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Immigration au Québec Le vrai du faux

12 octobre 2018 à 1 h 48 min

Les Québécois viennent de donner au début du mois d’octobre un mandat majoritaire à un nouveau gouvernement qui a basé sa campagne électorale sur une promesse de diminuer le nombre d’immigrants et d’interdire les signes religieux, y compris le hidjab pour les juges, les policiers et les enseignants. Que va-t-il changer ? Les Algériens qui immigrent beaucoup au Québec se posent déjà plusieurs questions.

Des 125 sièges à l’Assemblée nationale de la seule province francophone au Canada, 74 sont revenus au parti de la Coalition avenir Québec (CAQ) créé en 2011. En moins de de huit ans, ce parti est passé de 19 députés en 2012 à former un gouvernement majoritaire en 2018 et avoir les coudées franches pour appliquer sans résistance un programme aux relents identitaires. e parti n’a pas été créé ex-nihilo.

Il est aussi le résultat de la fusion avec un autre parti qui avait bouleversé l’échiquier politique au Québec en élisant 41 députés en 2007 après une campagne électorale basée sur les questions identitaires ou ce qui est appelé la crise des accommodements raisonnables – cette possibilité de contourner la réglementation pour des raisons religieuses. Un principe de droit canadien. ertes, le parti de centre-droit n’est pas un Front national québécois.

Il s’en est d’ailleurs démarqué juste après son élection quand Marine Lepen l’avait félicité. «Contrairement à ce que serinaient les libéraux immigrationnistes béats, les Québécois ont voté pour moins d’immigration. La lucidité et la fermeté face au défi migratoire est le point commun des élections de quasiment tous les pays du monde confrontés à cet enjeu», avait-elle écrit sur Twitter.

La réponse de François Legault, chef du parti Coalition avenir Québec et Premier ministre élu, était cinglante : «Je rejette toute association avec Mme Le Pen. Les Québécois sont accueillants et généreux. Nous allons accueillir des milliers d’immigrants chaque année, mais nous allons le faire d’une façon qui favorise l’intégration. On va en prendre moins, mais on va en prendre soin», a-t-il écrit sur Twitter.

Diminution du nombre d’immigrés

Le Québec reçoit bon an mal an environ 2500 nouveaux immigrants algériens. Et ce nombre n’est pas près de changer. Selon Radio Canada, en 2017, le Québec a reçu 52 000 immigrants. “Ce chiffre est relativement stable année après année, notamment depuis 2008, où près de 45 000 immigrants avaient quitté leur pays pour s’installer dans la province. L’année suivante, une hausse de plus de 9 % avait été constatée, avant un pic à 55 000 nouveaux arrivants en 2012.

Un niveau jamais atteint depuis.”58% des immigrés reçus au Québec sont sélectionnés par la province (catégorie des travailleurs) et les autres sont choisis par le gouvernement fédéral (parainage familial et réfugiés). Le Premier ministre élu du Québec avait promis de diminuer le nombre d’immigrants de 24% à partir de 2019. «On n’avait jamais pris position de façon claire sur le moment où serait implantée la mesure.

Mais je vous l’annonce aujourd’hui : en 2019, le seuil va être réduit à 40 000», a-t-il déclaré début septembre en pleine campagne électorale. “Actuellement, l’immigration avec les libéraux est un échec, 26% des nouveaux arrivants quittent le Québec. Ça veut dire qu’on en perd 13 000 sur 50 000. Et dans les cinq premières années, ceux qui restent ont un taux de chômage de 15%.

On va mieux les choisir en fonction des besoins du marché du travail dans toutes les régions du Québec», avait-t-il martelé en s’attaquant à son rival, le Premier ministre sortant Philippe Couillard. Ce dernier avait qualitié cette promesse électorale d’antiéconomique en affirmant que “François Legault a tort de vouloir accueillir 10 000 immigrants de moins qu’à l’heure actuelle, en raison de la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit dans la province.

