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La chronique de A Merad

Ils ont sept vies comme les chats…

23 mai 2019 à 7 h 35 min

Il apparaît de plus en plus clairement que le commandement militaire ne veut pas entendre parler de changement de système. Gaïd Salah a rejeté cette revendication capitale du mouvement populaire sous prétexte qu’elle viserait ni plus ni moins que l’effondrement de l’Etat avec le départ de ses cadres, alors que les Algériens n’ont ciblé que les figures emblématiques du régime corrompu de Bouteflika.

L’amalgame entretenu par le chef d’état-major n’est pas fortuit. Il lui offre l’alibi de généraliser, voire d’amplifier le danger de déstabilisation qui pèse sur les institutions du pays pour conforter sa solution constitutionnelle.

Point de salut donc en dehors de la Constitution, même si celle-ci a été maintes fois piétinée. Et au bout du calcul, le maintien, même avec quelques variantes, du système qui selon le détenteur réel du pouvoir ne doit pas disparaître au risque de mener le pays à l’anarchie.

C’est en tout cas la lecture la plus significative qu’on pourrait faire de son dernier discours à travers lequel il a répondu, avec une rare fermeté, aux manifestants réclamant l’instauration d’une deuxième République où le droit, la justice et la liberté ne seraient pas de vains slogans. De deux choses l’une : ou Gaïd Salah donne l’impression de se retrouver piégé dans l’application à sens unique de sa feuille de route en n’ayant aucune autre résolution de sortie de crise que celle que nous dicte un agenda électoral aux contours imprécis.

Ou alors la conservation du statu quo reste pour lui la seule garantie de la pérennisation du système avec lequel il ne serait pas totalement en désaccord. Cette dernière alternative paraît la plus probante. On peut la vérifier avec le maintien des deux «B» qui ont cristallisé la colère de la rue. On peut aussi la concevoir avec les appels du pied lancés par les partis de la défunte alliance présidentielle au nouvel homme fort du régime pour une offre de service qui serait indispensable à son projet.

Si le vice-ministre de la Défense a l’intention de redonner vie à l’ancien système, il aurait besoin de son traditionnel attirail de propagande. Autrement dit, de toutes les reliques bouteflikiennes qui cherchent aujourd’hui, avec l’énergie du désespoir, à se recycler après avoir été gravement discrédités et rejetés par les masses populaires. Personne ne serait étonné si elles ressortiraient la tête de l’eau. Ces reliques ont, comme les chats, sept vies pour reprendre un vieux dicton bien de chez nous. Elles peuvent chuter de très haut mais gardent toujours l’espoir de retomber sur leurs pieds.

C’est en tout cas l’image qu’elles nous renvoient en renouvelant une intention d’allégeance à peine voilée au chef d’état-major, exprimée sous forme de soutien sans réserve à ses dernières décisions. Les quatre partis de l’alliance se sont donné le mot pour attirer l’attention sur leur disponibilité au cas où le pouvoir militaire penserait à faire ressurgir les pratiques politiciennes qui avaient permis à la «bande» de régner.

Tous ont approuvé le plan Gaïd et formulé en filigrane des appuis politiques qui leur permettraient de revenir à la surface, malgré pourtant une disgrâce qui les a complètement disqualifiés aux yeux de l’opinion publique. Tous sont prêts à changer de monture sans la moindre gêne, pourvu qu’ils retrouvent l’espace de compromission et de servitude qu’ils savent si bien occuper. A leur tête, bien sûr, le FLN qui fait le forcing pour renaître de ses cendres. Le vieux parti qui refuse toujours de rendre le glorieux sigle de la Révolution à son véritable propriétaire, le peuple, est sûrement celui qui possède la plus grande expérience en matière de résurrection.

Que de fois il a fait le dos rond face à de violentes offensives populaires lui désignant la porte du… musée, avant de se régénérer et de se réapproprier une place dans l’échiquier politique encore plus confortable que la précédente. C’est l’art consommé du dédoublement qu’il a aiguisé au fil des rôles de subordination que lui a confié le Pouvoir qui lui permet d’avoir cette capacité inébranlable de revenir sur la scène alors qu’on le croyait moribond, à un doigt de rendre l’âme. Une carapace indestructible.

Le FLN, c’est comme le roseau qui plie mais ne rompt pas, ou si vous voulez, c’est comme le boxeur acculé et groggy au coin du ring mais qui arrive on ne sait pas quel miracle à se relever. On se rappellera de sa renaissance miraculeuse après la révolte de la jeunesse d’Octobre 88 qui l’avait chassé du paysage comme un malpropre.

Il incarnait, à l’époque où le multipartisme était considéré comme une hérésie, l’institution la plus détestée par les masses populaires, celle qui politiquement faisait le plus de dégâts à la société par sa doctrine propagandiste qui a abruti tant de générations. Si les symboles du FLN étaient particulièrement visés, c’est que les Algériens avaient gros sur le cœur, trop souffert des méfaits de cette machine répressive qui anéantissait toute idée progressiste. L’insurrection d’Octobre 88 était dirigée fondamentalement contre la trahison du FLN qui au lieu de défendre les intérêts du peuple, s’est mis au service exclusif du système corrompu. Depuis l’indépendance, en acceptant de se transformer en un instrument de «déculturation systématique», le vieux parti a vécu en confrontation perpétuelle avec son peuple.

Les quatre mandats de Bouteflika l’ont rendu encore plus arrogant, encore plus aveugle sur la réalité. C’est lui qui a introduit le système de la chkara pour élire ses représentants au Parlement.

C’est lui qui est à l’origine de toute la perversion politique que vit le pays. L’épisode Bouhadja, et celui plus actuel de Bouchareb renseignent sur la nature affairiste et mafieuse de ce parti qui est prêt à toutes les compromissions pour rester dans les travées du pouvoir dominant. Le peuple l’a encore vilipendé, et demandé que la porte de l’histoire se referme définitivement sur lui, mais la perche qu’il a tendue à Gaïd Salah risque de le sauver une fois de plus pour les besoins de la survivance du système.

Une résurgence qui comptera également sur le RND, Taj et le MPA, les résidus de l’alliance maléfique construite pour la politique de prédation du clan Bouteflika.

Ce trio, au lieu de s’effacer et raser les murs après avoir traîné tant de casseroles d’indignité et de malveillance, ose encore pointer le bout du nez pour revenir dans le jeu, sous l’aile de l’institution militaire. Si dans la culture japonaise l’échec, quelle que soit sa nature, est considéré comme une honte sociale et oblige tout responsable qui faillit à sa mission à demander pardon pour ses actes, en Algérie cette impression de déshonneur et d’humiliation est apparemment une notion abstraite pour nos hommes politiques. Il n’y a qu’à voir le comportement des reliques en question pour s’en convaincre.


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