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mardi, 11 mai, 2021
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Hommage rendu à Najia Abeer à Constantine : une écrivaine hantée par la ville du Vieux rocher

09 mars 2021 à 17 h 06 min

Comment peut-on expliquer ce sentiment d’être hanté par la ville de Constantine et exprimer le besoin d’être caressé par le parfum de chaque coin de ses quartiers ? De par la particularité de ses écrits et le choix ciblé de ses mots, l’auteure Najia Abeer a pu décortiquer et décrire ce besoin qu’elle a manifesté au grand public. 

Un témoignage qui a été manifesté unanimement, lors du colloque national organisé lundi 8 mars à la maison de la culture Malek Haddad à l’occasion de la journée de la femme. L’évènement qui se voulait un hommage rendu à l’auteure décédée en 2005, s’est étalé sur deux jours, avec un programme très riche, dont un documentaire sur sa vie et des interventions sur ses ouvrages en présence de sa famille et des universitaires. La rencontre a été marquée par une atmosphère conviviale, où beaucoup de sentiments entre fierté, estime, admiration et chagrin se sont fusionnés. 

« Elle était une femme sympathique, joyeuse, grande dame de lettres et une grande artiste fidèle à ses origines et à son passé. Elle a raconté sa ville avec un profond amour et une idolâtrie à part. Elle a écrit Constantine avec une passion sans égale », ont témoigné ses proches dans le documentaire diffusé, exprimant le fait d’être choqués par sa disparition. Un autre ajoute : « Elle était hantée par Constantine ; elle visitait toujours Zenket El Mesk, une rue de la vieille ville pour sentir un parfum qu’elle n’a pas croisé en Jordanie et aux États-Unis. » Pour sa part, la doctorante Fatima Zohra Zidi affirme avoir été attirée par la beauté du style de l’auteure et la fluidité de ses mots. C’est la raison qui l’a poussé à travailler sur ses ouvrages durant son master.  

Mettre en valeur sa ville natale 

Dans son intervention, l’historienne Dr. Fatima-Zohra Guechi estime que le livre Bab El Kantara écrit par la défunte a pris l’aspect d’un documentaire distingué par un style de narration exquis. « Le lecteur de Bab El Kantara sera séduit par le style de la narration et va se délecter de la description géographique des endroits, très importante pour Najia Abeer. Pour elle l’espace laisse son empreinte sur le comportement de ses habitants », a-t-elle expliqué. « Les textes de l’écrivaine font partie du patrimoine culturel et historique de l’Algérie et doivent être intégrés dans les programmes pédagogiques scolaires », a souligné Dr. Guechi. 

Dans la même perspective, Karim Chikh de la maison d’édition APIC juge que Bab El Kantara est un livre qui doit se trouver dans toutes les maisons des Constantinois. « Il doit être lu dans toutes les écoles et les universités. Si on doit raconter Constantine de la période post-indépendance, on a qu’à se référer à son œuvre Bab El Kantara, dont la peinture de la première de couverture a été l’œuvre de Nadja Abeer. C’est une grande femme de lettres d’une immense sensibilité qui a mis en valeur sa ville natale dans Bab El Kantara, où la description des lieux s’arrête à l’entrée d’Alger », a-t-il déclaré, expliquant que Najia Abeer a permis aux lecteurs de sentir Constantine à travers les traditions, la cuisine et les lieux valorisés dans le livre. Certains invités affirment que son écriture a immortalisé la magnificence de la ville du Vieux rocher. 

Un riche parcours      

Najia Abeer, de son vrai nom Najia Benzeggouta, est née le 16 septembre 1948 à Souika, l’un des quartiers de la vieille ville de Constantine. Après son cursus scolaire, l’auteure rejoint l’école normale de Bab El Kantra en 1956. Un vécu qu’elle raconte dans son ouvrage intitulé Bab El Kantara. En sus de son talent d’écrivaine, Najia Abeer avait d’autres dons pour la musique, jouant au piano, et pour la peinture. Elle quitte l’Algérie en 1969 pour étudier la langue française à l’université de Colombie dans le Missouri (États Unis). Elle est repartie encore une fois en Jordanie pour enseigner le français et à son retour en Algérie elle bénéficiera d’un détachement à l’École normale supérieure à Alger, où elle obtiendra une licence d’anglais en 1993. 

Rebelle et dans l’envie de s’exprimer, Najia Abeer se consacre durant les dernières années de sa vie à la littérature, faisant de sa ville natale la matière première de ses ouvrages. Exceptionnelle et engagée à la fois, comme elle était connue dans son entourage, l’auteure avait toujours défendu la condition de la femme en militant pour son émancipation dans une société conservatrice. « Elle a vécu en Jordanie, au Koweït, en Palestine, un peu partout, mais elle n’a commencé à écrire que lorsqu’elle était atteinte d’un cancer. Elle a décidé d’écrire pour prouver son existence à travers un pseudo pour ne pas être liée à son père, qui est grand historien, et je suis fier d’elle. C’est une femme qui a affirmé et confirmé son existence », a déclaré en marge du colloque son frère Tewfik Benzeggouta. Najia Abeer a publié en moins de trois ans trois ouvrages, à savoir : « Constantine et les moineaux de la murette » aux éditions Barzakh en 2003, « l’Albatros », aux éditions Marsa en 2004 et « Bab El Kantara » aux éditions Apic (Alger) en 2005, avant sa mort survenue en octobre de la même année.  


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