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Hommage à Lamine Bechichi : Un repère d’historicité de la révolution et de la culture algériennes

10 août 2020 à 9 h 20 min

«L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes.» Friedrich Hegel

Encore et toujours l’iconographie pérennise la pensée du souvenir, à l’instar de l’expressivité de la photographie ci-dessus d’où resurgit par l’instantané de l’image le regretté Lamine Bechichi, désigné en médaillon.

Celui-ci, fidèle dans la constance aux rendez-vous de l’évocation de la mémoire et de l’histoire était omniprésent à l’hommage consacré à l’historien-moudjahid, de notoriété Zahir Ihadadene par la directrice du lycée Frantz Fanon de Bab El Oued, le 20 janvier 2019 avec la contribution de l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki Casbah et des Editions Dahlab, qui hélas elle aussi vient récemment de nous quittée le 13 mars 2020.

Lamine BECHICHI et la symbolique de l’Éternel Juillet de l’Indépendance

C’est donc en cette lumineuse symbolique de l’éternel juillet de tous les temps et en son 58e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie que vient de disparaître à jamais le 23 juillet 2020 Lamine Bechichi dont le parcours est une véritable trame d’anthologie de l’engagement intellectuel algérien, ancré dans un militantisme d’abnégation résolu à dessein de la lutte Libératrice de la patrie ensevelie dans les ténèbres du joug colonial français de l’âge de pierre et paradoxe du sort à l’aube du XXe siècle naissant.

Un élève doué et studieux du célèbre «âalem», penseur et moudjahid Cheikh Larbi TEBESSI

Enfant et à un âge précoce, natif de Sédrata dans la wilaya de Tébessa, où il a vu le jour le 29 décembre 1927, Lamine Bechichi a entamé sa scolarisation auprès de son père un aâlem, penseur de notoriété et d’érudition théologique en islam, populairement très réputé dans toute la région pour la poursuivre auprès du célèbre Cheikh Larbi Tebessi, un signe d’un heureux présage dans l’accomplissement de la personnalité du jeune écolier qui, brillamment, accédera à la Citadelle maghrébine du savoir de l’époque, la fabuleuse Médersa la Zitouna à Tunis et parfaire ainsi un cycle d’études supérieures en langue arabe.

Au journalisme de la révolution algérienne de : Résistance algérienne à El Moudjahid et Sawt El Djazair de Tunis

Une première étape de sa vie qui sera déterminante en une trajectoire d’un perpétuel cheminement laborieux de résistance dès son retour à Sedrata, sa ville natale, où il fut à 28 ans l’un des fondateurs du journal précurseur de combat Al Mouqawama El Djezairia, (La Résistance algérienne)» au cours de l’année 1955 dont il était le secrétaire de rédaction.

Cette initiative fut un déclic fulgurant à travers un enchaînement d’actions militantes d’abord au journal El Moudhahid où Lamine Bechichi rejoignit en 1956 l’équipe de journalistes en langue arabe suivie de l’animation politique quotidienne d’une émission spéciale à la radio de Tunis «La Voix de l’Algérie» «Sawt El Djazair» qui, amplifiée par les intonations magiques du légendaire Aissa Messaoudi avait une audience nationale d’une très grande écoute en Algérie.

L’impact de l’immense popularité ce celle-ci galvanisait une mobilisation de résistance accrue au sein des masses de citoyens rivés journellement à leurs postes TSF et transistors d’où émanait la voix de la révolution qui supplantait la désinformation mensongère de la propagande colonialiste dans tous ses relais médiatiques, presse et radio.

Ceci dans un élan psychologique de motivation extraordinaire qui pénétrait l’ensemble des foyers dans un engouement collectif d’enthousiasme révolutionnaire dans toutes les villes et campagnes de l’Algérie profonde. Ecouter la voix de la Révolution incarnait dans la conjoncture de guerre totale contre le colonialisme français un acte de résistance du peuple algérien très répandu même au sein de la frange d’écoliers adolescents que nous étions, stimulés par l’enthousiasme patriotique de la guerre de libération .

