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Raymond Depardon. Photographe et documentariste

«J’ai fait mes premiers pas en Algérie»

28 septembre 2019 à 9 h 00 min

De passage à Alger, celui qui est considéré comme l’un des plus grands au monde de sa profession, nous a accordé cette interview du fond de ses 77 ans alertes et de son incroyable humilité. Origines paysannes, parcours fulgurant, guerre d’indépendance, Accords d’Evian, passion du désert, fascination d’Alger, visions et projets… Il a mis plus d’un demi-siècle de la planète dans ses bobines et il continue.

– Je ne vais pas vous parler de destin, mais vous êtes né à Villefranche-sur-Saône où furent tournées parmi les premières images du cinéma en 1897. Vous êtes né 45 ans après, mais vous est-il arrivé d’y penser, ne serait-ce que comme une belle coïncidence ?

Effectivement, sur ce bord de la Saône, j’allais en vélo faire les courses de la famille. C’est à ce moment que j’ai beaucoup rêvé de devenir cinéaste, dans ce pays lyonnais connu pour l’invention du cinéma. A quelques kilomètres aussi, on y avait inventé la photographie.

C’est étonnant, un peu comme une métaphore, je me suis retrouvé entre le cinéma, qui a été inventé par les frères Lumière à Lyon, à Villeurbanne précisément, et la photo à Chalon-sur-Saône, par Nicéphore Niepce. On m’a raconté d’ailleurs que le premier travelling de l’histoire du cinéma a eu lieu sur le fleuve, à Neuville-sur-Saône, quand un caméraman a filmé les berges sur une barque.

Quand j’étais adolescent, j’ignorais tout cela, mais quand je l’ai découvert, cela m’a enthousiasmé. Mes parents étaient très gentils, très XIXe siècle. Ils avaient vu, bien avant moi, que je ne pourrai pas reprendre la ferme. En plus, j’apprenais mal à l’école.

Comme beaucoup de cinéastes et de photographes, je n’étais pas très scolaire, au contraire de mon frère. J’avais commencé à manipuler un appareil photo. J’étais très casanier, un peu silencieux, timide. D’ailleurs les jeunes filles me le reprochaient. J’étais assez mal à l’aise dans les relations. La photo et le cinéma plus tard m’ont sorti de là, m’ont aidé à aller vers les gens, à porter un regard sur eux.

A 16 ans, je suis monté à Paris, laissant mes parents terrorisés quant à l’avenir de la ferme. Plus tard, mon frère, après un long détour industriel à Grenoble, a repris la ferme. C’était une liberté qu’il me donnait.

Ce sentiment de liberté, je le retrouve en Algérie, tout autour de la Méditerranée, je dirais. Nous avons besoin de liberté, qu’on nous foute la paix. Il y a chez moi ce côté paysan, cet esprit indépendant et, dans ma démarche, à la fois une espèce de confiance en moi et le fait de croire aux autres.

– Au début du XXe siècle, le poète américain Ezra Pound avait créé le mouvement littéraire des imagistes. Vous qui êtes à la fois photographe et documentariste, on pourrait vous attribuer ce titre. Mais comment choisissez-vous entre l’image fixe et l’image animée et sonore ?

On est sans doute plusieurs personnalités dans une personne. Comme photographe, je suis plus solitaire, un peu plus abstrait… Comment dire ? Plus formel, plus esthétique, mais ce n’est pas tout à fait ça. Plusieurs fois, on m’a demandé de faire des photos sur des sujets que j’avais faits au cinéma.

Et là, j’ai dit non, car je trouve que le ciné est proche des gens, on leur donne la parole, on les laisse s’exprimer forcément, on les défend, ou alors on peut être témoin, bien sûr. Mais ce n’est pas le même engagement pour moi que d’être cinéaste et d’être photographe. Je suis un peu plus distancié dans la photo parce que je ne peux pas parler à tout le monde.

Là, depuis deux jours, ça a été un bonheur de faire des photos dans les rues d’Alger. Vraiment quel bonheur ! Beaucoup de gens me souhaitaient la bienvenue. C’était des jeunes pour la plupart. Des jeunes filles, en passant devant ma femme, Claudine, lui ont simplement murmuré ce mot.

Quand on fait des photos, on ne peut pas parler aux autres, on est un peu voleur, on va vite. Mais pourtant ici dans les rues d’Alger, animées avec tant de choses qui se passent, la manière dont les gens se parlent, se croisent, se regardent, s’appellent, se touchent, quelle merveille ! Je suis plus muet comme photographe. Tchak, tchak, une tierce de seconde ! Si la photo est bonne ou pas, on verra plus tard. Tandis que si je dois faire un film, je réfléchis, je prépare.

