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Ancien groupe de musique moderne à Constantine : Il était une fois Les Cirtéens

17 avril 2021 à 10 h 05 min

C’est l’histoire très peu connue de nos jours d’un groupe de musique moderne qui avait fait tabac à Constantine dans les années 1960, en dépit d’une carrière assez courte.

Avec Les Blue Jeans, l’autre groupe rival de la même ville, Les Cirtéens avaient connu aussi un énorme succès. Le groupe avait ses particularités et son public passionné dans la cité du Vieux rocher qui restait dominée par le malouf.

Il y avait quand même une folle ambiance au sein des jeunes de l’époque qui adoraient écouter des chanteurs français, anglais, américains et autres et qui avaient retrouvé cette vocation à travers ces groupes de jeunes musiciens ayant fait «des ravages» sur la scène artistique.

Mais le plus intéressant dans l’histoire du groupe Les Cirtéens demeure les conditions de sa naissance. Son fondateur Kamel Boussaïd avait été lui-même à l’origine des Blue Jeans, avec Abdelkrim Zouaoui, dit Krikri. Les deux hommes étaient issus de familles de cheminots, parents par alliance, et avaient fait un long chemin ensemble. Boussaïd avait fait ses débuts en musique très jeune grâce à celui qu’il qualifiait de son «mentor», l’Espagnol Henri Castano, fondateur et chef d’orchestre de l’école de musique des chemins de fer, qui l’a intégré dans le groupe de ses musiciens en tant que clarinettiste jusqu’à l’indépendance. «Après l’indépendance, nous avons rejoint Krikri et moi l’association El Moustaqbel sous la direction de Mohamed Benrachi ; on faisait du moderne algérien, le genre que chantait le défunt Mohamed Lamari (1940-2019), mais avec le temps on a fini par quitter pour fonder Les Blue Jeans, car on voulait faire du moderne européen», rappelle Kamel Boussaïd.

C’était à la fin de l’année 1962. Mais à peine quatre ans plus tard, Kamel Boussaïd décide de quitter Les Blue Jeans pour créer son propre groupe. Interrogé sur ce point, il évoque un malentendu survenu avec son ancien compagnon, sans trop s’étaler sur cette phase de son parcours artistique. «Je voulais faire du jazz, alors j’ai décidé de créer mon propre groupe et c’est ainsi que sont nés Les Cirtéens», ajoute-t-il.

Naissance d’un groupe

La création du groupe Les Cirtéens a eu lieu en 1966. Il était composé de sept jeunes, tous des fonctionnaires et mélomanes qui se connaissaient bien, dont la plupart jouaient de la musique, mais n’étaient pas engagés dans des groupes. Il s’agit de Kamel Boussaïd, chef d’orchestre et saxophoniste, Hamel Hadi à la guitare basse, Khaled Chaâlal à la clarinette et au synthé, Salim Barouk à la guitare d’accompagnement, Ahmed Bekhouche à la guitare, Maâmar Boukerrou chanteur du groupe et Achour le batteur. Grâce à l’Association des cheminots de Constantine, le groupe avait pu disposer d’un local pour les répétitions, se trouvant à l’entrée de la rue Tatache Belkacem (ex-rue Thiers) à quelques pas du pont de Bab El Kantara. Tout a bien commencé pour le groupe qui s’est fait déjà un nom sur la scène artistique à Constantine.

Il avait animé déjà son premier concert au théâtre de la ville et s’est fait un public nombreux parmi les jeunes branchés sur le jazz de l’époque, mais aussi sur la chanson d’expression française et même anglaise. «On faisait des reprises des morceaux de jazz classique et de rock, mais surtout des chansons à succès des années 1950-1960 interprétées par des auteurs célèbres de l’époque, tels Elvis Presley, Bob Dylan, Salvatore Adamo, Alain Barrière, Paul McCartney, mais aussi Henri Salvador, Ray Charles, Claude François, Hervé Vilard, Jimi Hendrix et Louis Armstrong et bien d’autres», a révélé Kamel Boussaïd.

