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Ahmed Djamil Ghouli. Chanteur et instrumentiste

«Je privilégie la dimension africaine dans ma musique»

22 novembre 2018 à 13 h 00 min

Ahmed Djamil Ghouli, alias Djam, ex-leader du groupe Djmawi Africa, vient tout juste de sortir son premier album en auto-prodcution au titre bien décalé Zdeldel. Dans le cadre de la promotion de son album, l’artiste s’est produit durant trois soirées consécutives à la salle Ibn Zeydoun. Dans cet entretien, Djam nous dit tout sur ce premier album de sa carrière.

– Vous venez de gratifier vos fans par la sortie de votre premier album au titre quelque peu étrange,Zdeldel ?

Tout d’abord, je dois vous dire que cela a été très facile pour moi de choisir le titre de Zdeldel.  Au début, je voulais prendre un des titres de l’album comme le font la plupart des artistes. Mais durant tout le temps de l’enregistrement – qui a duré plus de deux ans –, je me suis retrouvé à répéter à chaque fois le même mot «Zdeldel». Même mes copains, je les appelés «Zdeldel», avec bien sûr une rythmique adéquate. A la base, «Zdeldel» est une onomatopée.

C’est comme des capes de jazz. Il faut savoir que c’est un mot qui n’existe pas. En toute modestie, je dirais que je l’ai inventé. Je me suis dit alors, quand on va cliquer «Zdeldel» sur internet, je vais tracer les partages et les commentaires. Les gens me reconnaissent à travers ce prénom. Ce mot me représente un peu.

– La sortie de votre album était annoncée pour juin 2017. Pourquoi ce retard ?

Cet album devait sortir il y a an et demi à peu près, mais finalement, je n’étais pas satisfait. Je dirais que je suis un peu perfectionniste, surtout quand on est dans un projet où on a la liberté de faire ce que l’on veut. On n’est pas conditionné par une production, par un label ou quelqu’un qui vous subventionne. Il y a neuf clips qui sont déjà sortis. J’aurais dû faire un double album.

Je me suis dit que j’ai préparé cela en trois ans, cela serait bien de le mettre dans un album pour justifier le retard que j’ai accusé depuis un an et demi. J’avais annoncé la sortie de mon album pour le 21 juin 2017. Je me suis dit, comme cela c’est justifié. Les clips et les singles, c’est une façon un peu de préparer la sortie d’un album. Même si cet album va sortir avec encore trois clips .

– La dimension africaine a toujours été omniprésente dans votre musique…

Il est tout à fait exact que je privilégie la dimension africaine dans ma musique. La première partie de mon album est justement très africaine, mais l’interprétation est très algérienne. Même si sur les deux chansons je chante en peul et en djula.

Il y a des chansons qui viennent du Burkina Faso, à l’image de Djon Maya, qui est un titre de l’album que j’ai déjà sorti en single. J’ai fait aussi un clip sur ce titre. Cette chanson est un hommage au regretté chanteur et guitariste burkinabé Victor Démé, que j’ai eu l’occasion de rencontrer au Burkina Faso. Cette chanson était un coup de cœur.

Ce n’était pas prévu que je lui fasse un enregistrement studio. Je l’ai chantée entre potes. A chaque fois que je terminais de chanter ce titre, on me demandait pourquoi je ne le mettais pas sur internet afin que l’écoute soit plus large.

A un moment donné, je me suis dit : je vais essayer de le faire. J’ai chanté cette chanson à Seraïdi, à Annaba, en acoustique sans l’enregistrer en studio. On l’a filmée. Cela a donné de belles images sur les hauteurs de Seraïdi.

– D’autres hommages sont rendus à d’autres résistants africains, à l’image de Nelson Mandela…

Comme je le disais plus haut, j’ai toujours insisté sur la dimension africaine de l’Algérie et de mes lectures sur ces grands héros africains qui ont résisté à leur époque. Il était naturel, pour moi, de rendre un hommage poignant à ces figures de proue de la résistance africaine. Mon album s’ouvre sur le titre Madiba, en hommage à Nelson Mandela.