– Vous étiez bien jeune quand vous êtes venu la première fois en Algérie, en 1960, pour un reportage sur une expédition scientifique bien particulière. Vous vous en souvenez ?

Ah ! Comme d’aujourd’hui. J’avais 18 ans. Cela a été un choc pour moi. Le mois d’août dans le désert. On est descendus par route jusqu’à Tindouf, Gara Djebilet précisément, pour étudier la résistance à la chaleur du corps humain. Il y avait des cobayes à qui l’on donnait trois litres d’eau par jour.

Il faisait très chaud dans cet endroit, l’un des plus chauds du globe. En arrivant à la base de Hammaguir, le 16 août 1960, on a trouvé un capitaine complètement paniqué, parce que sept appelés du contingent qui montaient la garde étaient partis chasser la gazelle et on n’avait plus de nouvelles d’eux.

Il s’est avéré ensuite qu’ils étaient tombés en panne. Il y avait avec nous des professeurs en médecine qui les ont aidés à se réhydrater. Il ne fallait pas leur donner à boire, seulement sucer des glaçons. J’ai fait quelques photos, une bobine au Rolleiflex. Arrivés à Tabelbala, sur une base de la Légion étrangère, l’officier m’a ordonné de lui remettre mes photos.

A l’époque, je commençais à l’agence de photo Dalmas, de Paris. C’étaient des gens complètement différents des photographes d’aujourd’hui, des gens d’après-guerre, assez durs, un peu plus voyous.

Et ils me disaient toujours : Raymond, on ne donne jamais ses films à la police, tu mets tes bobines dans ta chaussette. J’étais tellement jeune que je me suis mis à pleurer. On sait bien mentir quand on est jeune et j’ai affirmé que j’avais déjà donné les films à un infirmier parti avec les rescapés.

Donc, ils ne m’ont pas fouillé et finalement ces photos que j’ai envoyées plus tard ont fait 10 pages dans Paris-Match. A l’époque, la presse n’avait pas accès aux territoires de l’Algérie, on ne savait pas ce qui s’y passait. Ce reportage était un peu un fait divers, mais il a marqué, car il y avait quand même 4 morts sur les 7 naufragés du désert !

Or, l’armée, qu’on appelait déjà la «grande muette», avait annoncé aux familles des victimes que leurs enfants étaient morts accidentellement au poste de garde. Les militaires étaient en grande colère, mais c’est comme ça que je suis passé dans l’agence du statut de pigiste à celui de salarié.

– Surtout à votre âge…

Oui, à 18 ans, se retrouver salarié et avoir passé un reportage-photo dans un grand magazine ! J’avais un bon salaire et des notes de frais alors qu’avant je ramais. C’est étrange, mais le désert m’a porté chance. Je suis revenu très vite en Algérie.

Un puits de pétrole à Gassi Touil s’était enflammé et ils ont fait venir l’Américain Red Adair pour éteindre l’incendie. J’ai photographié tout ça. Plus tard, j’ai fait d’autres déserts, le Tchad, par exemple, avec la prise d’otages… Et je me suis toujours senti bien dans cet univers, parmi les nomades.

Voilà, c’est en Algérie que j’ai fait les premiers pas de mon métier. Et c’est pour ça que je garde une attache profonde avec ce pays.

– Une année après, votre agence vous envoie à Alger. A un moment où l’histoire s’accélère, où les conflits s’exacerbent, où la violence explose, où l’OAS s’impose… Vous avez mal vécu tout cela… 

Bien sûr, pendant la guerre je n’étais pas heureux. On m’envoyait en Algérie car les autres photographes ne voulaient pas venir en général. J’étais mal. La communauté française d’ici me voyait d’un mauvais œil. Pour eux, j’étais un journaliste métropolitain comme ils disaient.

Leurs filles étaient très méprisantes avec moi. J’étais parfois obligé de me cacher pour prendre des photos. On m’a cassé plusieurs fois mon appareil. Il y avait alors beaucoup de manifestations de pieds-noirs. Les militaires étaient plutôt indifférents, il y avait des appelés du contingent de mon âge, mais ils ne me parlaient pas.

Quant à la communauté algérienne, elle était plutôt silencieuse et taciturne. Elle était visiblement malheureuse. Tout le pays sentait le malheur, mais on attendait l’indépendance. Alors sont venus les Accords d’Evian, et comme j’étais le plus jeune, on m’a dit : tiens, tu vas aller à Bois d’Avau. C’était formidable. J’étais du côté suisse.

– On dit que vous étiez proche de la délégation algérienne…

Oui, parce qu’ils m’ont laissé entrer. J’ai pris plein de photos que d’ailleurs on va montrer bientôt. Cette délégation algérienne était incroyable, avec de grands messieurs là dedans. Je voyais bien qu’ils étaient jeunes, dynamiques et heureux quand on pouvait penser qu’il y avait une grande tension.

