Hommage musical du Cabaret Sauvage à la Casbah | El Watan
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jeudi, 14 novembre, 2019
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Hommage musical du Cabaret Sauvage à la Casbah

29 avril 2019 à 10 h 15 min

Le spectacle commence par de petites notes de banjo. Dans un silence olympien, et un décor mi clair mi obscur, l’orchestre « chaabi » (musique populaire algéroise ndlr), sous la conduite de « petit Moh » diffuse ses premières notes nomades, sous les lambris enchanteurs du cabaret sauvage. C’est le début d’un voyage musical dans les ruelles biscornues et labyrinthiques de la casbah d’Alger.

Ce quartier ancestral, réceptacle de toutes les cultures et des musiques populaires, se dresse comme un balcon multicolore en face du bleu azur de la Méditerranée.

Soudain, jaillit de l’obscurité un jeune homme. Il se prénomme Boualem (Athmane Bendaoud ndlr).

Habillé d’un costume trois pièces, couvert d’un burnous blanc et d’une chéchia rouge, il déclame, dans un algérois châtié, le premier poème en ode à la citadelle imprenable et fief historique de la révolution algérienne.

Boualem est né à la casbah. Il raconte sa vie, ses amours et ses emmerdes, en se déhanchant et en exécutant une danse populaire pratiquée dans ce vieux quartier d’Alger.

Il aime danser, Boualem. C’est sa passion. C’est même son point faible.

D’ailleurs, il danse même aux chants revendicatifs des manifestants qui défient le pouvoir et les forces de la BRI (forces spéciales algériennes) depuis le début des manifestations contre le régime algérien entamées le 22 février dernier.

« La musique chaabie est à la casbah ce qu’est la mer est aux poissons » 

« La Casbah est un labyrinthe. Si tu rentres, il faut savoir s’en extraire. Pour cela, il faut connaître ses cinq portes de sortie », raconte Boualem aux spectateurs, prêts à faire un voyage pour découvrir les charmes matériels et immatériels de ce quartier. Sans passeports ni visas.

À l’intérieur du Cabaret Sauvage, deux écrans disposés en hauteur, diffusent des images d’Alger d’antan et des extraits du film la « bataille d’Alger » qui rappelle les moments sombres du colonialisme.

Boualem, le narrateur, parle avec son compagnon, un canari jaune et vert imaginaire, lui expose sa casbah à lui et les pires misères qu’il faisait à sa maman.

« Le chaabi est à la casbah ce qu’est la mer est aux poissons » lui susurre-t-il. L’oiseau ne bronche pas. Il ajoute : «La casbah a été toujours le théâtre des amours platoniques. Les filles, s’accoudant sur l’extrémité des fenêtres grillagées, regardent passer des jeunes hommes. Ces derniers, après avoir croisé le regard espiègle de la dulcinée d’un jour, deviennent sur le champs éconduits ».

La suite est toujours la même. Les deux tourtereaux échafaudent, chacun dans sa tête, des plans de communion. Imaginent déjà la couleur et la longueur de la robe de mariage ainsi que de le métal de la bague des fiançailles que monsieur achètera au marché de Baba Azzoun.

Pour égayer l’atmosphère et le voyage dans une casbah ancestrale, la musique se met en branle, avec des chansons aussi populaires qu’imaginatives, telles que « ichi anti », (vis toi seulement…), ou « aman aman, sur le temps que nous vivons, comment peut-il soudainement changer et nous jouer un tour »…Des paroles qui racontent les espoirs et les désillusions d’un passé révolu et d’une casbah enchanteresse, ou tout pouvait se produire, y compris les rêves les plus fous.

La casbah, c’est comme les rêves. Souvent changeants et furtifs

Ça tombe bien puisque Boualem est à présent amoureux. Et il compte bien le faire savoir. Il déclare sa flamme à fadma (Fatima ndlr), part en compagnie de ses parents demander sa main, avec une boite de gâteaux comme seul bagage.

Après les salamalecs d’usage et toute la rhétorique déployée par les invités, le père de la fille accepte. Un immense bonheur envahit Boualem qui a juré d’organiser une grande fête et d’inviter tous les habitants de la casbah. « Ce n’était pas facile, concède-t-il au Canari, mais c’est bon ma Fadma est à moi. J’organiserai une grande fête ».

Cependant, la casbah, c’est comme les rêves. Souvent changeants et furtifs. Et avec le temps et l’air frais de la mer qui souffle sur cette cité millénaire, les désirs des jeunes éconduits s’évaporent et les espoirs laissent place à des désillusions qui se réveillent au fur et à mesure que l’Algérie grandit et la décennie noire impose son diktat dans les villes et les villages.

Un hommage à Rachid Taha

Intervient la chanson de Cheikh Al Hasnaoui (intass madyass (dites-lui s’il revient un jour ndlr)) dans laquelle il chante l’éloignement, les amours impossibles et les mariages ratés.

« Avant, la vie à la casbah était agréable. Les gens riaient et passaient du bon temps. Désormais cette douceur de vivre est partie. Le temps a changé. Même les frères se sont séparés. Et les gens qui ont vécu dans cet espace n’éprouvent aujourd’hui que de la nostalgie », relate Boualem, interrompue brusquement par la chanson “aman aman ya zman” (oh ce temps qui est passé ndlr) joliment interprétée par le fils du chanteur Mehdi Tamache.

Au-delà des histoires imaginaires ou réelles qui ont peuplé la casbah d’Alger, le spectacle se veut d’abord un hommage à de nombreux artistes décédés selon Meziane Azaîche, concepteur du spectacle et propriétaire du « Cabaret Sauvage ».

A leur tête Rachid Taha. C’est lui qui a eu en premier l’idée de rendre hommage en musique et en contes, à une cité toujours débout malgré l’usure du temps. « L’histoire de la Casbah est liée à Rachid Taha, explique M. Azaîche. C’est lui qui voulait organiser ce spectacle compte tenu de l’amour qu’il avait pour la musique chaabie.  Elle est devenue mondialement connue grâce à lui ». Et de conclure : « c’est aussi un spectacle en hommage aux grands artistes qui nous ont quittés, parmi eux Al Anka, Guerrouabi, Amer Ezzahi, Kamal Messaoudi, mais aussi cheikh Al Hasnaoui et Matoub Lounès. Ils ont tous chanté ou aimé la Casbah ».


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