C’est un poème que j’ai adapté sur une musique très africaine et on l’a clipé aussi. Pour changer, j’ai émis un clip d’animation fait par une amie à moi qui fais dans les mangas. Le clip est disponible sur internet depuis une quinzaine de jours.

– Vous vous êtes également essayé au chant kabyle à travers deux titres sachant que vous ne maîtrisez pas la langue…

Il faut savoir que je ne parle pas kabyle. Mais comme tout Algérien, j’ai mon côté amazigh qui est apparent à chaque fois quand je suis en présence d’amis berbères. Je me souviens qu’un jour, à l’occasion de la célébration du Nouvel an berbère, Yennayer, j’ai fait une chanson avec la guitare sur ma page Facebook.

J’ai eu un excellent retour. La plupart des commentaires m’encourageaient à enregistrer la chanson en question. Ainsi, j’ai fait cette première chanson, mais, par la suite, j’ai pris goût au kabyle. Même si je ne parle pas cette langue, je l’ai apprise phonétiquement. Ma première chanson en acoustique, Da Améziane, est une reprise de l’artiste Akli Yahiatene.

La seconde chanson est un titre ancien, C’est impossible, du regretté Brahim Mesbahi. Au départ, je ne comprenais pas les paroles, mais elles m’ont touché. Par la suite, quand j’ai compris ces mots profonds et touchants à la fois sur l’exil, j’ai fait un arrangement très rock alternatif avec une interprétation en kabyle.

– Le châabi n’est pas en reste, puisqu’on retrouve une belle reprise dans votre album…

Effectivement, il y a des reprises de chansons châabies dans mon album, telles que Habiba. C’est une chanson que j’ai écoutée chez le regretté artiste Amar Ezzahi. J’adore le chaâbi. C’est une musique que j’ai toujours écoutée. J’ai d’ailleurs commencé à apprendre la musique avec le style chaâbi.

Habiba est une chanson qui m’a marqué. En fait, en écoutant pour la première fois les paroles de cette chanson, on se dit qu’il s’agit de la beauté d’une femme, alors que c’est une chanson qui parle du mausolée de La Mecque. Le poète avait décrit le saint lieu avec des mots bien ciselés. Je me dis aujourd’hui encore comment il a pu donner cette direction à cette chanson.

La version que j’ai écoutée est celle du chanteur Abderrahmane El Kobbi, ensuite celle d’Amar Ezzahi, à la fin dans El hedi. Chanter cette chanson était un véritable challenge pour moi. Je me suis dit que je vais garder l’interprétation chaâbie, mais en faisant un arrangement africain. J’ai vraiment respecté les mesures du chaâbi. Il n’y a ni mandole ni derbouka. C’est d’ailleurs l’un des challange de mon album.

– Pourquoi avoir opté pour une troisième partie prod dans votre album ?

Alors là, je tiens à préciser que depuis que j’ai commencé à faire de la musique, c’était toujours de l’acoustique. C’est-à-dire quand il y a une guitare, une batterie ou encore une basse, ce sont de vrais instruments et non pas de la prod, jouée par un clavier. Comme j’aime beaucoup le reggae, sur cet album on retrouve ce style musical.

Le reggae sonne bien en prod, genre un peu comme les sons du musicien Damien Marley. Je dois avouer que ces derniers temps, j’ai beaucoup suivi le mouvement du new reggae, notamment sur le dernier album du fils de Bob Marley, Damien Marley.

Je me suis bien sûr inspiré des sons. Du coup, mes chansons Meryem, Leave my bladi, Salem Welcome et Khayen El Youm, c’est du reggae. Ce sont des titres enregistrés en électronique prod, bien sûr, avec une vrai groove basse batterie derrière. Le son est électronique, mais la façon de jouer est vraiment acoustique. Le reggae est une musique que j’écoute depuis très longtemps. J’ai toujours écouté Bob Marley et les wailers bands.

Le reggae est une musique qui me parle beaucoup. Pour la petite histoire, à un moment donné, j’ai eu un problème avec mes cheveux. Ma chevelure me perturbait, vu qu’elle avait poussé. La seule solution, c’était de faire des dreadlocks. Pendant une tournée, il y avait des hippies à Marseille. Je leur ai offert des cd et en retour ils ont voulu me faire des dreadlocks.