En face d’eux, il y avait Joxe et la délégation française, des gaullistes purs et durs, plutôt fermés. Mais là, au contraire, les Algériens se montraient très détendus. Ils étaient sûrs de gagner. Forcément, la paix et l’indépendance allaient arriver. Les photos montrent bien cet état d’esprit qui les animait, cette détermination.

Ils paraissaient très sûrs d’eux et l’ambiance parmi eux était démocratique. Tout le monde était mélangé. Il se passait quelque chose de formidable dans cette maison bourgeoise suisse au bord du lac. Un hélicoptère venait les chercher tous les matins pour rejoindre les négociations.

Ils étaient organisés aussi. On m’a même donné une carte d’accréditation sur laquelle il y avait marqué «Gouvernement provisoire de la République algérienne». J’étais bien vu et accueilli parmi les délégués algériens. Je ne posais pas de questions.

– Vous avez donc sûrement connu le journaliste suisse Charles-Henri Favrod, qui a joué un rôle dans la préparation de ces Accords…

Bien sûr, il était là. C’est à ce moment que j’ai fait sa connaissance. Il était comme un poisson dans l’eau. Parmi les progressistes suisses, il y avait beaucoup de soutiens à l’indépendance algérienne. On tournait alors une grande page de l’histoire et je le ressentais pleinement…

En 1970, je suis revenu en Algérie avec l’agence Havas pour promouvoir le tourisme du pays. Toute une caravane de journalistes et de photographes, des chaînes de TV, dans des Méharis, ces voitures colorées en plastique… On a fait les hôtels Transatlantiques et les complexes de l’architecte Pouillon.

L’idée c’était de monter une campagne pour la destination Algérie et attirer des touristes étrangers. Il y avait une excellente ambiance. Je me souviens d’avoir fait la route de Ghardaïa et les villes du Sud, Djanet, Tamanrasset… Par la suite, je suis revenu plusieurs fois à Djanet.

– On retrouve votre trace à Alger dans les années 80’. Dans quelle circonstances ?

J’étais revenu présenter quelques films à la Cinémathèque d’Alger et c’était une belle occasion. Mais j’ai fait plusieurs séjours. Je n’avais plus les moyens de descendre à l’hôtel Aletti, comme lorsque j’étais envoyé par des agences. J’allais dans les petits hôtels des ruelles proches du port.

Je descendais parfois en voiture en direction du Niger, du Mali. Je suis aussi venu une fois avec un ami en moto. La moto, c’est formidable pour la photo. Les gens m’accueillaient chaleureusement, mettaient la moto dans un magasin. J’ai vécu un bonheur fou. J’ai toujours aimé ce pays. La preuve, quand j’ai rencontré ma femme,
Claudine, je lui ai dit : allons en Algérie !

– C’était votre voyage de noces ?

En quelque sorte, oui. On a continué jusqu’au Mali. A chaque fois que j’ai aimé une femme, je l’ai emmenée dans le désert et en Algérie. Claudine, qui est plus jeune que moi et plus méditerranéenne (elle est de Montpellier) connaît l’Algérie.

Elle est totalement à l’aise ici. Elle a une façon de se mouvoir, de rencontrer les gens… Vous savez, les Français, les Occidentaux, ne savent pas entrer en contact avec les gens. Ils ne savent pas qu’il suffit d’aller vers eux, d’être direct, franc, naturel. Et les Algériens aiment discuter, échanger, découvrir l’Autre…

On a une maison au bord de la mer et, souvent, on se dit en regardant l’horizon : en face, c’est l’Algérie. Elle est là. Elle nous ouvre la porte sur le désert et sur l’Afrique…

– Une sorte de voisine de palier ?

Absolument, j’aime votre image. J’ai fait beaucoup de photos sur l’Algérie et je prépare mon grand livre sur le désert où figureront de nombreux clichés du Sahara algérien.

– Vous êtes brièvement repassé à Alger en 1999. Ces sauts dans le temps, sur près de 60 ans, vous ont permis une observation privilégiée de l’évolution de la ville. Comment la trouvez-vous aujourd’hui ?

Si l’on compare par rapport aux années 80’ et 90’, je trouve qu’il y a nettement une meilleure ambiance. Peut-être qu’il y a des problèmes d’urbanisme, des immeubles qui commencent à s’effondrer, mais ce qui est resté, c’est que les gens sont toujours les mêmes. Et là, je les ai trouvés plus détendus, on sent qu’il y a de l’espoir et quelque part du bonheur.