Avec ABBANE Ramdane, Ben Youcef BENKHEDA, Frantz FANON, Saâd DAHLAB, Redha MALEK, Zahir IHADADENE, Pierre CHAULET entre autres

En militant engagé de la première heure au Parti du Peuple Algérien (PPA) indépendantiste, Lamine Bechichi a ainsi connu de nombreuses figures emblématiques, à l’instar de Abane Ramdane, Frantz Fanon, Saâd Dahlab, Moufdi Zakaria, Pierre Chaulet, M’hamed Yazid, Benyoucef Benkhedda, Abdelhamid Mehri, Zahir Ihadadene et d’autres. Parallèlement à ses activités politiques, il couvait également des fibres lyriques de mélomane, où il s’initia en 1946 au violon et au solfège, au Conservatoire de Tunis sous la direction d’une célébrité symphonique italienne, le professeur Nicolas Bomula pour en devenir un violoniste de dextérité et excella plus tard dans la perfection instrumentale du luth.

Un intellectuel engagé d’une vaste culture d’universalité

Féru de culture, le théâtre et la littérature constituaient aussi son univers où il rencontra une constellation de noms de grande renommée, tels que Jean Amrouche, le nouvelliste de talent égyptien, Youcef Idriss, le musicien de sommité Amraoui Missoum et la diva Ouarda El Djazairia pour ne citer ici que ceux-là.

Un musicien compositeur de créativité pour la valorisation du patrimoine symphonique algérien

De par son prodigieux parcours, le regretté Lamine Bechichi a illustré en moudjahid une symbolique d’attachement à l’Algérie et à sa culture authentique, d’ancestralité à travers l’épanouissement et la promotion de ses valeurs, qui demeurent un legs précieux à perpétuer en direction de la jeunesse et des générations futures.

Directeur général de la Radio Télévision Algérienne – RTA à l’Indépendance du pays, il œuvra à la valorisation du patrimoine symphonique par l’adaptation de la partition musicale de la très attractive émission enfantine El Hadika essahira et du générique cinématographique du feuilleton télévisé El hariq, l’Incendie de Mohammed Dib, qui captivait l’ensemble des téléspectateurs fidèles et nombreux aux rendez-vous quotidiens avec l’histoire massivement et avidement attendus sur le petit écran.

Cette vocation innée pour l’art musical, le mena à contribuer à la création en 1971 de l’Académie de la Musique Arabe dont il fut un des premiers fondateurs qui, par la même a dirigé l’Institut National de Musique de 1991 à 1995. Ministre de la Communication, diplomate chevronné, il a aussi été en artiste de créativité, l’ambassadeur de la culture algérienne à travers le monde.

C’est dans ce contexte de rayonnement culturel auquel il contribuait perpétuellement que Lamine Bechichi était omniprésent à tous les événements organisés par l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki Casbah qu’il a rehaussé par ses brillantes et instructives interventions, attentivement suivies par de nombreux auditoires séduits par la démarche pédagogiquement élaborée de ses communications empreintes d’un substrat d’algérianité, de modernité et d’universalité.

La longue récapitulation de ces multiples rencontres culturelles qui remontent à plus de dix années ne peut permettre que l’évocation de certaines d’entre elles, dont le souvenir est encore vivace, pérennisé par l’impact expressif constaté lors des hommages consacrés au cours de l’année 2010 aux icônes de la chanson chaabi, Hsissen, Hadj M’rizek, à la salle Ibn Zeydoun de Riadh El Feth. En 2014 au doyen du Mouvement national, Sid Ali Abdehamid, membre du Bureau Politique du PPA/MTLD qui fêtait sa 94e année à la salle du cinéma l’Algéria avec la contribution de l’Assemblée Populaire Communale d’Alger-Centre, et en 2016 au doyen des écrivains algériens Kaddour M’Hamsadji, à la Bibliothèque Nationale du Hamma avec celle de l’Office National des Droits d’Auteurs et Droits Voisins – l’ONDA-

