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Le doyen de la littérature algérienne, Kaddour M’Hamsadji, parle de ses œuvres

«Il faut inculquer à la jeunesse le plaisir de lire»

19 février 2019 à 11 h 00 min

L’écrivain, poète et romancier algérien, Kaddour M’hamsadji, était l’hôte, samedi dernier, du tout nouvel espace littéraire, Agora livre, à la librairie Média-Book, à Alger.

Initiée par les éditions Enag, cette nouvelle activité hebdomadaire, Agora du livre, qui se déroulera chaque samedi à 14h, sera dédiée aux rencontres littéraires, aux ventes-dédicaces, aux lectures publiques et aux conférences. Comme l’a si bien souligné le journaliste et modérateur, Abdelhakim Méziani,  L’Agora du livre a pour mission principale le rapprochement du lecteur de l’auteur.

De son côté, la directrice des éditions ENAG, Nouara Hocine, a rappelé que  L’Agora du livre  n’est pas l’espace de l’Enag, mais celui du livre. «Il fut un temps, dit-elle, où nous avions un espace similaire, dédié à des rencontres entre éditeurs, auteurs et lecteurs, dans les années 2003, 2004 et 2005, mais nous étions tellement pris par le travail et avions tellement d’événements dans le domaine du livre que nous avons relégué l’organisation de ce genre de rencontres.

Désormais, nous replacerons cet espace dans son sillage naturel». Ainsi, ce premier rendez-vous littéraire a été étrenné par le doyen de la littérature algérienne, Kaddour M’hamsadji, lequel a situé quelques-unes de ses œuvres avant de se prêter au jeu des questions-réponses du public.

D’emblée, Kaddour M’hamsadji s’est dit ému de se retrouver avec ses convives lecteurs, qui sont ses amis. Il avertit qu’il n’est pas aisé de débiter tout son riche parcours, mais qu’il se limite à évoquer quelques titres de certains de ses ouvrages qu’il considère comme majeurs. Kaddour M’hamsadji rappelle qu’il a commencé à écrire très jeune.

A l’âge de 12 ans, il rêvait d’écrire, un jour, des livres. Le romancier est convaincu que dans la vie, tout ce qu’on a rêvé ou fait durant notre enfance se répète parfois au fur et à mesure que nous devenons adultes. Avec cet esprit vif, Kaddour M’hamsadji se souvient que quand il était en deuxième année du cours moyen, à la fin de chaque dictée, le professeur de français demandait aux élèves le nom de l’auteur.

«Je me sentais, confie-t-il, très triste, parce qu’à chaque fois, c’était toujours des noms d’auteurs étrangers à ma langue et à ma vie. Je me disais au fond de moi-même : mais comment se fait-il qu’il n’y a pas d’auteurs algériens ? C’est une vérité que j’ai gardée jusqu’à aujourd’hui.

Un peu plus tard, j’entends parler de Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Malek Haddad et tant d’autres, qui sont devenus mes amis. J’ai vécu avec certains d’entre eux. Mouloud Mammeri était pour moi à la fois un frère aîné, un ami et un père. Nous étions très liés». Il poursuit ses études en pleine protestation nationale du 8 Mai 1945, attaqué dangereusement par l’armée française. Le romancier se souvient qu’à cette époque, des morts sont enregistrés dans plusieurs régions, mais aucun nom féminin n’est cité.

«Je me suis dit qu’un jour ou l’autre, il faut que la jeune fille ou la femme algérienne prenne le flambeau au côté de son frère. Ce n’était pas une fiction à l’époque, mais ce devait être une réalité. Je constatais que beaucoup de jeunes filles n’allaient pas à l’école, non pas qu’on les a empêchées, mais les parents de l’époque n’envoyaient pas leurs filles à l’école, surtout à l’intérieur du pays.

Cela m’avait marqué, car j’avais des sœurs. Je voyais aussi que ma sœur plus âgée que moi de trois ans n’allait pas à l’école», affirme-t-il avec beaucoup d’émotion. Si Kaddour M’hamsadji a commencé à écrire son premier manuscrit sur la femme à l’âge de 15 ans, il l’a achevé en 1951, alors qu’il avait 18 ans. Il raconte que c’est son professeur de français, Bernard Masson, qui était au courant de cette œuvre, alors qu’il était scolarisé au lycée Bugeaud, actuel Emir Abdelkader.

Le professeur en question soumet, à son tour, le manuscrit portant l’intitulé  La dévoilée. Une œuvre majeure, qui a été, rappelons-le, traduite pour les besoins des planches théâtrales par les défunts Mahieddine Bachtarzi et Abderrahmane Djillali. Ainsi, le manuscrit tombe entre les mains du poète, journaliste et producteur El Boudali Safir. Ce dernier le propose à l’écrivain français Emmanuel Roblès, qui le lit avant de décider de faire la préface.

L’ouvrage est publié pour la première fois en pleine Révolution, en 1959 aux éditions Jean Subervie. Par la suite, l’œuvre a été traduite et diffusée à la radio.

Plusieurs années après, l’ouvrage La dévoilée fait l’objet d’une réédition aux éditions algériennes Barkat. Après  La dévoilée, Kaddour M’hmasadji publie d’autres ouvrages, entre autres, sur les traditions et l’architecture de La Casbah, sur quelques intrigues romanesques et sur les janissaires. Il a également publié deux romans sur la Révolution algérienne, ainsi que des essais, des contes, des nouvelles, des pièces théâtrales et de la poésie.

Revenant sur son dernier roman, La quatrième épouse , Kaddour M’hamsadji explique que la première épouse c’est l’Algérie coloniale, la seconde fait référence à l’Algérie combattante, la troisième, c’est le début de l’indépendance et la quatrième coïncide avec l’Algérie des années 80.

Kaddour M’hamsadji n’a pu s’empêcher de revenir sur le livre hommage consacré à son regretté ami Mouloud Mammeri. «C’est un poème, éclaire-t-il, que j’avais écrit quand j’ai appris son décès, mais que j’ai abandonné. J’ai été encouragé pour reprendre cet ouvrage. C’est un opuscule intitulé Le juste du sommeil, inspiré de son roman Le sommeil du juste».

Le conférencier indique qu’il y a eu d’autres ouvrages, mais a tenu à revenir, particulièrement, sur son ouvrage A quoi sert le livre ? Selon lui, beaucoup disent que l’écrivain algérien ne se vend pas dans son pays. Pourquoi? «Il y a plusieurs raisons que je ne vais pas énumérer toutes, mais je pense qu’aller à la lecture est une initiation. L’initiation doit se faire à travers de beaux romans, de belles poésies, de belles nouvelles, de bons essais, etc.

Mais c’est aussi le rôle de l’éditeur, et surtout de l’école. J’ai posé la question ‘‘à quoi sert le livre ?’’ et je suis en train de réfléchir. Je me dis si ma santé me le permet, je publierai un livre qui ressemble beaucoup à celui ‘‘A quoi sert le livre’’, mais il s’intitulera ‘‘A quoi à quoi sert l’école’’. Ce n’est pas politique, mais c’est un travail à faire et pouvoir le faire avec des amis, des auteurs et des contributeurs qualifiés, comme je l’ai fait pour le précédent livre».

Pour Kaddour M’hamsadji, la lecture ne se limite pas à ouvrir un journal ou encore un livre, mais à lire entre les lignes. Toujours de l’avis de l’orateur, c’est le savoir lire. Et ce savoir s’acquiert à l’école. «Il faut inculquer à la jeunesse le plaisir de lire et la recherche de la lecture. La lecture doit commencer sur les bancs de l’école», conclut-il.


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