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jeudi, 04 mars, 2021
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Nadi El Mazhar El Masrahi au théâtre de Constantine : Hommage à Abou Laïd Doudou

26 janvier 2021 à 10 h 01 min

Le club Nadi El Mazhar El Masrahi, du théâtre régional de Constantine, Mohamed Tahar Fergani (TRC), vient de reprendre ses activités, en organisant, samedi dernier, sa première rencontre culturelle pour l’édition de l’année 2021.

Les organisateurs ont tenu à ce que le thème de ce premier rendez-vous porte sur le traducteur, philosophe et l’homme de lettres, Abou Laïd Doudou. Une journée qui coïncide avec la disparition de ce génie «marginalisé» par les autorités et «méconnu chez la nouvelle génération».

Plusieurs écrivains et professeurs universitaires, ayant répondu présent à cette rencontre, ont rendu hommage à ce philosophe, tout en mettant en exergue la richesse et la portée de ses œuvres.

Le Dr Abdellah Hammadi, ancien enseignant à l’université de Constantine, a entamé son intervention par la présentation du riche parcours du regretté, disant même : «Moudjahid de première heure ! On peut lui imaginer un vécu similaire à celui du cheikh Ahmed Hamani, ou Mohamed Ezzahi, des figures qui s’attachent à leur culture.» Sur son militantisme et son engagement pour la cause algérienne, l’intervenant affirme avoir obtenu une liste de 80 étudiants de l’Institut cheikh Abdelhamid Benbadis, dont le nom de Abou Laïd figurait.

Le Dr Hammadi insistait sur le fait que le défunt était parmi cette catégorie qui a porté le flambeau de la résistance culturelle. La voie explorée par Doudou, témoigne le conférencier, était dans la bonne direction, sûre, intacte et qui n’a que se conclure par la réussite.

En partageant ses souvenirs avec le public, Hammadi, avec un ton de nostalgie et surtout de chagrin, évoque les conditions dans lesquelles vivait un homme qui a beaucoup donné pour l’Algérie. «Il habitait une maison de deux chambres et une bibliothèque très étroite, en lui rendant visite, on n’avait pas où s’asseoir. Il est parti les mains vides», disait-il avec un air triste. Et d’enchaîner que Doudou doit être reconnu comme le doyen de la littérature comparée. Car, ajoute-t-il, il avait ramené cette spécialité à l’université avec son arrivée en 1969. «Il a traduit plusieurs œuvres de l’allemand vers l’arabe et vice versa, il a voyagé un peu partout. Cet homme a vécu les rêves de l’Orient et la grandeur de l’Allemagne et l’Autriche. On sent chez Doudou toute la splendeur et la beauté d’un mariage culturel entre l’orient et l’occident. J’ai eu l’honneur de travailler avec lui. C’était un véritable enseignant discipliné, souriant, aimé par tout le monde. On ne s’est jamais lassé de sa compagnie», a souligné Dr Abdellah Hammadi.

Et de poursuivre que son œuvre, en particulier l’image de comportements qui était en quelque sorte satirique, citant des noms de famille, lui a causé beaucoup de problèmes. Certaines personnes ont voulu le poursuivre en justice.

Des œuvres mises aux oubliettes

Pour sa part, le Pr Moussa Maïreche, enseignant universitaire, a recommandé aux Algériens de lire l’ouvrage de ce savant d’une grande envergure intitulé L’Algérie dans les livres des voyageurs allemands. Cet universitaire estime que la vision envisagée dans l’œuvre de Doudou est beaucoup plus philosophique et met à nu la personnalité de l’écrivain de par son style ainsi que le choix des thèmes de ses textes.

«Il a recueilli tout ce qui a été écrit sur l’Algérie durant l’époque coloniale sur le plan économique et sociologique. Pour lui, le but des voyageurs allemands n’était pas pour le bien du peuple algérien, mais en réalité, il s’agissait d’une quête de la vie digne pour eux. Cela se fait à travers la transmission des traditions de notre pays, auquel ils voulaient immigrer un jour. Parmi ces voyageurs, il y avait un politicien, qui avait écrit sur les langues parlées à l’époque coloniale en Algérie», a-t-il dit, estimant que ses livres peuvent être un support académique pour plusieurs analyses et recherches scientifiques. Il a exprimé son souhait de rééditer les écrits de Doudou, qui peuvent être un appui d’analyse de la société et l’histoire algérienne.