L’action la plus émouvante a eu lieu le 29 septembre 2012 au cimetière d’El Kettar, lors du rapatriement des restes du Cheikh Hsissen, de son vrai nom, Larbi Hcène, membre de la troupe artistique de l’Algérie combattante et sa réinhumation, 54 années après son décès et son enterrement au cimetière de Djelaz à Tunis. Un événement historique collectivement initié par l’Association des amis de la Rampe Louni Arezki Casbah, avec l’efficiente participation de Abdelkader Bendameche, commissaire à l’époque du Festival national de la chanson chaâbie et la précieuse contribution de l’Office National des Droits d’Auteur et Droits Voisins ONDA, impulsé par son directeur général M. Sami Bencheikh El Hocine.

Nous compléterons cette synthèse culturelle avec l’hommage célébré avec la participation de Lamine Bechichi à l’endroit d’un symbole d’universalité de la révolution algérienne, qu’il a bien connu pendant les années de lutte de la guerre de libération à Tunis, le docteur Frantz Fanon le 17 mars 2016 au lycée qui fièrement porte et perpétue son nom.

Cette figure emblématique de l’Algérie combattante a ainsi été revisitée en apothéose par un de ses proches compagnons, le regretté Redha Malek qui, en la circonstance, a subjugué un auditoire très nombreux composé essentiellement de jeunes lycéennes de l’établissement, ravies de la redécouverte de la véritable dimension de l’apport incommensurable de ce stratège visionnaire à la révolution algérienne.

En repère d’historicité de celle-ci et de la culture algérienne, Lamine Bechichi, en intellectuel et militant de premier plan et de la première heure, a œuvré sa vie durant pour le triomphe du combat libérateur et l’Indépendance de l’Algérie. En homme d’une vaste culture d’algérianité au bilinguisme d’une performance d’érudition, il s’est investi à dessein de son épanouissement et de son rayonnement générationnel à travers les cycles successifs de la temporalité.

Perspicace et à l’écoute du mouvement associatif culturel, il ne cessait de prodiguer d’encourageants conseils en rehaussant par sa présence et son soutien toutes les actions culturelles de littérature, de poésie, de la chanson, de la musique et du théâtre.

Lamine BECHICHI dévoué pour le soutien et la promotion du mouvement associatif culturel

C’est ainsi que Lamine Bechichi était un proche et ami de notre Association, par sa présence continue à toutes les actions culturelles menées par celle-ci dans le cadre naturel de sa vocation axée essentiellement vers la réappropriation de nos valeurs patrimoniales d’algérianité et d’universalisme.

«Mourir ainsi, c’est vivre» une géniale maxime poétique du monumental Kateb Yacine pour les hommes de valeur, à l’exemple de Lamine Bechichi, qui s’en est allé après une mission dense et intense, entièrement accomplie envers son peuple et sa patrie.

En une entière reconnaissance de gratitude du peuple algérien et de sa jeunesse

Il a eu une vie laborieusement pleine et féconde, en donnant le meilleur de lui-même ici-bas qui s’éternisera dans la pensée du souvenir et de la mémoire collective en une entière et perpétuelle reconnaissance du peuple algérien et de sa jeunesse pour rejoindre le monde meilleur de l’Au-delà et y reposer à l’éternité au royaume clément de la divinité.

En cette douloureuse épreuve, l’ensemble des membres de l’Association des amis de la Rompe Louni Arezki Casbah et ses nombreux sympathisants où il jouissait d’une grande estime et considération, très affligés par sa perte tiennent à réitérer à toute sa famille et à ses proches leurs condoléances appuyées de leur soutien et sympathie de solidarité.

Puisse Allah le Tout-Puissant l’accueillir dans la rahma céleste de son Vaste Paradis. A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.

 

Par Lounis Ait Aoudia
Président de l’Association des amis de la rampe Louni Arezki – Casbah



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