Cette mesure est antiéconomique.” Un argument qui n’a pas pesé dans l’urne puisque le parti libéral du Québec de Philippe Couillard a été relégué dans l’opposition. Dans l’éventualité d’une mise en application de ce plan.

La province doit négocier avec le gouvermement fédéral. Et le Premier ministre désigné du Québec était confiant pendant la campagne electoral. “Disons que la grande majorité des Québécois sont d’accord pour réduire le nombre d’immigrants et votent pour la CAQ le 1er octobre, M. Trudeau va être obligé d’en tenir compte.” Les observateurs sont en mode attente.

Francophones, tests de valeurs et identité

Le nouveau gouvernement compte aussi exiger des nouveaux immigrés des connaissances du français, langue officielle de la province ainsi qu’un test de valeurs qui porterait sur l’égaité entre hommes et femmes, la laïcité, la société démocratique et les homosexuels.

«À 50 000 immigrants au total par année, c’est un demi-million au bout de 10 ans. C’est sûr que si ces gens-là n’apprennent pas le français, comme c’est le cas actuellement… il y a un risque effectivement que nos petits-enfants ne parlent plus français. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher ça. C’est la responsabilité du premier ministre du Québec de protéger la nation, de protéger le français au Québec.

Ce n’est pas seulement le Québec qui est dans cette position-là, regardez ce qui se passe en Europe : tous les pays se posent des questions comment on peut protéger notre identité, tout en continuant de recevoir des immigrants», avait délaré Françis Legault.

Ce discours a séduit les groupes d’extrême-droite québécoise dont le plus en vue La Meute dont l’un des dirigeants avait déclaré aux médias locaux que “les positions de La Meute étaient proches de celles de la CAQ (le parti du premier ministre désigné”. Un soutien encombrant pour ce dernier qui a réagi en affirmant qu’«on ne peut pas empêcher un coeur d’aimer, mais j’aimerais mieux qu’ils ne m’aiment pas. Je n’aime pas le discours véhiculé par la meute. Je trouve que c’est sur le bord du racisme.»

Hidjab

Juste après son élection, le Premier ministre désigné du Québec a réaffirmé son engagement à interdire les signes religieux dont le hidjab pour les juges, policiers et les enseignants. «Pour nous, c’est clair. Les personnes en position d’autorité ne devront pas porter de signe religieux.

Je crois qu’on a intérêt à mettre ça derrière nous rapidement dans la première année de notre mandat. Il y a consensus au Québec», a affirmé François Legault. Ce qui a fait réagir le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, qui a dit que «ce n’est pas à l’État de dire aux citoyens ce qu’ils peuvent porter ou pas».

Dimanche dernier, une manifestation organisée dans le centre-ville de Montréal accusait le parti de Fançois Legault de racisme. «La CAQ se retrouve au pouvoir avec une majorité politique, ce parti qui a utilisé sans vergogne la xénophobie contre les personnes immigrantes et les minorités religieuses.

Les propositions d’extrême droite telles que l’abaissement du seuil d’immigration, l’inutile test des valeurs ou encore l’expulsion des personnes qui échouent au test de français ne sont que des exemples qui ont induit une peur non négligeable chez les personnes immigrantes», pouvait-on lire dans une déclaration des organisateurs. «Son projet politique trouve écho chez plusieurs forces d’extrême droite», estime l’un des organisateurs.

De son côté, Ali Kaidi, ancien professeur de philosophie à l’université Alger 2 et membre fondateur de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) estime que «le débat politique  sur la laïcité a perdu sa rationalité et toute  possibilité d’approche dépassionnée, en se réduisant à la question du port des signes religieux, voire du port du voile islamique… François Legault semble proche de la laïcité républicaine ; il a maintes fois exprimé sa volonté d’affirmer le caractère laïc de l’État québécois…

Le gouvernement de la CAQ est dans une situation qui lui permet d’être à la hauteur des attentes de la population pour donner un début de solution à la question de la laïcité au Québec, et de préférence qu’il la traite au début de son mandat parce que c’est une  question très sensible qui suscite des débats chargés d’émotions de part et d’autre».

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