été entamée en 1965 avec la nomination de Yessaad Abdelkader à la tête du foyer d’animation de la jeunesse. Il fait appel à la contribution de Mohamed Bakhti pour former la première troupe de théâtre amateur.

Mouleferaa fait en son sein son premier apprentissage. La troisième étape, c’est ce même Moulferaa qui contribue à l’impulser au milieu des années 1990 lorsqu’à travers le pays, une refondation du théâtre algérien a débuté à partir des villes de l’intérieur du pays avec la multiplication de journées théâtrales locales à l’initiative d’une nouvelle génération d’amateurs.

A cette époque, Moulferaa avait l’oreille du wali en poste à Témouchent. Le chef de l’exécutif de wilaya adoube et fait sien le projet qu’il lui propose d’une relance de l’activité culturelle dont le théâtre. Ainsi, une bonne partie des salles de spectacle à travers la wilaya, biens communaux hérités de la colonisation, ont été réhabilitées avec les moyens du bord dans une Algérie asphyxiée financièrement et meurtrie par le terrorisme.

C’est de cette époque d’ailleurs que date la fondation de ce qu’est l’actuelle maison de la culture sur une friche. A Hammam Bou Hadjar, il se trouvait un collectif de jeunes qui en voulaient plus qu’ailleurs. Mouleferaa leur débrouille une salle et surtout un formateur en la personne du regretté Mohamed Sellal, metteur en scène à la retraite et l’un des premiers comédiens formés à l’indépendance à Bordj El Kiffan. L’opération débouche sur la constitution du premier et prometteur collectif théâtral de la wilaya.

Deux formations

Quelques années à peine, ce groupe se scinde en deux formations l’une drivée par Boutchiche et l’autre par Moulay Méliani Mohamed. L’émulation pousse le premier vers Sidi Bel Abbès et le second vers Oran pour se frotter à leurs très actifs milieux théâtraux et se perfectionner. Aujourd’hui, Bouhadjar et Moulay Méliani sont connus et reconnus sauf que Témouchent ne s’est toujours pas encore transformée en vivier de l’art dramatique même à titre amateur. Ce qui fait défaut, c’est l’absence d’une politique nationale efficiente tant en direction d’une pratique en amateur que d’un exercice à titre professionnel. Moulay Méliani, fatigué par un stérilisant sur place, a préféré aller s’épanouir sous d’autres cieux, nul ne pouvant être prophète chez soi. Quant à Boutchich, il a érigé une salle de théâtre dans une cave à vin désaffectée mise à sa disposition par l’APC. Il l’a aménagée avec ses propres deniers et grâce à la contribution du théâtre de Sidi Bel Abbès comme la main à la pâte de ses amis artistes de la ville de la Mekkera. Plusieurs troupes y sont passées dont celle du TNA. Aujourd’hui, il se trouve piégé dans un micmac bureaucratique qui risque de lui valoir d’être expulsé de la friche qu’il occupe.

Tout d’abord, il a demandé à mettre en conformité El Maâbed, la salle de théâtre de 110 places, avec les règles de sécurité en ouvrant une porte de secours. Durant deux années, il attend une réponse, en vain. Il aménage une ouverture. On lui intime de la refermer. Ensuite, pour être en règle avec l’administration dans le droit à disposer de la salle, il dépose un dossier de concession de cet espace qui suscitait l’appétit de nombre d’affairistes à un moment où il était question d’encourager l’investissement sur toutes les friches disponibles. Or, pour bénéficier de la concession, sa demande doit transiter par la commission de wilaya chargée de l’investissement.

C’était l’unique canal sauf qu’il est incompétent dans le traitement d’un investissement dont la rentabilité est primordialement culturelle. Il lui est suggéré d’adjoindre à sa demande de création d’une salle de théâtre, celle concomitante d’une école de théâtre de façon que l’affaire soit rentable financièrement et que l’octroi de la concession soit facilité. Bouhadjar signe sauf qu’il lui est signifié de débourser 24 000 DA de loyer par mois. Il pensait que l’administration allait traiter avec lui en fonction d’une activité qui est subventionnée partout dans le monde, tout comme en Algérie. Le dossier n’est finalement pas clos. S’apercevant qu’une politique de relance du cinéma est envisagée, des relations lui suggèrent que la salle de théâtre fasse également office de salle de cinéma, la deuxième activité subventionnant la première.

De la sorte, il doit abandonner le projet de réaliser une école de théâtre qui nécessite la mobilisation d’un financement de plusieurs millions de dinars impossibles à obtenir de quelque banque que ce soit. Mais comment faire avec le maquis administratif dans lequel il s’est empêtré ? Y a-t-il un responsable à l’écoute, quelqu’un qui ne se gargarise pas de mots à propos de l’investissement culturel et qui l’envisage de façon flexible selon les réalités du terrain, loin d’une politique qui n’envisage l’investissement dans l’activité théâtrale qu’à travers l’érection de salles polyvalentes par de gros investisseurs, comme La Fourmis, une salle adossée à un espace commercial dont elle est le complément ? Y a-t-il une place pour des salles de quartier dans les petites villes, des espaces gérés par des artistes comme El Maâbad à Hammam Bou Hadjar ?


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