Le Pr Allaoua Djeroua, auteur et homme de théâtre, positionne le nom de  Boulaïd Doudou parmi les traducteurs redoutables qu’on ne peut se douter de la qualité de leurs travaux. «Son génie se perçoit également dans son imagination des comportements des gens, qu’il a transcrits dans ses histoires comme Le Lac aux olives et Dar thlata», explique M. Djeroua. Et de dire que «Boulaïd», comme il le prénommait, ne s’est pas arrêté à ce stade.

Le défunt suit le même chemin de ses contemporains auteurs et s’est tourné vers le récit théâtral, écrivant El Tourab et El Bachir. «Cette dernière pièce, on ne peut que la lire et non pas la jouer», analyse le Pr Allaoua, car elle demande un effort mental incroyable pour incarner ses personnages.

Ce troisième intervenant a tenu aussi à préciser que Doudou a été reconnu comme le meilleur traducteur de L’âne d’or sur le plan de maîtrise de la langue et le respect de l’âme du style original. Inconsolables sur la disparition de ce philosophe dans l’anonymat total, les conférenciers, particulièrement ceux qui avaient côtoyé Doudou de près, ont demandé à ce que le 16 janvier devienne une journée nationale commémorée par les autorités algériennes.

A ce propos, Ahmed Mirèche, directeur du TRC, a promis de commémorer annuellement l’anniversaire de sa disparition, et transmettre à la nouvelle génération son parcours et ses œuvres.

A la fin de la rencontre, le politicien et chroniqueur dans les magazines culturels Yazid Bouanan a clôturé la rencontre avec un texte de Saïd Boutadjin. L’intitulé de l’article est Abou Laïd Doudou Abstinent… Le dernier intervenant lisait avec beaucoup de regret : «Il était plus grand que nous des dizaines d’années lumière.»

Un grand homme méconnu en son pays

Pour rappel, Abou Laïd Doudou est né le 31 janvier 1934 au douar d’El Mzayar dans la localité Tamendjer, commune d’El Ancer, dans la wilaya de Jijel. Parmi tous ses frères, Abou Laïd était le seul à avoir eu la chance de terminer ses études, entamées par l’école coranique, avant d’être pris en charge par son oncle, le martyr Ahmed Doudou.

Ce dernier l’inscrit à l’école de cheikh Mohamed Ezzahi, puis à l’Institut Ben Badis en 1947 où il rencontre de grands savants, dont Ahmed Hamani. Les années passent et le jeune avance dans ses études, se déplaçant à Djamaâ Ezzitouna, à Tunis en 1951.

Puis Abou Laïd prend la décision de partir à Baghdad, en Irak, et s’en sortira avec une licence en langue arabe, avant de se rendre au département des sciences orientales en Autriche.

Ces voyages au-delà des frontières algériennes lui ont permis de s’ouvrir sur d’autres horizons et d’étudier la littérature arabo-persane, la psychologie, les sciences islamiques, la philosophie et les langues anciennes, spécialement le latin. Il finira par obtenir son doctorat avec une thèse sur l’historien syrien Ibn Nadif El Hammaoui, traduite après en allemand.

Abou Laïd Doudou était sollicité par l’Institut Kehl afin d’enseigner la langue arabe durant trois ans. Après, il retourne en Autriche pour le même statut professionnel, où il traduira de nombreux ouvrages de la littérature algérienne en langue allemande.

En 1969, il retourne dans son pays natal, où il avait enseigné la littérature comparée à l’université d’Alger jusqu’à sa maladie puis son décès survenu le 16 janvier 2004.

L’académicien était de tout temps oublié, même parmi les siens et étrangement méconnu des gens de sa région. Pourtant, le regretté Doudou avait traduit plusieurs œuvres de littérature allemande de grands écrivains comme Arthur Schnitzler, Franz Kafka et Stefan Zweig.

Boulaïd avait également contribué à la traduction en arabe de multiples œuvres, dont celles de l’écrivain russe Léon Tolstoï. En 2017, comme plusieurs personnalités marginalisées, l’écrivain a été enfin honoré à titre posthume par les autorités algériennes. On lui a décerné la médaille d’ordre du mérite national au rang de «Achir». 


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