Le groupe, qui avait ses fans, surtout parmi la gent féminine, faisait fureur là où il passait, notamment à l’université populaire (actuel centre culturel Benbadis), mais aussi le théâtre municipal, grâce à son chanteur terrible Maâmar Boukerrou. Décrivant cette ambiance folle qui régnait à Constantine durant ces premières années de l’indépendance, Kamel Boussaïd ne manquera pas de révéler qu’il y avait une concurrence impitoyable, mais saine, entre Les Blue Jeans et Les Cirtéens. «Il nous arrivait d’assister à leurs concerts, et eux aussi venaient aux nôtres, car il y avait beaucoup de respect entre nous malgré la concurrence qui existait à l’époque pour la conquête du public», raconte-t-il.

La consécration

A peine une année après sa création, le groupe Les Cirtéens prend part aux Algériades organisées à Alger en 1967 à l’occasion de la fête de la jeunesse célébrée le 5 juillet de chaque année. C’était à la salle Majestic. Dans un article de presse publié à l’époque, on peut lire ceci : «Les Cirtéens avaient créé une ambiance explosive au sein de la jeunesse algéroise avec un programme débordant, jouant les morceaux Take five, J’attendrais, Etrangers dans la nuit et les cornichons, interprétés par le chanteur du groupe Maâmar Boukerrou.» Dans la catégorie jazz, Les Cirtéens avaient décroché le premier prix devançant Les Vautours de Tlemcen et Les Teddy Boys d’Alger. Une belle consécration pour des jeunes qui se sont sacrifiés durant une année pour atteindre ce but.

Les Cirtéens gagnaient en popularité et en notoriété suscitant même l’intérêt de certains organisateurs de soirées. «Je me rappelle qu’à la fin d’une soirée que nous avions animée en 1967, un imprésario s’était présenté à nous et nous avait proposé un contrat pour nous ramener en France avec une prise en charge totale ; c’était une belle occasion pour nous afin de faire une carrière professionnelle en France ; mais finalement j’ai refusé en tant que chef d’orchestre, car j’avais des obligations familiales avec une mère malade qui avait besoin de ma présence», rappelle Kamel Boussaïd.

Le groupe est parti pour une belle carrière. Ses membres se sont organisés pour acquérir du matériel. «Si chaque membre du groupe avait son propre instrument, il fallait acheter d’autres éléments ; on cotisait chaque mois pour l’achat du matériel», témoigne le chef d’orchestre. La caisse était gérée par Salim Barouk.

Une fin malheureuse

Comme dans l’histoire de chaque groupe de musique, qui connaît le succès, il y a des épisodes malheureux, qui finiront par mettre fin à la belle aventure. Après quatre ans d’existence, Les Cirtéens on vécu des moments difficiles en 1970 lors d’un concert qui sera leur dernier.

La défection d’un des membres du groupe peu avant la prestation, malgré les tentatives de sauver le spectacle, puis l’incident qui surviendra sur scène avaient sonné le glas pour ce groupe parti pour faire long feu. Kamel Boussaïd se rappelle jusqu’à ce jour avec grand regret de ces moments et la décision de signer la fin du groupe. «A la fin de la soirée, j’ai réuni tous les membres du groupe, et j’ai décidé de mettre un point à notre carrière ; cet incident nous a bouleversés après la déception encaissée face à notre public ; nous faisions un travail minutieusement préparé avec des partitions qui me parvenaient de Suisse ; nous avions travaillé dur pendant les soirées des répétitions et dans les spectacles pour finalement parvenir à ce résultat ; c’était grand dommage pour Les Cirtéens», regrette Kamel Boussaïd.

Après la dissolution du groupe, chaque membre a pris une destination. Kamel Boussaïd est retourné au Blue Jeans, aux côtés de son ancien compagnon de route Abdelkrim Zouaoui, avec qui il fera une longue carrière jusqu’au décès de ce dernier en 1985 dans un incident tragique. Il décidera de se consacrer par la suite à la formation de musiciens et la création de fanfares.

Parmi les autres membres des Cirtéens, on apprendra le décès d’Achour le batteur. Les guitaristes Hamel Hadi, Ahmed Bekhouche et Maâmar Boukerrou ont pris la destination de Paris. Ce dernier, ex-chanteur terrible du groupe, fera carrière comme doubleur dans des films. Khaled Chaâlal, l’ancien clarinettiste et joueur de synthé, habite actuellement à Oran.

On ne saura pas beaucoup de choses sur Salim Barouk, l’ancien guitariste. «Il nous est arrivé de nous rencontrer il y a quelques années pour se remémorer nos beaux souvenirs durant ces années mémorables», conclut Kamel Boussaïd.


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