Des dreadlocks que j’ai depuis huit ans. Toutefois, je tiens à préciser que je suis partisan du mouvement rasta avec ses valeurs axées sur la paix, l’amour et sur la nature. Les dreadlocks sont un style, mais avec le temps, je me rends compte que mes cheveux ont poussé avec moi (rires). Je vois mes huit ans à travers mes cheveux. C’est une partie de moi.

– Etes-vous satisfait de votre premier album,  sachant que vous êtes de nature très exigeant ?

Quand on a la liberté de faire une carrière en solo, on peut se permettre d’arriver à un niveau de satisfaction pour sortir un album. Mais en même temps, il ne faut pas tarder pour sortir l’album. La chanson Briya, je l’ai enregistrée trois ou quatre fois, mais la dernière version est consignée dans mon opus.

Au niveau du clip qui est sorti dernièrement, j’ai chanté la chanson dans les aigus. Je me suis rendu compte que quand je la chante en acoustique, j’utilise les sons graves.

La chanson en question parle d’une maman qui demande à son fils exilé de revenir au pays pour accomplir son service national et rester avec elle. Je me suis dit, comme j’ai le temps voulu, je vais faire un octa plus grave. J’espère que les gens ne seront pas déstabilisés, car il y a, comme on l’appelle souvent, l’«effet maquette».

Quand on écoute une chanson pour la première fois, on s’habitue à cette façon de chanter. Si elle tarde plus d’une année d’écoute, même si vous optez pour une version meilleure en qualité et en interprétation, les gens ont toujours du mal à adopter une nouvelle version. Du coup, c’est un peu un risque. Je suis sûr que cette version a plus d’impact par rapport au message. Je pense que pour vivre une musique, il faut lui donner un nouvel habillage pour qu’elle devienne plus accessible aux générations nouvelles.

Nous vivons dans un siècle fait de rapidité, de facilité et de qualité. Je n’ai pas fait un album pour faire du buzz, mais c’est un album avec des satisfactions, des coups de cœur, des challenges, des inspirations et des clins d’œil. Je me suis éclaté. Je n’ai pas respecté les règles de production.

– Dans quel registre classeriez-vous votre musique ?

Ma musique n’a pas de répertoire. Je ne peux pas dire que c’est du reggae ou encore du chaâbi. Il y a tellement de styles et de sonorités. Dans chaque chanson il y a un arrangement spécifique. Par exemple, dans la chanson kabyle, je ne peux pas dire que c’est du kabyle ou du rock alternatif. Je dirais en toute modestie que c’est peut-être du «zdeldel». Des fois, quand on ne sait pas répertorier un style, on dit que c’est de la «world music».

Même si je n’aime pas beaucoup cette appellation. Parce que c’est un recours, quand on ne sait pas où se mettre on se met dans la catégorie world musique. Franchement, ma musique est sincère, actuelle. Ma musique est une musique algérienne.

– Envisagez-vous de faire une tournée nationale pour la promotion de votre album ?

Evidemment, je compte faire une tournée promotionnelle pour mon premier-né, Zdeldel. Je pense que le public n’est pas concentré seulement au niveau de la capitale, même si généralement la plupart des événements démarrent vers Alger. Je voudrais donner des concerts au niveau du territoire national. Il faut juste dire que l’artiste répond aux invitations des organisateurs.

Même si on organise des concerts privés, il nous faut des partenaires et un budget pour payer l’équipe technique et les musiciens. Du coup, ce que je suis en train de préparer avec des partenaires privés, c’est une tournée promotionnelle pour aller à la rencontre de mon public dans les villes les plus reculées.

– Avez-vous d’autres projets ?

J’ai un projet qui me tient à cœur, celui de partir en Jamaïque pour découvrir l’origine du reggae. J’aimerais faire aussi d’autres collaborations sur d’autres expériences. Je pense en toute modestie que le meilleur reste aussi à venir.


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