Bien sûr, c’est beaucoup mieux que dans les années 90’, où tout le monde se méfiait un peu de tout le monde. Il y a maintenant une atmosphère dans les rues que je n’avais jamais ressentie auparavant. J’ai fait cette fois des photos que je n’avais jamais pu faire : des gens, surtout des jeunes, heureux dans la rue, des garçons et des filles ensemble, des mamans et des enfants, ensemble, plusieurs générations ensemble…

C’est un plaisir à voir et j’espère que je pourrais continuer à revenir encore pour poursuivre cette longue histoire. Avant, on sentait une chape de plomb, une tension visible. Là, à part qu’on m’a conseillé de ne pas photographier les manifestations, j’ai senti une évolution presque palpable de la société.

Pour moi, l’actualité présente, c’est une histoire algérienne. J’ai confiance en les Algériens et ils vont trouver une solution entre eux. Je regrette tellement que beaucoup de gens en France ne connaissent pas l’Algérie et les Algériens. Avant de venir, on a rencontré des amis. Ils ne connaissent pas Alger.

Ils connaissent le Maroc, mais ça n’a rien à voir. Je leur dis toujours que Nice ou Marseille sont de petites villes à côté d’Alger. La ville blanche, avec sa baie est une des plus belles au monde. Quand vous arrivez par bateau, c’est fantastique. Et, encore une fois, je ne suis pas d’origine pied-noir.

J’ai choisi de venir et choisi d’aimer. On peut comprendre forcément que des gens soient tombés amoureux de ce pays aux siècles derniers. J’espère que l’histoire avancera davantage. Il faut du temps pour. Je suis là pour donner à voir l’Algérie dans sa réalité quotidienne.

– Certains affirment qu’Alger est «une ville très photographique». Cela a-t-il du sens pour vous ?

Ah oui, cela a du sens ! Je dirais d’ailleurs que tout le pays est photogénique. Peut-être, pour un photographe, il y a des petites règles à adopter.

Il faut aller très vite pour faire des photos. Surtout si vous prenez des personnes, elles vont voir que vous avez pris une photo et là, soit elles vont se mettre à poser et c’est raté, soit elles vont vous dire d’arrêter, ce qui est une alternative compréhensible. Mais Alger est vraiment une ville photogénique.

Elle est conçue comme une espèce de nid qui protège les gens avec la baie en demi-cercle, les petites rues… Alger est à la fois Naples, Barcelone et Marseille tout en étant elle-même.

Quand je cite ces villes, j’avoue toujours que j’ai un faible pour Alger. J’aurais bien pu vivre et me marier ici après l’indépendance. Il faudrait qu’il y ait plus de liens entre les deux peuples et si je peux faire quelque chose, je le ferai avec plaisir, déjà exposer mes photos à Alger, ce qui serait un grand honneur.

– Votre séjour comporte une rencontre pour la première fois avec de jeunes photographes algériens. Qu’en attendez-vous ?

J’en suis bien content. Si je peux les aider, tant mieux, mais ce qui m’intéresse, c’est qu’on ait plus de liens entre photographes des deux pays, qu’on puisse se voir, se parler, faire des expos ici ou là, échanger. Il devrait y avoir beaucoup plus de liens.

En tout cas, en Algérie, il y a beaucoup de talents en photo et en cinéma, c’est évident. J’ai eu un parcours exceptionnel, j’ai été photographe de presse, grand reporter, j’ai fondé l’agence Gamma, je suis rentré dans l’agence Magnum. J’ai beaucoup voyagé, suivi l’évolution de la photo qui a pris des distances par rapport au journalisme. Maintenant, il y a la télévision, internet, etc.

Mais les photographes sont des auteurs, des artistes. Ils sont assez solitaires. Ils sont plutôt malheureux, pas sûrs d’eux, mais ils aiment passionnément leur métier et ont besoin d’encouragements. Je vais essayer d’aller dans ce sens et leur dire de s’accrocher.

Quand je vois un film ou une photographie d’Algérie, je suis content. J’attends des images des photographes algériens sur leur pays, mais aussi sur le reste du monde. Moi, je suis de leur côté. De l’autre, il y a le monde anglo-saxon qui me faisait peur par sa puissance. Mais j’ai découvert que nous pouvions être aussi bons qu’eux. Même meilleurs qu’eux. Ne serait-ce que par notre capacité de contact avec les gens.

Un photographe américain viendrait ici à Alger, il serait un peu effaré, il aurait besoin d’un guide, «un fixeur», comme ils disent, une voiture qui le suit. Non, pas besoin. Quand je suis arrivé à Alger, j’ai dit : je veux marcher seul dans les rues, je ne risque rien.

Je connais les règles, je sais qu’il ne faut pas photographier des bâtiments militaires comme partout au monde. Il faut que les jeunes photographes algériens aient confiance en eux, qu’ils sachent qu’ils sont des artistes à part entière pour monter des expos, produire des livres de photos sur leur histoire, leur territoire, les gens. Beaucoup comme moi, en France et dans le monde, aimeraient voir plus l’Algérie.



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